En bref : On distingue d'abord le prurit avec lésion primaire (dermatose) du prurit sans lésion primaire (systémique, neuropathique, médicamenteux, psychogène). Chez la personne âgée, la xérose est la cause la plus fréquente : émollient pancorporel BID pendant 8 semaines. Un prurit généralisé persistant et inexpliqué justifie un bilan systémique et néoplasique. On traite la cause, puis le symptôme : émollients, menthol, gabapentinoïdes selon la cause.
🩺 Au chevet
🚩 Signaux d'alarme
- Prurit généralisé persistant inexpliqué, symptômes B, perte de poids : lymphome (refaire le bilan si persistance).
- Grossesse au 3e trimestre, prurit palmo-plantaire nocturne sans lésion : cholestase gravidique (risque fœtal).
- Urticaire aiguë avec atteinte respiratoire ou hémodynamique : anaphylaxie.
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Sujet âgé : pemphigoïde bulleuse (le prurit précède les bulles) ; prurit aquagénique : polyglobulie vraie. ✅ À faire maintenant
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Lésion primaire ou non ; xérose ; dermographisme ; localisé (neuropathique) ou généralisé.
- Médicaments récents (opioïdes, IECA, statines) ; entourage atteint (gale).
- Examen : peau, ongles, ganglions, foie, rate.
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Bilan si généralisé : FSC, créatinine, AST, ALT, PAL, bilirubine, TSH, glycémie, CRP, EPP, VIH, VHB, VHC, radiographie pulmonaire, dépistage néoplasique selon l'âge ; ferritine si carence en fer possible ; acides biliaires si grossesse. 💊 Premières ordonnances
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Émollient sans parfum BID–TID ; xérose : émollient pancorporel BID × 8 sem.
- Crème au menthol (p. ex. Aveeno Menthol) pancorporelle BID–QID ; capsaïcine si localisé ou neuropathique.
- Urémique : gabapentine 100 mg HS ou après la dialyse (max 300 mg en IRC stade 5).
- Cholestatique : cholestyramine 4–16 g/j PO (autres médicaments ≥ 1 h avant).
- Antihistaminiques surtout utiles si prurit histaminique (urticaire) ; éviter hydroxyzine et diphénhydramine chez l'âgé.
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Anaphylaxie : épinéphrine IM (voir la fiche dédiée). 📞 Appeler / référer si
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Dermatologie si pas d'amélioration après 6 mois ; hépatologie (prurit cholestatique réfractaire).
- Bilan anormal : traiter la cause, référer.
🔗 Ressources et raisonnement
📞 Consulter Quand consulter — Dermatologie · Urgente : consultation intrahospitalière · semi-urgente : intrahospitalière ou externe · élective : en externe
Causes du prurit sans lésion primaire
| Catégorie | Exemples |
|---|---|
| Rénale | IRC terminale, dialyse |
| Hépatique (cholestase) | Cholangite biliaire primitive, cholangite sclérosante, obstruction biliaire, hépatite C, cholestase gravidique |
| Hématologique | Carence en fer, polyglobulie vraie (prurit aquagénique), mastocytose, lymphome de Hodgkin et non hodgkinien, myélome |
| Endocrinienne | Hyper- ou hypothyroïdie, diabète, carcinoïde |
| Infectieuse | VIH, gale (lésions parfois discrètes), parasitoses |
| Neurologique | Brachioradial, notalgie paresthésique, névralgie post-herpétique, SEP, AVC |
| Médicaments | Opioïdes, IECA, statines, chloroquine, hydroxyéthylamidon, médicaments cholestatiques |
| Psychogène | Dépression, excoriations psychogènes, délire de parasitose (diagnostic d'exclusion) |
Approche
Bilan (prurit généralisé sans cause évidente)
- Questionnaire : durée, horaire (nocturne, aquagénique), sujets atteints dans l'entourage (gale), médicaments récents, symptômes B, perte de poids.
- Examen : peau et ongles, ganglions, foie, rate.
- Laboratoire :
- FSC avec différentielle, créatinine ; ferritine si carence en fer possible (cause reconnue).
- AST, ALT, PAL, bilirubine.
- TSH, glycémie, CRP, électrophorèse des protéines.
- Sérologies VIH, VHB et VHC.
- Radiographie pulmonaire.
- Dépistage du cancer selon l'âge. Biopsie cutanée si une lésion est douteuse.
Traitement
Mesures générales (pour tous)
- Douche courte et tiède, savon doux sans parfum limité aux plis.
- Émollient sans parfum BID–TID, surtout après le bain.
- Ongles courts, vêtements doux, air ambiant humidifié (≥ 40 %) en hiver.
Topiques
| Agent | Usage |
|---|---|
| Crème au menthol (± camphre), p. ex. Aveeno Menthol | BID–QID pancorporel, prurit diffus (odeur forte) |
| Pramoxine en crème | Au besoin ; peut irriter ou assécher |
| Capsaïcine en crème | Prurit localisé ou neuropathique ; brûlure initiale qui s'estompe ; effet après ≥ 2 semaines |
| Corticostéroïde topique | Seulement s'il y a une dermatite ou des lésions de grattage |
Systémiques selon la cause
| Cause | Options |
|---|---|
| Urémique (IRC) | Optimiser la dialyse, émollients ; gabapentine 100 mg HS ou après la dialyse, titrée q7–14 j jusqu'à 300 mg ; ou prégabaline 25–50 mg HS ou après la dialyse ; photothérapie UVB. Difélikéfaline IV (Korsuva, homologuée au Canada en 2022 chez l'hémodialysé ; remboursement non recommandé par l'ACMTS en 2023) |
| Cholestatique | Cholestyramine 4–16 g/j PO (autres médicaments ≥ 1 h avant), puis rifampicine 150–300 mg PO bid (bilan hépatique), naltrexone 12,5–50 mg/j ou sertraline 50–100 mg/j (avis hépatologique) ; acide ursodésoxycholique 12–15 mg/kg/j en 3 doses (dont la cholestase gravidique) |
| Polyglobulie vraie | Traitement de fond, AAS ; ISRS (sertraline 25–100 mg/j) |
| Neuropathique | Gabapentine 300–900 mg/j en 2–3 doses, prégabaline 75–150 mg/j, amitriptyline 10–50 mg HS, capsaïcine |
| Prurigo nodulaire, lésions de grattage | Dermocorticoïde sous pansement occlusif (Tegaderm), cesser les manipulations ; dermatologie si échec |
| Psychogène, idiopathique, nocturne | Sertraline ou paroxétine ; mirtazapine 15–30 mg HS ; doxépine HS à faible dose (très sédative, réduire chez l'âgé) |
- Les antihistaminiques sont surtout utiles dans le prurit histaminique (urticaire), en prise continue ; la 2e génération est aussi efficace et mieux tolérée. Un antihistaminique sédatif HS peut aider le sommeil, mais l'hydroxyzine et la diphénhydramine sont à éviter chez la personne âgée (Beers).
💡 Prurit sous opioïdes : ce n'est habituellement pas une allergie. On peut réduire la dose ou changer d'opioïde.
⚠️ Prurit avec bilan normal mais persistant plusieurs mois : refaire le bilan, car un lymphome peut précéder les autres signes.
Pièges et perles
- Grossesse au 3e trimestre avec prurit palmo-plantaire nocturne, sans lésion : doser les acides biliaires. La cholestase gravidique comporte un risque fœtal.
- Pemphigoïde bulleuse du sujet âgé : le prurit précède souvent les bulles de plusieurs mois.
- Prurit après une douche chaude : polyglobulie vraie, mastocytose.
- Prurit et urticaire aiguë généralisée avec atteinte respiratoire ou hémodynamique : anaphylaxie, épinéphrine IM d'abord (voir la fiche dédiée).
Voir aussi
- Prurit généralisé
- Urticaire chronique
- Gale
- Dermatite atopique
- Fiches Anaphylaxie et produits de contraste, Ictère de l'adulte, Insuffisance rénale chronique.
Références
- Algorithmes de traitements pour l'approche de la première ligne dermatologique, 2e éd. (Service de dermatologie, CIUSSS de l'Estrie-CHUS, 2019) — algorithme du prurit généralisé (bilan, émollient 8 semaines, dermographisme, menthol, référence à 6 mois).
- Recommended symptomatic treatment of pruritus in selected clinical conditions, tableau 1.31-1 (McMaster Textbook of Internal Medicine, Empendium) — doses par cause (cholestatique, urémique, polyglobulie, neuropathique).
- Recommendations for symptom control in adult patients with stage 5 CKD (Barts Health Renal Department, v1.0) — gabapentine 100 → 300 mg HS, prégabaline.
- Reamy BV, Bunt CW, Fletcher S. A diagnostic approach to pruritus. Am Fam Physician 2011;84(2):195-202
- Some Therapeutic Approaches to Pruritus (Manuel MSD, édition professionnelle)
- Korsuva (difélikéfaline) : homologation par Santé Canada (Medthority, août 2022) et Difelikefalin (Korsuva) — examen de remboursement SR0752 (ACMTS/CDA-AMC, 2023)
- Notes personnelles de Dr H. (Apple Notes) : algorithme d'évaluation du prurit, causes, prurigo nodulaire.