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Prurit

DermatologieFiche révisée · oct. 2026

💊 Doses / traitement

En bref : On distingue d'abord le prurit avec lésion primaire (dermatose) du prurit sans lésion primaire (systémique, neuropathique, médicamenteux, psychogène). Chez la personne âgée, la xérose est la cause la plus fréquente : émollient pancorporel BID pendant 8 semaines. Un prurit généralisé persistant et inexpliqué justifie un bilan systémique et néoplasique. On traite la cause, puis le symptôme : émollients, menthol, gabapentinoïdes selon la cause.

🩺 Au chevet

🚩 Signaux d'alarme

  • Prurit généralisé persistant inexpliqué, symptômes B, perte de poids : lymphome (refaire le bilan si persistance).
  • Grossesse au 3e trimestre, prurit palmo-plantaire nocturne sans lésion : cholestase gravidique (risque fœtal).
  • Urticaire aiguë avec atteinte respiratoire ou hémodynamique : anaphylaxie.
  • Sujet âgé : pemphigoïde bulleuse (le prurit précède les bulles) ; prurit aquagénique : polyglobulie vraie. ✅ À faire maintenant

  • Lésion primaire ou non ; xérose ; dermographisme ; localisé (neuropathique) ou généralisé.

  • Médicaments récents (opioïdes, IECA, statines) ; entourage atteint (gale).
  • Examen : peau, ongles, ganglions, foie, rate.
  • Bilan si généralisé : FSC, créatinine, AST, ALT, PAL, bilirubine, TSH, glycémie, CRP, EPP, VIH, VHB, VHC, radiographie pulmonaire, dépistage néoplasique selon l'âge ; ferritine si carence en fer possible ; acides biliaires si grossesse. 💊 Premières ordonnances

  • Émollient sans parfum BID–TID ; xérose : émollient pancorporel BID × 8 sem.

  • Crème au menthol (p. ex. Aveeno Menthol) pancorporelle BID–QID ; capsaïcine si localisé ou neuropathique.
  • Urémique : gabapentine 100 mg HS ou après la dialyse (max 300 mg en IRC stade 5).
  • Cholestatique : cholestyramine 4–16 g/j PO (autres médicaments ≥ 1 h avant).
  • Antihistaminiques surtout utiles si prurit histaminique (urticaire) ; éviter hydroxyzine et diphénhydramine chez l'âgé.
  • Anaphylaxie : épinéphrine IM (voir la fiche dédiée). 📞 Appeler / référer si

  • Dermatologie si pas d'amélioration après 6 mois ; hépatologie (prurit cholestatique réfractaire).

  • Bilan anormal : traiter la cause, référer.

🔗 Ressources et raisonnement

📞 Consulter Quand consulter — Dermatologie · Urgente : consultation intrahospitalière · semi-urgente : intrahospitalière ou externe · élective : en externe

Causes du prurit sans lésion primaire

Catégorie Exemples
Rénale IRC terminale, dialyse
Hépatique (cholestase) Cholangite biliaire primitive, cholangite sclérosante, obstruction biliaire, hépatite C, cholestase gravidique
Hématologique Carence en fer, polyglobulie vraie (prurit aquagénique), mastocytose, lymphome de Hodgkin et non hodgkinien, myélome
Endocrinienne Hyper- ou hypothyroïdie, diabète, carcinoïde
Infectieuse VIH, gale (lésions parfois discrètes), parasitoses
Neurologique Brachioradial, notalgie paresthésique, névralgie post-herpétique, SEP, AVC
Médicaments Opioïdes, IECA, statines, chloroquine, hydroxyéthylamidon, médicaments cholestatiques
Psychogène Dépression, excoriations psychogènes, délire de parasitose (diagnostic d'exclusion)

Approche

Oui

Non

Oui

Échec

Non

Oui

Non

Oui

Non

Anormal

Normal

Prurit

Lésion cutanée primaire ?

Dermatose : eczéma, gale, urticaire,
pemphigoïde, psoriasis, mycose
Biopsie au besoin

Xérose ?

Émollient pancorporel BID × 8 sem

Dermographisme ?

Urticaire chronique
(dermographisme)

Localisé ?

Neuropathique : brachioradial,
notalgie paresthésique, post-zona

Médicaments, examen ciblé
et bilan systémique

Traiter la cause, référer

Traitement symptomatique
Dermatologie si échec à 6 mois

Bilan (prurit généralisé sans cause évidente)

  • Questionnaire : durée, horaire (nocturne, aquagénique), sujets atteints dans l'entourage (gale), médicaments récents, symptômes B, perte de poids.
  • Examen : peau et ongles, ganglions, foie, rate.
  • Laboratoire :
  • FSC avec différentielle, créatinine ; ferritine si carence en fer possible (cause reconnue).
  • AST, ALT, PAL, bilirubine.
  • TSH, glycémie, CRP, électrophorèse des protéines.
  • Sérologies VIH, VHB et VHC.
  • Radiographie pulmonaire.
  • Dépistage du cancer selon l'âge. Biopsie cutanée si une lésion est douteuse.

Traitement

Mesures générales (pour tous)

  • Douche courte et tiède, savon doux sans parfum limité aux plis.
  • Émollient sans parfum BID–TID, surtout après le bain.
  • Ongles courts, vêtements doux, air ambiant humidifié (≥ 40 %) en hiver.

Topiques

Agent Usage
Crème au menthol (± camphre), p. ex. Aveeno Menthol BID–QID pancorporel, prurit diffus (odeur forte)
Pramoxine en crème Au besoin ; peut irriter ou assécher
Capsaïcine en crème Prurit localisé ou neuropathique ; brûlure initiale qui s'estompe ; effet après ≥ 2 semaines
Corticostéroïde topique Seulement s'il y a une dermatite ou des lésions de grattage

Systémiques selon la cause

Cause Options
Urémique (IRC) Optimiser la dialyse, émollients ; gabapentine 100 mg HS ou après la dialyse, titrée q7–14 j jusqu'à 300 mg ; ou prégabaline 25–50 mg HS ou après la dialyse ; photothérapie UVB. Difélikéfaline IV (Korsuva, homologuée au Canada en 2022 chez l'hémodialysé ; remboursement non recommandé par l'ACMTS en 2023)
Cholestatique Cholestyramine 4–16 g/j PO (autres médicaments ≥ 1 h avant), puis rifampicine 150–300 mg PO bid (bilan hépatique), naltrexone 12,5–50 mg/j ou sertraline 50–100 mg/j (avis hépatologique) ; acide ursodésoxycholique 12–15 mg/kg/j en 3 doses (dont la cholestase gravidique)
Polyglobulie vraie Traitement de fond, AAS ; ISRS (sertraline 25–100 mg/j)
Neuropathique Gabapentine 300–900 mg/j en 2–3 doses, prégabaline 75–150 mg/j, amitriptyline 10–50 mg HS, capsaïcine
Prurigo nodulaire, lésions de grattage Dermocorticoïde sous pansement occlusif (Tegaderm), cesser les manipulations ; dermatologie si échec
Psychogène, idiopathique, nocturne Sertraline ou paroxétine ; mirtazapine 15–30 mg HS ; doxépine HS à faible dose (très sédative, réduire chez l'âgé)
  • Les antihistaminiques sont surtout utiles dans le prurit histaminique (urticaire), en prise continue ; la 2e génération est aussi efficace et mieux tolérée. Un antihistaminique sédatif HS peut aider le sommeil, mais l'hydroxyzine et la diphénhydramine sont à éviter chez la personne âgée (Beers).

💡 Prurit sous opioïdes : ce n'est habituellement pas une allergie. On peut réduire la dose ou changer d'opioïde.

⚠️ Prurit avec bilan normal mais persistant plusieurs mois : refaire le bilan, car un lymphome peut précéder les autres signes.

Pièges et perles

  • Grossesse au 3e trimestre avec prurit palmo-plantaire nocturne, sans lésion : doser les acides biliaires. La cholestase gravidique comporte un risque fœtal.
  • Pemphigoïde bulleuse du sujet âgé : le prurit précède souvent les bulles de plusieurs mois.
  • Prurit après une douche chaude : polyglobulie vraie, mastocytose.
  • Prurit et urticaire aiguë généralisée avec atteinte respiratoire ou hémodynamique : anaphylaxie, épinéphrine IM d'abord (voir la fiche dédiée).

Voir aussi

Références