Dr H. Hospitaliste

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Urgences oncologiques : compression médullaire et lyse tumorale

Hématologie, oncologie et anticoagulationFiche révisée · oct. 2026

💊 Doses / traitement

En bref : Compression médullaire métastatique : toute dorsalgie nouvelle chez un patient avec un cancer est suspecte. On donne la dexaméthasone 16 mg dès qu'il y a un déficit neurologique, on fait une IRM de toute la colonne en moins de 24 h et on appelle radio-oncologie et neurochirurgie. Le pronostic dépend de la capacité de marcher au diagnostic. Syndrome de lyse tumorale : il est surtout causé par les hémopathies à prolifération rapide. Il se prévient par l'hydratation et l'allopurinol (ou la rasburicase si risque élevé, après exclusion d'un déficit en G6PD). Il se traite comme une hyperkaliémie et une IRA, avec la dialyse au besoin.

🩺 Au chevet

🚩 Signaux d'alarme

  • Cancer + dorsalgie nouvelle, nocturne, aggravée en décubitus ou à la toux.
  • Faiblesse, niveau sensitif, rétention urinaire, incontinence, anesthésie en selle.
  • SLT : K ≥ 6,0, PO₄ ≥ 1,45, acide urique ≥ 476, Ca ≤ 1,75 ; créatinine ≥ 1,5 × N, arythmie, convulsions.
  • Hémopathie très proliférative avant traitement (SLT spontané possible). ✅ À faire maintenant

  • Examen neuro complet, tonus anal, RPM.

  • IRM de toute la colonne < 24 h (de nuit si déficit progressif) ; TDM si IRM contre-indiquée.
  • FSC, électrolytes, calcium, créatinine, glycémie.
  • SLT : électrolytes, Ca, PO₄, acide urique (sur glace sous rasburicase), créatinine, LDH q4–6h ; diurèse horaire ; télémétrie si K élevé ; G6PD si risque élevé. 💊 Premières ordonnances

  • Déficit : dexaméthasone 16 mg PO ou IV immédiatement, puis 16 mg/j (8 mg bid) ; IPP, glycémies, HBPM.

  • SLT intermédiaire : hydratation IV (NS 2–3 L/m²/j, diurèse ≥ 100 mL/h) + allopurinol 100–300 mg PO q8h ajusté au DFGe.
  • SLT élevé : rasburicase 0,2 mg/kg IV die (souvent 3–6 mg) ; CI si déficit G6PD.
  • Hypocalcémie : traiter seulement si symptomatique ; pas d'alcalinisation. 📞 Appeler / référer si

  • Radio-oncologie et neurochirurgie dès la compression confirmée.

  • Hématologie si lymphome suspecté sans diagnostic (avant corticoïdes).
  • Soins intensifs et néphrologie tôt : SLT établi, K réfractaire, oligurie, surcharge (dialyse).

🔗 Ressources et raisonnement

📞 Consulter Quand consulter — Oncologie médicale / hémato-oncologie adulte · Urgente : consultation intrahospitalière · semi-urgente : intrahospitalière ou externe · élective : en externe

Compression médullaire métastatique

Reconnaître

  • Cancers les plus en cause : sein, poumon, prostate, rein, myélome, lymphome. Révélatrice du cancer dans environ 20 % des cas.
  • Siège : thoracique (≈ 70 %), lombaire, cervical.
  • Douleur dorsale (présente dans > 90 % des cas, souvent des semaines avant le déficit) :
  • thoracique, ou nocturne, ou aggravée en décubitus, à la toux ou à l'effort de défécation ;
  • radiculaire en ceinture ;
  • progressive ou réfractaire.
  • Signes neurologiques (urgence) : faiblesse des membres, ataxie ou troubles de la marche, niveau sensitif, rétention urinaire ou incontinence, constipation, anesthésie en selle.

⚠️ Ne pas attendre le déficit. Un patient qui marche au diagnostic a de fortes chances de garder la marche ; un patient paraplégique la récupère rarement.

Évaluation

  • Examen neurologique complet : force, niveau sensitif, réflexes, tonus anal, RPM (échographie vésicale).
  • IRM de toute la colonne (séquences T1, STIR, T2) : dans les 24 h, de nuit si déficit en progression. Des lésions à plusieurs niveaux sont fréquentes.
  • Angio-TDM ou TDM si IRM contre-indiquée. La radiographie simple ne permet pas d'exclure le diagnostic.
  • Bilan : FSC, électrolytes, calcium, créatinine, glycémie (avant corticoïdes).
  • Stabilité de la colonne : avis spécialisé (score SINS) dans les 24 h.

Algorithme

Oui

Non

Compression confirmée

Pas de compression

Oui

Non

Cancer connu ou suspect
+ dorsalgie suspecte

Déficit neurologique ?
faiblesse, niveau sensitif,
vessie, intestin

Dexaméthasone 16 mg PO ou IV
immédiatement
+ IPP, glycémies

Avis oncologie < 24 h ;
corticoïdes si douleur
sévère seulement

IRM de toute la colonne
urgente (< 24 h)

Appel radio-oncologie
et neurochirurgie

Cesser la dexaméthasone ;
traiter les métastases osseuses
et la douleur

Instabilité, compression
par fragment osseux,
pronostic > 3 mois ?

Décompression chirurgicale
+ stabilisation,
puis radiothérapie

Radiothérapie urgente
(< 24 h de la décision)

Mobilisation graduelle,
thromboprophylaxie,
vessie, intestin, réadaptation

Traitement

Volet Conduite
Dexaméthasone 16 mg PO ou IV dès la suspicion si déficit neurologique, puis 16 mg/j (p. ex. 8 mg bid) jusqu'au traitement définitif ; ensuite sevrage sur 5–7 jours. Des bolus de 96–100 mg n'apportent pas de bénéfice et causent plus d'effets indésirables
Protection IPP, glycémies capillaires, surveillance du délirium et des infections
Radiothérapie Traitement principal ; dans les 24 h de la décision. 8 Gy en 1 fraction chez la plupart, fractionnement si haut risque ou bon pronostic. Très efficace dans les tumeurs radiosensibles (lymphome, myélome, petites cellules)
Chirurgie Décompression avec stabilisation dès que possible si : instabilité, compression osseuse, tumeur radiorésistante, progression sous radiothérapie, diagnostic histologique inconnu, état général et pronostic suffisants. La paralysie complète n'est pas, à elle seule, une contre-indication
Mobilisation Repos à plat si douleur mécanique importante ou instabilité soupçonnée ; mobilisation graduelle (tête du lit, puis assis, puis debout) dès que la stabilité est confirmée
Soins de soutien Thromboprophylaxie (HBPM), analgésie (opioïdes, ± AINS), laxatifs, sonde ou cathétérisme si rétention, prévention des plaies de pression

⚠️ Mis à jour (NICE NG234, 2023) : IRM dans les 24 h, dose de dexaméthasone 16 mg (et non les bolus élevés), radiothérapie 8 Gy en une fraction chez la plupart, et pas de délai depuis la paralysie qui exclut d'emblée la chirurgie. On cesse la dexaméthasone si la compression est exclue.

Syndrome de lyse tumorale (SLT)

Définition (Cairo-Bishop)

SLT biologique : ≥ 2 anomalies dans les 3 jours avant à 7 jours après le début du traitement.

Paramètre Seuil (ou variation de 25 %)
Acide urique ≥ 476 µmol/L
Potassium ≥ 6,0 mmol/L
Phosphate ≥ 1,45 mmol/L
Calcium ≤ 1,75 mmol/L (baisse)

SLT clinique : SLT biologique + créatinine ≥ 1,5 × N, arythmie, mort subite ou convulsions.

Risque

Risque Exemples
Élevé Lymphome de Burkitt ou lymphoblastique, LLA ou LMA avec GB ≥ 100 × 10⁹/L, lymphome agressif avec LDH ≥ 2 × N ou masse ≥ 8–10 cm, LLC à forte charge sous vénétoclax
Intermédiaire Autres lymphomes agressifs, LMA avec GB 25–100, LLC sous vénétoclax (paliers), certaines tumeurs solides très sensibles (petites cellules, germinales) avec forte masse
Faible La plupart des tumeurs solides, myélome, LLC indolente
  • Facteurs aggravants : IRA ou IRC préexistante, déshydratation, acide urique élevé au départ, LDH élevée, néphrotoxiques. Un SLT spontané (avant tout traitement) est possible dans les tumeurs très prolifératives.

Prévention

Risque Mesures
Faible Hydratation PO, surveillance
Intermédiaire Hydratation IV (NS, environ 2–3 L/m²/j, diurèse visée ≥ 100 mL/h chez l'adulte) + allopurinol 100–300 mg PO q8h (max 800 mg/j ; ajuster au DFGe), débuté 1–2 jours avant
Élevé Hydratation IV + rasburicase + surveillance aux 6–8 h, idéalement aux soins intensifs ou à l'unité d'hémato-oncologie
  • Rasburicase : 0,2 mg/kg IV die (souvent une dose unique de 3–6 mg suffit, à répéter si l'acide urique remonte). Contre-indiquée en déficit de G6PD (hémolyse, méthémoglobinémie) : doser la G6PD chez les patients à risque (origine africaine, méditerranéenne, asiatique).
  • Ne pas combiner à l'allopurinol le même jour (inutile).
  • Placer les échantillons d'acide urique sur glace (la rasburicase continue d'agir dans le tube).
  • Fébuxostat : alternative en allergie à l'allopurinol.
  • Alcalinisation des urines : abandonnée (favorise la précipitation de phosphate de calcium).

Traitement du SLT établi

Anomalie Traitement
Hyperkaliémie Selon le protocole habituel : gluconate de calcium si ECG anormal, insuline + dextrose, salbutamol, dialyse tôt (le K remonte vite). Le patiromer et le SPS sont trop lents en aigu
Hyperphosphatémie Restreindre le phosphate, chélateur (carbonate de calcium avec prudence, sevelamer) ; dialyse si sévère
Hypocalcémie Ne traiter que si symptomatique (tétanie, arythmie) : gluconate de calcium IV à la dose minimale. Sinon, risque de précipitation de phosphate de calcium (Ca × P élevé)
Hyperuricémie Rasburicase (si pas de déficit en G6PD)
IRA Hydratation (si pas de surcharge), éviter les néphrotoxiques et les contrastes, ± diurétique de l'anse si surcharge
  • Indications de dialyse : hyperkaliémie réfractaire ou rapidement progressive, oligurie ou anurie, surcharge, hyperphosphatémie sévère avec hypocalcémie symptomatique, urémie. Appeler la néphrologie tôt.
  • Surveillance : électrolytes, Ca, PO₄, acide urique, créatinine, LDH q4–6h en phase aiguë ; diurèse horaire ; télémétrie si K élevé.

Algorithme du SLT

Faible

Intermédiaire

Élevé

Oui

Non

Hémopathie ou tumeur
très proliférative
avant traitement

Évaluer le risque :
histologie, GB, LDH,
masse, fonction rénale

Hydratation PO
bilan quotidien

Hydratation IV
+ allopurinol ajusté au rein
bilan q8-12h

Doser la G6PD ;
hydratation IV + rasburicase
bilan q6-8h

SLT biologique
ou clinique ?

Unité de soins intensifs ;
traiter K, PO4, Ca,
rasburicase, néphrologie

Dialyse si K réfractaire,
oligurie, surcharge
ou PO4 sévère

Poursuivre la prévention
pendant 3-7 jours

Autres urgences oncologiques (rappel)

  • Hypercalcémie maligne : NS IV, zolédronate 4 mg IV (ajuster au rein) ou dénosumab si IRC, calcitonine pour un effet rapide.
  • Neutropénie fébrile : antibiotique à large spectre dans l'heure (pipéracilline-tazobactam ou céfépime selon le guide local).
  • Syndrome de la veine cave supérieure : surélever la tête, imagerie, histologie avant les corticoïdes si possible, endoprothèse si symptômes sévères.
  • Hyperviscosité, leucostase : hémato-oncologie urgente.

Pièges et perles

  • Chez le patient cancéreux, une rétention urinaire ou une constipation nouvelle avec dorsalgie est une compression jusqu'à preuve du contraire.
  • Donner la dexaméthasone avant l'IRM si déficit, mais si un lymphome est suspecté sans diagnostic, discuter avec l'hématologie (les corticoïdes peuvent fausser la biopsie).
  • Le SLT peut survenir avec des thérapies ciblées (vénétoclax) ou des corticoïdes seuls dans les hémopathies.
  • Un acide urique « normal » sous rasburicase peut être faussement bas si le tube n'est pas sur glace.

Références