Dr H. Hospitaliste

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Symptômes complexes, douleur et nausées en fin de vie

Soins palliatifsFiche révisée · oct. 2026

Voir aussi : INESSS — Soins palliatifs – nausées et vomissements

💊 Doses / traitement

En bref : On cherche d'abord une cause réversible : constipation, occlusion, hypercalcémie, urémie, médicaments, hypertension intracrânienne, anxiété. On choisit l'antiémétique selon le mécanisme ; halopéridol et métoclopramide sont les choix de base. Les douleurs complexes (neuropathiques, incidentes, osseuses, hyperalgésie) demandent des coanalgésiques et parfois une rotation d'opioïde avec une réduction de 25 à 50 %. On garde des PRN prescrits pour chaque symptôme et on réévalue au moins chaque jour.

🩺 Au chevet

🚩 Signaux d'alarme

  • Vomissements fécaloïdes, distension : occlusion intestinale.
  • Céphalée matinale, signes neurologiques : hypertension intracrânienne.
  • Myoclonies, délirium, hallucinations, douleur qui augmente avec la dose : neurotoxicité ou hyperalgésie aux opioïdes.
  • Hémorragie massive, détresse respiratoire ou douleur subite : protocole de détresse. ✅ À faire maintenant

  • Chercher les causes réversibles : fécalome (toucher rectal), hypercalcémie, urémie, médicaments, muguet.

  • Examen abdominal, neurologique, muqueuses.
  • Si compatible avec les objectifs : créatinine, calcium corrigé, électrolytes, glycémie, bilan hépatique ; RX abdomen si occlusion.
  • Identifier le mécanisme des nausées et le type de douleur ; réévaluer au moins die. 💊 Premières ordonnances

  • Halopéridol 0,5–1 mg PO/SC q4h PRN (cause chimique ou métabolique).

  • Métoclopramide 10 mg PO/SC avant les repas et HS (gastroparésie ; pas si occlusion complète).
  • HTIC : dexaméthasone 8–16 mg/j.
  • Occlusion : dexaméthasone, octréotide 100 µg SC q8h, butylbromure d'hyoscine 10–20 mg SC q4–6h.
  • Réfractaire : méthotriméprazine 2,5–5 mg q8h ou olanzapine 2,5–5 mg HS.
  • Percée : entredose = 10 % de la dose quotidienne d'opioïde, q1h PRN.
  • Neuropathique : gabapentine 100–300 mg HS.
  • Rotation : réduire de 25 à 50 % ; laxatif avec tout opioïde. 📞 Appeler / référer si

  • Douleur ou nausées réfractaires, hyperalgésie, méthadone : équipe de soins palliatifs.

  • Douleur osseuse métastatique : radio-oncologie (8 Gy).
  • Occlusion maligne réfractaire : SNG ou gastrostomie de décharge.

🔗 Ressources et raisonnement

📘 Protocoles INESSS — Soins palliatifs – nausées et vomissements · INESSS — Soins palliatifs – détresse aiguë

Nausées et vomissements

Évaluation

  • Anamnèse : moment, lien avec les repas ou le mouvement, vomissements en jet ou fécaloïdes, dernières selles, céphalée matinale, médicaments récents (opioïdes, ISRS, AINS, fer, digoxine, antibiotiques, chimiothérapie).
  • Examen : abdomen (distension, bruits), toucher rectal (fécalome), muqueuses, signes neurologiques, muguet oral.
  • Bilan si compatible avec les objectifs : créatinine, calcium corrigé, électrolytes, glycémie, bilan hépatique, taux de digoxine. Radiographie de l'abdomen si occlusion soupçonnée.

Mécanismes et choix de l'antiémétique

Mécanisme Causes Traitement préférentiel
Zone gâchette chémoréceptrice (D2, 5-HT3, NK1) Opioïdes, digoxine, urémie, hypercalcémie, sepsis, chimiothérapie Halopéridol, métoclopramide, olanzapine ; ondansétron (chimiothérapie, radiothérapie)
Gastro-intestinal ou vagal Gastroparésie, constipation, distension, irritation (AINS, sang), occlusion Métoclopramide ou dompéridone (si pas d'occlusion complète) ; dexaméthasone, octréotide, butylbromure d'hyoscine (occlusion)
Vestibulaire (H1, ACh) Mouvement, opioïdes, lésion cérébelleuse Dimenhydrinate, scopolamine timbre, méclizine
Hypertension intracrânienne Métastases cérébrales, tumeur primaire Dexaméthasone 8–16 mg/j ± halopéridol
Cortical Anxiété, nausées anticipatoires, douleur, odeurs Lorazépam, approche cognitive, antidépresseur, cannabinoïdes
Multifactoriel ou réfractaire — Méthotriméprazine ou olanzapine (large spectre)

Chimique ou métabolique

Gastroparésie, estomac écrasé

Occlusion intestinale

HTIC

Vestibulaire

Anxiété, anticipation

Réfractaire

Nausées ou vomissements en soins palliatifs

Causes réversibles :
fécalome, Ca, urée, médicaments,
muguet, toux, douleur

Mécanisme probable ?

Halopéridol 0,5-1 mg PO/SC q4h PRN

Métoclopramide 10 mg PO/SC
avant les repas et HS

Pas de prokinétique si complète
Dexaméthasone, halopéridol,
octréotide, butylbromure d'hyoscine

Dexaméthasone 8-16 mg/j

Dimenhydrinate ou scopolamine

Lorazépam 0,5-1 mg SL

Réévaluer 24-48 h

Méthotriméprazine ou olanzapine
ou association de classes différentes

Doses usuelles (adulte, à réduire chez la personne âgée fragile)

Médicament Dose Voies Effets indésirables
Halopéridol 0,5–1 mg q4h PRN ; régulier 0,5–2 mg BID (jusqu'à 5 mg/j, rarement plus) PO, SC, IV SEP, QT. Éviter dans Parkinson
Métoclopramide 10 mg q6h (avant repas et HS), jusqu'à 60 mg/j ; perfusion SC possible PO, SC, IV Akathisie, SEP. CI : occlusion complète
Dompéridone 10 mg TID (max 30 mg/j) PO QT (Santé Canada : max 30 mg/j)
Méthotriméprazine 2,5–5 mg q8h ou HS, jusqu'à 25 mg/j pour les nausées PO, SC Sédation, hypotension
Olanzapine 2,5–5 mg HS (max 10 mg) PO, SL (Zydis) Sédation
Prochlorpérazine 5–10 mg q6–8h PO, IR, IV SEP
Dimenhydrinate 25–50 mg q4–6h (max 400 mg/j ; 200 mg/j chez l'aîné) PO, IR, SC, IV Délirium, rétention
Scopolamine Timbre 1,5 mg q72h Transdermique Délirium, rétention, glaucome
Ondansétron 4–8 mg q8–12h (max 16–24 mg/j) PO, IV Constipation, céphalée, QT
Dexaméthasone 4–16 mg/j le matin (± midi) PO, SC, IV Insomnie, hyperglycémie, délirium, candidose
Octréotide 100 µg SC q8h, jusqu'à 600 µg/j (perfusion SC possible) SC, IV Coût
Butylbromure d'hyoscine 10–20 mg SC q4–6h, jusqu'à 120 mg/j SC Sécheresse, rétention
Lorazépam 0,5–1 mg q4–6h PRN SL, PO, SC Sédation
Nabilone 0,5–1 mg BID PO Étourdissements, dysphorie
  • Protocole médical national de l'INESSS (infirmière, soins palliatifs) : halopéridol 0,5–1 mg PO/SC q4h PRN × 48 h (max 4 mg/j) ; sinon dimenhydrinate 25–50 mg q4h PRN. Contre-indications à l'halopéridol : Parkinson, épilepsie non contrôlée.
  • Associer des classes différentes si un seul agent ne suffit pas. Ne pas associer métoclopramide et anticholinergique (effets opposés) ni deux antidopaminergiques.
  • Voie SC : souvent hors monographie, mais usuelle en soins palliatifs.

Mesures non pharmacologiques

  • Petites portions fréquentes, boire entre les repas, éviter les odeurs fortes et les mets gras. Ne pas forcer à manger.
  • Hygiène buccale, gingembre, acupression P6, relaxation.
  • Occlusion maligne : SNG de décompression ou gastrostomie de décharge si les vomissements sont réfractaires.

Syndromes douloureux complexes

Situation Indices Approche
Neuropathique Brûlure, choc électrique, allodynie, dermatome Gabapentine 100–300 mg HS ou prégabaline 25–75 mg BID (ajuster au rein), duloxétine 30–60 mg, nortriptyline 10–25 mg HS. Dexaméthasone si compression nerveuse. Méthadone (avis spécialisé)
Douleur incidente ou percée Liée au mouvement, aux soins, au pansement Entredose = 10 % de la dose quotidienne d'opioïde, q1h PRN. Prémédication 30 min avant un soin
Osseuse Métastases, douleur à la mise en charge AINS si possible, dexaméthasone, radiothérapie palliative (dose unique de 8 Gy), bisphosphonate ou dénosumab
Viscérale ou colique Distension capsulaire, occlusion Dexaméthasone (capsule hépatique), butylbromure d'hyoscine (coliques)
Hyperalgésie induite par les opioïdes ou neurotoxicité Douleur diffuse qui augmente avec la dose, allodynie, myoclonies, délirium, hallucinations Réduire la dose ou faire une rotation ; hydrater ; coanalgésique ; avis en soins palliatifs
Plaie douloureuse (lésion de pression, ulcère malin) Douleur au pansement Morphine topique : environ 0,1 % (10 mg de morphine injectable dans 8 g d'hydrogel), sur la plaie DIE à BID
Souffrance globale Détresse psychologique, existentielle, familiale Équipe interdisciplinaire, soutien spirituel et psychologique

Rotation des opioïdes

  • Indications : effets indésirables intolérables, neurotoxicité, douleur non contrôlée malgré la titration, changement de voie.
  • Calculer l'équivalent quotidien, puis réduire de 25 à 50 % (tolérance croisée incomplète). Réduire moins si la douleur n'est pas contrôlée.
  • Repères : morphine PO 10 mg ≈ hydromorphone PO 2 mg ≈ oxycodone PO 5–7,5 mg ; SC = PO ÷ 2 (morphine, hydromorphone).
  • Insuffisance rénale : préférer l'hydromorphone (doses prudentes) ou le fentanyl. Éviter la morphine et la codéine.
  • Méthadone : conversion non linéaire, réservée aux prescripteurs expérimentés.
  • Prescrire systématiquement un laxatif avec tout opioïde (PEG ou sennosides).

⚠️ Détresse aiguë (hémorragie massive, détresse respiratoire subite, douleur intolérable subite) : il faut une ordonnance individuelle préparée d'avance. Elle combine benzodiazépine, opioïde et anticholinergique, IV ou SC, et peut être répétée après 10 min (IV) ou 20 min (SC) (INESSS, 2020). Voir la fiche Sédation palliative.

Pièges et perles

  • Constipation et fécalome : première cause de nausées sous opioïdes. Faire un toucher rectal.
  • Nausées dès le début d'un opioïde : souvent transitoires (3–7 jours). On donne de l'halopéridol PRN.
  • La dexaméthasone a plusieurs effets : nausées, appétit, douleur osseuse ou neuropathique, HTIC, occlusion. On la donne le matin pour limiter l'insomnie et on suit la glycémie.
  • Patient âgé : le dimenhydrinate et la scopolamine sont de grands pourvoyeurs de délirium.
  • Halopéridol + autres médicaments allongeant le QT : l'ECG n'est pas nécessaire si les soins visent uniquement le confort.

Références