Dr H. Hospitaliste

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Potassium : hyperkaliémie et hypokaliémie

Néphrologie et électrolytesFiche révisée · oct. 2026

💊 Doses / traitement

En bref : Le danger est l'arythmie maligne. Devant une hyperkaliémie, on exclut d'abord la pseudohyperkaliémie, puis on fait un ECG. Ensuite, on stabilise la membrane (calcium), on fait entrer le K dans les cellules (insuline-glucose, salbutamol) et on l'élimine (diurétique, chélateur, dialyse). Le calcium et le transfert ne font que gagner du temps. Devant une hypokaliémie, on corrige d'abord le magnésium, on préfère la voie PO et on respecte les débits IV maximaux.

🩺 Au chevet

🚩 Signaux d'alarme

  • K ≥ 6,5 ou changements à l'ECG (T pointues, PR long, QRS large, onde sinusoïdale).
  • K < 2,5 ou symptômes : faiblesse, arythmie, digoxine, IDM.
  • IRA oligurique, rhabdomyolyse, lyse tumorale.
  • Hypokaliémie réfractaire : hypomagnésémie. ✅ À faire maintenant

  • Exclure la pseudohyperkaliémie (hémolyse, garrot, thrombocytose, hyperleucocytose) : répéter sur gaz veineux.

  • ECG et monitoring cardiaque si K ≥ 6,0 ou ECG anormal.
  • Créatinine, électrolytes, Mg, glycémie, gaz veineux.
  • Revoir les médicaments : IECA, ARA, ARM, AINS, triméthoprime, héparine, diurétiques.
  • Hyperkaliémie traitée : K à 1, 2, 4, 6 et 24 h ; glycémie q30–60 min × 6 h. 💊 Premières ordonnances

  • ECG anormal ou K ≥ 6,5 : gluconate de calcium 10 % 30 mL IV en 5–10 min, répéter si l'ECG persiste.

  • Insuline rapide 10 U IV + glucose 25 g (D50 % 50 mL) ; D10 % 50 mL/h × 5 h si glycémie < 7.
  • Salbutamol 10–20 mg en nébulisation.
  • Élimination : furosémide 40–80 mg IV ; SZC 10 g PO TID jusqu'à 72 h. Pas de Kayexalate en aigu.
  • Hypokaliémie légère : KCl 20–40 mmol PO die à TID.
  • IV : périphérique ≤ 10 mmol/h, dans du NS, jamais en bolus.
  • MgSO4 2 g IV en 1 h si Mg bas. 📞 Appeler / référer si

  • Hyperkaliémie sévère réfractaire, IRA oligurique ou IRT : néphrologie pour dialyse.

  • Arythmie ou correction IV > 10 mmol/h : soins intensifs, monitoring.
  • Intoxication à la digoxine : Digifab.

🔗 Ressources et raisonnement

🧠 Raisonnement Curbsiders #537 — Hyperkaliémie et hypokaliémie

Hyperkaliémie

Définition et gravité (UKKA)

Gravité K (mmol/L)
Légère 5,5–5,9
Modérée 6,0–6,4
Sévère ≥ 6,5 ou changements à l'ECG, peu importe la valeur
  • ECG, par ordre approximatif : ondes T pointues → allongement du PR, aplatissement de l'onde P → élargissement du QRS → onde sinusoïdale, FV ou asystolie. Un ECG normal n'exclut pas le danger.

Vraie ou pseudo ?

Pseudohyperkaliémie Vraie hyperkaliémie
Hémolyse, garrot prolongé, poing serré Excrétion ↓ : IRA ou IRC, hypoaldostéronisme, débit distal réduit (IC, hypovolémie)
Délai d'analyse, échantillon refroidi Médicaments : IECA, ARA, ARM (spironolactone), diurétiques épargneurs de K, AINS, héparine, triméthoprime, inhibiteurs de la calcineurine
Thrombocytose, hyperleucocytose (LLC : lyse dans le tube pneumatique) Transfert : acidose, carence en insuline ou hyperosmolalité, β-bloqueurs, digoxine, exercice
Tube EDTA ou hépariné contaminé Libération : lyse tumorale, rhabdomyolyse, écrasement, hémolyse in vivo

💡 Un K élevé et inattendu chez un patient sans facteur de risque, avec un ECG normal, se répète sur gaz veineux ou tube hépariné, idéalement sans garrot.

Algorithme

Pseudo

Vraie

Changements ECG ou K ≥ 6,5

K 6,0-6,4 sans ECG

K 5,5-5,9

K ≥ 5,5 mmol/L

Vraie ou pseudo ?
hémolyse, garrot, ↑↑ plaquettes ou GB
→ répéter sur gaz veineux

Pas de traitement
corriger la technique

ECG + monitoring
Sévérité ?

1. Calcium IV
gluconate 10 % 30 mL / 10 min
répéter si ECG persiste

2. Insuline 10 U IV + glucose 25 g
± salbutamol 10-20 mg neb

Revoir médicaments, diète
diurétique, chélateur
K de contrôle

3. Élimination : furosémide si diurèse
SZC 10 g PO TID
Dialyse si IRA oligurique, IRT,
réfractaire ou rhabdomyolyse

4. Glycémie q30-60 min x 6 h
K à 1, 2, 4, 6 et 24 h

5. Prévenir la récidive :
cause, médicaments, diète

Traitement

Effet Agent Dose Début Durée
Stabilisation (ne baisse pas le K) Gluconate de calcium 10 % 30 mL IV en 5–10 min ; répéter après 5–10 min si l'ECG persiste 1–3 min 30–60 min
Chlorure de calcium 10 % 10 mL IV en 5 min (voie centrale idéalement ; à préférer en arrêt cardiaque) Immédiat 30–60 min
Transfert Insuline rapide (régulière) 10 U IV + glucose 25 g (D50 % 50 mL) 15–30 min 4–6 h
Salbutamol 10–20 mg en nébulisation sur 10 min (4 à 8 fois la dose habituelle) 30 min 2 h
Bicarbonate de sodium Seulement si acidose métabolique : 50–100 mmol IV, ou perfusion Variable —
Élimination Furosémide 40–80 mg IV (plus en IRC), avec du NS si le patient est hypovolémique 1 h Selon la diurèse
Cyclosilicate de zirconium sodique (SZC, Lokelma) 10 g PO TID jusqu'à 72 h, puis 5–10 g die 1 h —
Patiromer (Veltassa) 8,4 g PO die 7 h Surtout en chronique
Polystyrène sulfonate de sodium (Kayexalate) 15–30 g PO die à QID Lent (heures) Peu fiable en aigu
Définitif Hémodialyse Bain à 0–2 mmol/L de K Minutes Rebond à 2–6 h

⚠️ Mis à jour (UK Kidney Association 2023, révisé 2026) : - Calcium : 30 mL de gluconate 10 % (et non 10 mL) pour obtenir une dose équivalente au CaCl2. Le niveau de preuve a été abaissé par ILCOR (2025), mais le calcium reste suggéré s'il y a des changements à l'ECG. - Hypoglycémie après insuline : si la glycémie de départ est < 7 mmol/L, ajouter D10 % 50 mL/h × 5 h. Contrôler la glycémie q30–60 min pendant 6 h. Envisager 5 U d'insuline en IRC terminale ou chez la personne âgée frêle. - Chélateurs : le SZC est préféré en aigu. La résine (Kayexalate ou Resonium) n'est plus recommandée en aigu : effet lent et imprévisible, et risque de nécrose intestinale. - Bicarbonate IV : pas de routine.

💡 Dr H. : le calcium « ne traite pas, il stabilise pour quelques minutes ». Le Kayexalate est dangereux en cas d'iléus, de constipation ou en postopératoire. Recette notée en stage, en présence d'acidose métabolique : 3 ampoules de bicarbonate (150 mmol) dans 1 L de D5 % à 100 mL/h + 10 U d'insuline. On surveille la glycémie, la volémie et le Na.

Suivi et prévention

  • K à 1, 2, 4, 6 et 24 h après le traitement d'une hyperkaliémie modérée ou sévère. Surveiller le rebond à 4–6 h, quand l'effet du transfert s'épuise.
  • Monitoring cardiaque tant que K ≥ 6,0 ou que l'ECG est anormal.
  • Chronique :
  • Diète faible en K (consulter la nutritionniste).
  • Corriger l'acidose métabolique (bicarbonate PO).
  • Diurétique de l'anse ou thiazide.
  • Arrêter les AINS et la triméthoprime.
  • Garder si possible les IECA, ARA et ARM en IC ou en néphropathie, en ajoutant un chélateur (SZC ou patiromer) plutôt que de cesser un traitement qui améliore la survie.

Hypokaliémie

Causes

  • Pertes rénales (K urinaire > 20 mmol/j ou TTKG > 4) :
  • Diurétiques.
  • Vomissements : l'alcalose entraîne une kaliurèse.
  • Hyperaldostéronisme.
  • Hypomagnésémie.
  • Acidose tubulaire rénale.
  • Amphotéricine.
  • Pertes digestives : diarrhée, laxatifs, fistule.
  • Transfert intracellulaire : insuline (traitement de l'ACD ou du SHH), β2-agonistes, alcalose, syndrome de renutrition, paralysie périodique, thyrotoxicose.
  • Apport insuffisant : alcoolisme, anorexie (rarement isolé).

Gravité et voie

K (mmol/L) Gravité Voie
3,0–3,5 Légère PO : KCl 20–40 mmol die à TID
2,5–2,9 Modérée PO 40 mmol BID-TID ± IV
< 2,5 ou symptômes (faiblesse, ECG, arythmie, digoxine, IDM) Sévère IV + monitoring cardiaque, ± PO en association
  • Ordre de grandeur : une baisse de 1 mmol/L sous 3,5 correspond à un déficit d'environ 200–400 mmol. Dans une perfusion IV, chaque 10 mmol de KCl augmente le K d'environ 0,1 mmol/L.

Échelle de remplacement (notes de Dr H., si la fonction rénale est normale)

K sérique (mmol/L) KCl IV ou PO (mmol) Mg sérique (mmol/L) MgSO4 IV (g)
3,7–3,8 20 0,74–0,78 1
3,5–3,6 40 0,66–0,70 2
3,3–3,4 60 0,58–0,62 3
3,1–3,2 80 0,49–0,53 4
≤ 3,0 100 (en doses fractionnées, K de contrôle) < 0,49 5

⚠️ Toujours vérifier la créatinine avant de remplacer le K ou le Mg. En insuffisance rénale ou en IRT, on réduit les doses de moitié ou on discute avec la néphrologie. Les seuils de Mg ci-dessus sont convertis des mg/dL d'origine (× 0,41).

Règles de sécurité de la voie IV

  • Voie périphérique : concentration ≤ 40 mmol/L (au maximum 10 mmol/100 mL selon les protocoles), ≤ 10 mmol/h. La perfusion est douloureuse et cause des phlébites.
  • Voie centrale : jusqu'à 20 mmol/h avec monitoring cardiaque. Au-delà, seulement à l'USI pour une arythmie menaçante.
  • Diluer dans du NS plutôt que dans du D5 % : le glucose stimule l'insuline, qui fait chuter le K.
  • Ne jamais donner le KCl en bolus IV.
  • Magnésium d'abord : une hypokaliémie réfractaire = hypomagnésémie jusqu'à preuve du contraire. MgSO4 2 g IV en 1 h (4–5 g en 4–8 h si déficit sévère).

Suivi

  • K q4–6 h si la correction se fait par voie IV, sinon le lendemain.
  • Au congé : traiter la cause (ajuster le diurétique, ajouter un ARM ou un épargneur de K si la diurèse est chronique), prévoir un K de contrôle en 1 semaine si le patient part avec un supplément.

Pièges et perles

  • Le K chute rapidement pendant le traitement de l'ACD : on ne débute pas l'insuline si K < 3,3 mmol/L.
  • Une hyperkaliémie chez un patient sous triméthoprime-sulfaméthoxazole, spironolactone ou héparine est souvent iatrogène.
  • La digoxine est plus toxique en hypokaliémie. En intoxication à la digoxine avec hyperkaliémie, on donne les anticorps anti-digoxine (Digifab). L'ancien dogme qui contre-indiquait le calcium n'est plus soutenu.
  • Après l'arrêt d'un traitement de transfert (insuline, salbutamol), le K remonte : on ne déclare pas l'hyperkaliémie résolue sur une valeur à 1 h.

Références