En bref : Le diagnostic repose sur 2 critères sur 3 : douleur typique, lipase > 3 × LSN, imagerie. On fait une échographie chez tous les patients pour chercher une origine biliaire ; la TDM n'est pas faite de routine. On remplit modérément au Lactate Ringer et on réalimente tôt par la bouche. Pas d'antibioprophylaxie. Si l'origine est biliaire : cholécystectomie durant la même admission.
🩺 Au chevet
🚩 Signaux d'alarme
- Défaillance d'organe (respiratoire, rénale, cardiovasculaire), SIRS persistant > 48 h, BISAP ≥ 3.
- Urée et hématocrite en hausse à 24 h (Ht > 44 %).
- Cholangite : fièvre, ictère, choc.
-
Détérioration après la 1re semaine : nécrose infectée, pseudo-anévrisme (chute d'Hb). ✅ À faire maintenant
-
2 critères sur 3 : douleur typique, lipase > 3 × LSN, imagerie.
- FSC, électrolytes, urée, créatinine, glucose, ALT/AST, bilirubine, PAL, TG (tôt), calcium, albumine, lactate ; gaz si instable.
- Échographie abdominale chez tous ; TDM seulement si doute ou pas d'amélioration à 48–72 h.
-
Réévaluer à 6 h puis 24–48 h : signes vitaux, diurèse > 0,5 mL/kg/h, urée, Ht. 💊 Premières ordonnances
-
Lactate Ringer : hypovolémie → bolus 10 mL/kg puis 1,5 mL/kg/h ; euvolémie → 1,5 mL/kg/h.
- Acétaminophène 1 g PO/IV q6h (max 4 g/j ; 3 g/j si hépatopathie ou alcool) ; hydromorphone 0,5–1 mg SC/IV q2–4h PRN.
- Diète orale faible en gras < 24–48 h ; TNG seulement si iléus.
- Aucune antibioprophylaxie ; nécrose infectée : pip-tazo 4 g IV q6h (ou méropénem 1 g IV q8h).
-
Alcool : CIWA-Ar, thiamine. 📞 Appeler / référer si
-
Défaillance d'organe > 48 h : soins intensifs.
- Cholangite : CPRE < 24 h (gastro).
- Biliaire légère : chirurgie (cholécystectomie même admission).
- Pas d'amélioration ou nécrose infectée : chirurgie, gastro-entérologie.
🔗 Ressources et raisonnement
📞 Consulter Quand consulter — Gastroentérologie · Urgente : consultation intrahospitalière · semi-urgente : intrahospitalière ou externe · élective : en externe
Définition et causes
- Diagnostic : au moins 2 critères sur 3.
- Douleur épigastrique aiguë, souvent transfixiante vers le dos.
- Lipase (préférée à l'amylase) > 3 × LSN.
- Signes à l'imagerie.
- La hauteur de la lipase ne prédit pas la sévérité. Il n'y a pas lieu de la répéter pour suivre l'évolution.
| Cause | Indices / bilan |
|---|---|
| Lithiasique (≈ 40 %) | Calculs ou boue à l'échographie ; ALT > 3 × LSN (environ 150 U/L) dans les 48 h évoque fortement cette origine |
| Alcool (25–35 %) | Consommation lourde et prolongée, souvent des épisodes répétés |
| Hypertriglycéridémie | TG > 11,3 mmol/L (1000 mg/dL) ; à doser tôt, car les TG baissent avec le jeûne |
| Hypercalcémie | Calcium ionisé, PTH |
| Médicaments | Azathioprine/6-MP, acide valproïque, didanosine, mésalazine, œstrogènes, diurétiques ; aGLP-1 (lien débattu) |
| Post-CPRE, trauma | Contexte |
| Tumeur (TIPMP, adénocarcinome) | Âge > 40 ans sans cause évidente : TDM ou IRM à distance |
| Idiopathique | Écho-endoscopie ou CPRM après l'épisode |
Évaluation initiale
- Bilan sanguin :
- FSC, électrolytes, urée, créatinine, glucose.
- ALT/AST, bilirubine, phosphatase alcaline.
- Lipase, TG, calcium, albumine, lactate.
- Gaz si le patient est instable.
- Échographie abdominale chez tous les patients pour chercher une lithiase. On la refait si elle n'est pas concluante.
- TDM avec contraste : seulement si le diagnostic est incertain ou s'il n'y a pas d'amélioration à 48–72 h. Faite trop tôt, elle sous-estime la nécrose.
- CPRM ou écho-endoscopie si l'on suspecte une cholédocholithiase sans cholangite.
Sévérité (Atlanta révisée)
| Grade | Définition |
|---|---|
| Légère | Pas de défaillance d'organe ni de complication locale ou systémique |
| Modérément sévère | Défaillance d'organe transitoire (< 48 h) et/ou complication locale (collection, nécrose) |
| Sévère | Défaillance d'organe persistante (> 48 h) : respiratoire, rénale ou cardiovasculaire |
- Facteurs de mauvais pronostic à l'admission :
- SIRS persistant > 48 h.
- BISAP ≥ 3.
- Urée en hausse à 24 h, hématocrite > 44 %.
- Âge > 60 ans, obésité, comorbidités.
- Ces patients doivent être surveillés de près, aux soins intermédiaires ou intensifs.
Prise en charge
Réanimation liquidienne
- Lactate Ringer de préférence au NS.
- Hypovolémie : bolus de 10 mL/kg, puis 1,5 mL/kg/h.
- Euvolémie : 1,5 mL/kg/h, sans bolus.
- Réévaluer à 6 h, puis à 24 et 48 h : signes vitaux, diurèse > 0,5 mL/kg/h, urée, hématocrite. Arrêter dès que l'apport oral est suffisant.
- Prudence en insuffisance cardiaque ou rénale.
⚠️ Mis à jour (essai WATERFALL, NEJM 2022 ; ACG 2024) : le remplissage agressif (bolus de 20 mL/kg puis 3 mL/kg/h) n'améliore pas l'évolution et triple la surcharge liquidienne (20,5 % vs 6,3 %). L'ancienne pratique « 250–500 mL/h » est abandonnée.
Analgésie
- Analgésie multimodale :
- Acétaminophène 1 g PO/IV q6 h (max 4 g/j ; 3 g/j si hépatopathie ou alcool).
- Opioïdes au besoin, par exemple hydromorphone 0,5–1 mg SC/IV q2–4 h PRN, à ajuster selon l'âge et la fonction rénale. Ils sont sûrs dans cette indication.
- AINS seulement si la fonction rénale et la volémie sont normales.
- Antiémétique. Le jeûne et le TNG ne sont pas systématiques : seulement si iléus ou vomissements incoercibles.
Nutrition
- Alimentation orale dans les 24–48 h selon la tolérance, en commençant directement par une diète solide faible en gras (pas besoin de passer par les liquides clairs).
- Si l'alimentation orale est impossible (forme sévère) : nutrition entérale par TNG (nasogastrique aussi sûr que nasojéjunal). La nutrition parentérale est réservée à l'échec de la voie entérale.
Antibiotiques
- Aucune antibioprophylaxie, même pour une forme sévère ou une nécrose stérile (CHLM, ACG).
- Indications : cholangite, bactériémie, nécrose infectée. On suspecte celle-ci devant une détérioration ou une fièvre après 7 à 10 jours, ou un gaz dans la collection à la TDM. Une ponction n'est plus exigée avant de traiter.
- Pancréatite compliquée (abcès, pseudokyste ou nécrose infectés), guide CHLM :
| Option | Molécule et dose |
|---|---|
| 1re intention | Pipéracilline-tazobactam 4 g IV q6 h |
| Alternative | Méropénem 1 g IV q8 h |
| Alternative (allergie) | Ciprofloxacine 400 mg IV q8–12 h + métronidazole 500 mg IV q8 h |
- Durée selon la clinique, les cultures et le drainage (souvent plusieurs semaines pour une nécrose infectée). Ajuster à la fonction rénale selon le guide CHLM.
- Nécrose infectée stable : antibiotiques d'abord. On retarde le drainage ou la nécrosectomie (de préférence endoscopique) jusqu'à ce que la collection soit encapsulée, idéalement ≥ 4 semaines.
Selon la cause
- Biliaire :
- Cholangite (fièvre, ictère, choc) : CPRE dans les 24 h.
- Sans cholangite : pas de CPRE précoce de routine ; CPRM ou écho-endoscopie d'abord.
- Forme légère : cholécystectomie durant la même admission. Forme nécrosante : la retarder jusqu'à la résolution des collections, ou environ 6 semaines.
- Alcool :
- Intervention brève et offre de traitement du trouble lié à l'alcool (naltrexone, acamprosate).
- Prévention du sevrage (CIWA-Ar), thiamine.
- Cesser le tabac aussi.
- Hypertriglycéridémie :
- Diète, contrôle de la glycémie.
- Perfusion d'insuline et de dextrose si TG très élevés ou diabète décompensé ; plasmaphérèse dans des cas sélectionnés.
- À long terme : fibrate, oméga-3, cible TG < 5,6 mmol/L.
- Médicament : arrêter le médicament et l'inscrire comme intolérance.
Complications
- Locales :
- Collection liquidienne aiguë (< 4 semaines), puis pseudokyste (≥ 4 semaines, paroi définie).
- Nécrose aiguë, puis nécrose encapsulée (WON).
- Une collection asymptomatique ne se draine pas.
- Vasculaires : thrombose de la veine splénique ou porte ; pseudo-anévrisme (hémorragie digestive, chute d'Hb).
- Systémiques : SDRA, insuffisance rénale aiguë, syndrome du compartiment abdominal, exacerbation de comorbidités.
- À distance : diabète post-pancréatite (dépistage annuel par HbA1c) et insuffisance exocrine.
Algorithme
Suivi et congé
- Critères de congé :
- Douleur contrôlée par analgésiques PO.
- Diète tolérée.
- Pas de signe de complication.
- Cause identifiée et traitée, ou plan établi.
- Prévoir la cholécystectomie (même admission) ou un rendez-vous rapide en chirurgie.
- Doser les TG à distance. Abstinence d'alcool et de tabac.
- Âge > 40 ans et cause inexpliquée : imagerie pancréatique (TDM/IRM ou écho-endoscopie) à 4–6 semaines.
- Récidive idiopathique : cholécystectomie à envisager après un 2e épisode (ACG 2024).
Pièges et perles
💡 Une lipase élevée sans douleur typique n'est pas une pancréatite : insuffisance rénale, acidocétose, ischémie mésentérique et perforation peuvent aussi l'élever.
💡 Une TDM faite le premier jour change rarement la conduite et sous-estime la nécrose. Mieux vaut une échographie aujourd'hui et une TDM à 72 h si le patient ne s'améliore pas.
⚠️ Une détérioration après la première semaine fait penser à une nécrose infectée ou à un pseudo-anévrisme. On demande alors une TDM avec contraste et une consultation en chirurgie ou en gastro-entérologie.
- La hausse de l'urée et de l'hématocrite à 24 h est un marqueur simple de remplissage insuffisant et de mauvais pronostic.
Références
- Applying the 2024 ACG guidelines on acute pancreatitis to hospital medicine (The Hospitalist, 2024)
- WATERFALL — aggressive vs moderate fluid resuscitation in acute pancreatitis (Critical Care Reviews, NEJM 2022)
- Guide d'antibiothérapie de l'Hôpital Charles-LeMoyne (CISSS de la Montérégie-Centre, mai 2023) : pancréatite compliquée et nécrosante.