Dr H. Hospitaliste

Fiches › Néphrologie et électrolytes

Lithiase urinaire

Néphrologie et électrolytesFiche révisée · oct. 2026

💊 Doses / traitement

En bref : La colique néphrétique se traite d'abord par les AINS. L'imagerie de choix est la TDM faible dose (échographie chez la femme enceinte). Une lithiase obstructive infectée est une urgence urologique : antibiotiques et décompression. Un calcul de ≤ 5 mm passe seul dans la plupart des cas. La tamsulosine n'aide qu'aux calculs distaux de 5 à 10 mm. Après un épisode, on fait un bilan métabolique de base et on prescrit 2,5–3 L de liquides par jour.

🩺 Au chevet

🚩 Signaux d'alarme

  • Fièvre ou sepsis avec calcul obstructif : urgence urologique (drainer).
  • Rein unique obstrué, obstruction bilatérale, IRA.
  • Homme > 60 ans avec « première colique néphrétique » : AAA fissuré.
  • Douleur ou vomissements réfractaires ; grossesse. ✅ À faire maintenant

  • Analyse et culture d'urine, créatinine, électrolytes, FSC, Ca, acide urique, β-hCG.

  • Fébrile : lactate et hémocultures.
  • TDM sans contraste faible dose ; échographie si grossesse ou jeune. 💊 Premières ordonnances

  • Kétorolac 15–30 mg IV/IM (10–15 mg si âgé) ou ibuprofène 400–600 mg PO q6–8 h ; CI : IRA, DFGe < 30, grossesse, ulcère.

  • Acétaminophène 1 g q6 h ; hydromorphone 0,5–1 mg IV en secours.
  • Tamsulosine 0,4 mg PO die seulement si calcul distal de 5–10 mm.
  • Obstruction infectée : amoxicilline-clavulanate 2 g IV q12 h ou ceftriaxone 1 g IV q24 h ± ampicilline, et décompression.
  • Congé : 2,5–3 L de liquides/j, filtrer l'urine. 📞 Appeler / référer si

  • Urologie urgente : obstruction infectée (sonde JJ ou néphrostomie), rein unique, bilatérale, IRA.

  • Urologie : calcul > 10 mm, échec à 4–6 sem.
  • Imagerie de contrôle à 4–6 sem.

🔗 Ressources et raisonnement

📞 Consulter Quand consulter — Urologie · Urgente : consultation intrahospitalière · semi-urgente : intrahospitalière ou externe · élective : en externe

Facteurs de risque et prévention

Domaine Facteurs de risque (calculs calciques)
Urinaire Faible volume ; hypercalciurie, hyperoxalurie, hypocitraturie ; pH élevé (phosphate de calcium)
Alimentation Faible apport hydrique ; faible apport en calcium ; excès de sodium, de protéines animales, de fructose ou de sucrose ; suppléments de vitamine C
Maladies Hyperparathyroïdie primaire, goutte, obésité, diabète, acidose tubulaire distale, MII, chirurgie bariatrique malabsorptive, grêle court
Anatomie Rein en éponge médullaire, rein en fer à cheval

Bilan après un premier calcul : analyse du calcul, créatinine, Ca, acide urique, PTH si le calcium est élevé, analyse d'urine. Collecte urinaire de 24 h × 2 si les calculs sont récidivants, multiples, chez l'enfant, en présence d'un rein unique, ou s'ils sont de cystine ou d'acide urique.

Mesures générales

  • Liquides : 2,5–3 L/j, pour une diurèse > 2–2,5 L/j.
  • Calcium alimentaire normal (1000–1200 mg/j) : restreindre le calcium augmente les calculs d'oxalate.
  • Sodium < 2300 mg/j ; limiter les protéines animales et les boissons sucrées.

Traitements ciblés | Anomalie | Traitement | |---|---| | Hypercalciurie récidivante | Thiazide (chlorthalidone 12,5–25 mg die ou HCTZ 25 mg bid), avec restriction sodée | | Hypocitraturie ou calcul d'oxalate de calcium récidivant | Citrate de potassium 30–60 mEq/j en doses fractionnées | | Acide urique (pH urinaire < 5,5) | Alcalinisation (citrate de potassium) pour un pH de 6–6,5 ; allopurinol si hyperuricosurie | | Hyperoxalurie entérique | Calcium avec les repas, diète faible en gras et en oxalate | | Struvite (infection à Proteus) | Retrait complet par l'urologie, antibiotique |

Présentation et diagnostic différentiel

  • Douleur lombaire en coliques, irradiant à l'aine ou aux organes génitaux, avec agitation, nausées et vomissements. Hématurie microscopique (absente dans 10–15 % des cas).
  • Diagnostics à ne pas manquer :
  • Anévrisme de l'aorte abdominale fissuré : homme de plus de 60 ans, « première colique néphrétique ».
  • Pyélonéphrite, infarctus rénal, dissection.
  • Appendicite, diverticulite, GEU, torsion ovarienne ou testiculaire.

Évaluation

  • Analyse et culture d'urine, créatinine, électrolytes, FSC, calcium, acide urique, β-hCG.
  • Lactate et hémocultures si le patient est fébrile.
Imagerie Avantages Limites
TDM sans contraste faible dose Référence : taille, position, complications, autres diagnostics Irradiation (réduite en faible dose)
Échographie (urgence ou PoCUS) Sans irradiation ; hydronéphrose. 1re intention en grossesse et chez le jeune Peu sensible pour un calcul urétéral de petite taille
RX abdomen (ASP) Suivi des calculs radio-opaques déjà connus Ne voit pas l'acide urique ; peu sensible
IRM T2 Grossesse (1er trimestre) si l'échographie n'est pas concluante Ne voit pas bien le calcul lui-même

Prise en charge

Analgésie

  • AINS en 1re intention : kétorolac 15–30 mg IV ou IM (10–15 mg chez la personne âgée), ou ibuprofène 400–600 mg PO q6–8 h, ou naproxène 500 mg PO bid. Ils sont contre-indiqués en cas d'IRA, de DFGe < 30, de grossesse ou d'ulcère actif.
  • Acétaminophène 1 g PO/IV q6 h en complément.
  • Opioïde en secours : hydromorphone 0,5–1 mg IV, puis PO pour le congé, en courte durée.
  • Antiémétique ; pas d'antispasmodique. Pas d'hydratation IV forcée pour « pousser » le calcul : on corrige seulement la déshydratation.

Traitement médical expulsif

  • Tamsulosine 0,4 mg PO die, jusqu'à 4 semaines ou jusqu'au passage du calcul. Bénéfice seulement pour un calcul urétéral distal de 5–10 mm ; utilisation hors indication.

⚠️ Mis à jour (AUC/CUA ; NICE NG118) : les grands essais (SUSPEND, STONE) n'ont montré aucun bénéfice de l'alpha-bloquant pour les calculs de moins de 5 mm. On ne le prescrit plus systématiquement.

  • Faire filtrer l'urine pour analyser le calcul.

Pyélonéphrite obstructive (urgence)

  • Antibiotiques IV dès les cultures prélevées, puis drainage urgent par sonde double J ou néphrostomie : celui qui est le plus rapide localement. L'antibiotique seul ne suffit pas.
  • Antibiothérapie empirique en hospitalisation (guide CHLM) :
  • Amoxicilline-clavulanate 2 g IV q12 h ou tobramycine 5 mg/kg IV q24 h + ampicilline 1 g IV q6 h.
  • Alternative : ceftriaxone 1 g IV q24 h ± ampicilline.
  • Durée de 7–10 jours, à ajuster selon la culture.
  • En sepsis ou choc, élargir selon le guide local.
  • La présence d'une urolithiase fait d'une cystite une cystite compliquée : 7 jours de traitement (CHLM).

Indications d'hospitalisation

  • Douleur ou vomissements réfractaires.
  • Fièvre, pyélonéphrite ou sepsis.
  • Rein unique obstrué ou obstruction bilatérale.
  • Insuffisance rénale aiguë.
  • Grossesse compliquée.

Traitement urologique (urétéroscopie, lithotripsie extracorporelle, néphrolithotomie percutanée)

  • Calcul > 10 mm.
  • Échec du passage après 4–6 semaines.
  • Douleur récidivante.
  • Obstruction persistante.
  • Contexte professionnel particulier (pilote, par exemple).

Algorithme

Oui + infection

Oui sans infection

Non

Non

Oui

≤ 5 mm

5-10 mm distal

> 10 mm

Colique néphrétique suspectée
Analgésie : AINS ± opioïde
SMU, créatinine, FSC, β-hCG

Imagerie : TDM faible dose
(échographie si grossesse ou jeune)

Drapeaux rouges ?
Fièvre ou sepsis, rein unique,
obstruction bilatérale, IRA

URGENCE : hémocultures,
antibiotiques IV
+ DÉCOMPRESSION
(sonde JJ ou néphrostomie)

Urologie urgente
Hospitaliser

Douleur contrôlée PO ?
Vomissements ?

Taille du calcul

Congé : AINS, hydratation,
filtrer l'urine
Passage spontané ~ 70-90 %

Congé : AINS ± tamsulosine
0,4 mg die × 4 sem.
Suivi urologie

Référence en urologie :
urétéroscopie ou LEC

Imagerie de contrôle
à 4-6 semaines

Suivi et congé

  • Congé avec AINS, opioïde en secours (petite quantité), ± tamsulosine, passoire, et consignes de retour immédiat en cas de fièvre, de douleur non contrôlée ou d'anurie.
  • Imagerie de contrôle à 4–6 semaines : la disparition des symptômes ne prouve pas l'expulsion, et une obstruction silencieuse peut détruire le rein.
  • Rendez-vous en urologie si le calcul fait plus de 5 mm ou n'a pas passé.

Pièges et perles

  • Un patient fébrile avec un calcul obstructif ne repart jamais avec des antibiotiques PO : il faut drainer.
  • Penser à l'AAA chez un patient âgé qui fait sa « première colique néphrétique ».
  • Les calculs d'acide urique sont radiotransparents à la radiographie, mais visibles à la TDM. Ce sont les seuls que l'on peut dissoudre par alcalinisation.
  • Les infections urinaires récidivantes avec un calcul doivent faire chercher un calcul de struvite : il agit comme réservoir.

Références