Dr H. Hospitaliste

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Hypertension artérielle

CardiologieFiche révisée · oct. 2026

Voir aussi : INESSS — Ajustement des antihypertenseurs

💊 Doses / traitement

En bref : Le diagnostic repose sur une mesure standardisée (MPAC-OS) confirmée hors clinique (MPAD sur 7 jours ou MAPA). Selon Hypertension Canada et le PMN de l'INESSS à jour, la cible est une PAS < 130 mm Hg pour la plupart des adultes. On commence par un IECA ou un ARA, de préférence en combinaison à dose fixe avec un thiazidique apparenté ou un BCC. À l'hôpital, une PA élevée asymptomatique ne se traite pas par voie IV : on cherche une atteinte d'organe cible, on traite la douleur, l'anxiété et le sevrage, et on ajuste le traitement PO.

⚠️ Mis à jour (Hypertension Canada, 2025 ; PMN INESSS, 2026) : la cible est une PAS < 130 mm Hg pour la plupart des adultes. L'ancienne cible générale de < 140/90 (2018) est remplacée. Le seuil à domicile est ≥ 130/80. Les tableaux 2018 des notes (seuils de 135/85, cible de 140/90 pour le risque faible) sont désuets.

🩺 Au chevet

🚩 Signaux d'alarme

  • PA souvent ≥ 180/120 + atteinte aiguë d'organe cible : encéphalopathie, AVC ou HIC, SCA, OAP, dissection, IRA, MAT, rétinopathie III–IV.
  • Grossesse ≥ 160/110 : prééclampsie, traiter en 30–60 min.
  • Créatinine ↑ > 30 % ou K > 5,5 sous IECA/ARA/diurétique.
  • Personne âgée : hypotension orthostatique, chutes. ✅ À faire maintenant

  • Hospitalisé asymptomatique : corriger douleur, rétention urinaire, anxiété, sevrage, hypercapnie, AINS ou corticostéroïdes.

  • Chercher une atteinte d'organe cible : examen neuro, fond d'œil si sévère, ECG, créatinine, ions, SMU.
  • Ambulatoire : confirmer par MPAD 7 j ou MAPA ; bilan Na, K, créatinine, HbA1c, lipides, SMU, RAC, ECG. 💊 Premières ordonnances

  • Asymptomatique à l'hôpital : pas d'IV ni de PRN rapide ; reprendre ou ajuster le PO.

  • Urgence : soins intensifs, IV titrable, baisse ≤ 25 % de la PAM en 1 h (labétalol 10–20 mg IV en 2 min, nicardipine 5 mg/h).
  • Pas de nifédipine sublinguale.
  • Ambulatoire : IECA/ARA + thiazidique apparenté ou BCC (lisinopril 10–20 mg, chlorthalidone 12,5 mg, amlodipine 2,5–5 mg die) ; cible PAS < 130. 📞 Appeler / référer si

  • Soins intensifs : urgence hypertensive, dissection (PAS < 120, FC < 60 en 20 min).

  • Obstétrique : prééclampsie.
  • Médecine interne, néphrologie ou clinique d'HTA : HTA résistante malgré spironolactone, cause secondaire.

🔗 Ressources et raisonnement

📘 Protocoles INESSS — Ajustement des antihypertenseurs

📞 Consulter Quand consulter — Médecine interne · Urgente : consultation intrahospitalière · semi-urgente : intrahospitalière ou externe · élective : en externe

Diagnostic

  • Technique :
  • brassard de la bonne taille, bras appuyé à la hauteur du cœur, 5 min de repos, pas de café ni de tabac 30 min avant ;
  • MPAC-OS (oscillométrie en série, patient seul) de préférence.
  • Confirmation hors clinique :
  • MPAD : 2 mesures matin et soir pendant 7 jours, en excluant le jour 1 ;
  • ou MAPA sur 24 h, qui dépiste aussi l'HTA nocturne.
  • PA ≥ 180/110 ou atteinte aiguë d'organe cible : on pose le diagnostic d'emblée et on traite.
  • Le syndrome du sarrau blanc se définit par une PA élevée en clinique et normale hors clinique. Il ne se traite pas, mais justifie un suivi annuel.

Oui

Non

Oui

Non, PA clinique élevée

Non, PA clinique normale

PA élevée
(clinique, domicile, pharmacie)

PA ≥ 180/110 ou atteinte
aiguë d'organe cible ?

HTA : traiter
(urgence si atteinte aiguë)

Mesure hors clinique
MPAD 7 j (préféré) ou MAPA 24 h

MPAD moyenne ≥ 130/80
ou MAPA élevée ?

Hypertension
Bilan + risque CV global

Syndrome du sarrau blanc
Suivi annuel

Pas d'HTA
Habitudes de vie, revoir annuellement

Bilan initial (INESSS)

Examen Quand
Na, K, créatinine (DFGe) Au diagnostic, puis annuellement. Avant un IECA, un ARA ou un diurétique, puis 10–14 j après le début ou une hausse de dose
Glycémie à jeun ou HbA1c, bilan lipidique Au diagnostic, puis annuellement
Analyse d'urine (SMU) Au diagnostic, puis annuellement
RAC (rapport albumine/créatinine) Diabète ou IRC : au diagnostic, puis annuellement
ECG 12 dérivations Au diagnostic (HVG, FA, ischémie)
Fond d'œil Si HTA sévère ou suspicion d'urgence

HTA secondaire : « ABCDEF »

Indice Cause Dépistage
Apnée, Acromégalie Apnée obstructive du sommeil STOP-BANG, polysomnographie
Bad kidney, Birth control Néphropathie, sténose de l'artère rénale (souffle, OAP flash, créatinine ↑ > 30 % sous IECA) ; contraceptifs Créatinine, SMU, écho-Doppler rénal
Conn, Cushing, Catécholamines, Coarctation Hyperaldostéronisme (hypoK, HTA résistante, incidentalome) ; phéochromocytome Rapport aldostérone/rénine ; métanéphrines plasmatiques
Drogues AINS, corticostéroïdes, décongestionnants, venlafaxine, cocaïne, amphétamines, réglisse, inhibiteurs de la calcineurine, anti-VEGF Revue de la médication
Ethanol Alcool Questionnaire
Fibrodysplasie musculaire Femme jeune, HTA d'apparition récente Écho-Doppler, angio-TDM
Autres Hyper ou hypothyroïdie, hypercalcémie TSH, Ca

💡 L'hyperaldostéronisme primaire est sous-diagnostiqué (environ 10 % des HTA, 20 % des HTA résistantes). On le dépiste en présence d'une HTA résistante, d'une hypoK, même sous diurétique, d'un incidentalome, d'une apnée ou d'une FA. Dosage le matin, K corrigé.

Traitement non pharmacologique

Mesure Effet approximatif sur la PAS
Activité aérobique 30–60 min, 4–7 j par semaine (± musculation) −5 mm Hg
Perte de poids (IMC 18,5–24,9 ; tour de taille H < 102 cm, F < 88 cm) Environ −4 mm Hg par 4,5 kg perdus
Alcool ≤ 2 consommations par jour (ou moins ; Repères canadiens 2023 : ≤ 2 par semaine) −4 mm Hg
Diète DASH, Na < 2000 mg/j, aliments < 240 mg de Na par portion −5 à −11 mm Hg
Gestion du stress (TCC, relaxation) Variable
Cessation tabagique Réduction du risque CV global

Traitement pharmacologique

Séquence (Hypertension Canada 2025 ; PMN INESSS)

Cible non atteinte
après 3–4 sem

Toujours non contrôlée

Échec

HTA confirmée
Cible PAS < 130

Étape 1 : IECA ou ARA
+ thiazidique apparenté ou BCC-DHP
(combinaison à dose fixe privilégiée)

Augmenter la dose

Étape 3 : trithérapie
IECA/ARA + thiazidique apparenté + BCC

HTA résistante :
vérifier observance, MAPA,
AINS, sel, alcool, apnée

Ajouter spironolactone 12,5–25 mg
(si K < 4,6 et DFGe ≥ 30)

Référer : médecine interne,
néphrologie ou clinique d'HTA
Rechercher une cause secondaire

  • Combinaisons synergiques : IECA/ARA (+ BB) d'une part, BCC/diurétique d'autre part. On associe une molécule de chaque colonne (perle de Dr H. « A/B + C/D »).
  • Ne jamais associer IECA et ARA (ou IDR).
  • Ajouter une 2e molécule est plus efficace que doubler la dose de la 1re.
  • On privilégie les thiazidiques apparentés à longue action (chlorthalidone, indapamide) plutôt que l'HCTZ.
  • BB : pas en 1re intention sans indication impérative (post-IM, IC, FA), surtout ≥ 60 ans.

Doses (PMN INESSS : départ / maximum)

Classe Molécule Départ Maximum
IECA Lisinopril 10–20 mg die 40 mg
ARA Losartan 25–50 mg die 100 mg
Valsartan 80–160 mg die 320 mg
Telmisartan 40 mg die 80 mg
Thiazidique Chlorthalidone 12,5 mg die 25 mg
Indapamide 1,25 mg die 2,5 mg
HCTZ 12,5 mg die 25 mg
BCC-DHP Amlodipine 2,5–5 mg die 10 mg
Nifédipine XL 30–60 mg die 120 mg
Antagoniste minéralocorticoïde Spironolactone 12,5–25 mg die 50 mg (pas si K ≥ 4,6 ou DFGe < 30)

Choix selon les comorbidités

Population 1re intention Remarques
Sans indication particulière IECA/ARA, thiazidique apparenté, BCC (en combinaison) BB non recommandé en 1re intention ≥ 60 ans
Patient noir BCC ou thiazidique IECA/ARA si IRC ou IC
HTA systolique isolée (âgé) Thiazidique apparenté, BCC, ARA Éviter une PAD ≤ 60 mm Hg si coronaropathie
Diabète IECA/ARA (surtout si albuminurie) + iSGLT2 ou GLP-1 selon Diabète Canada
IRC avec albuminurie IECA/ARA à dose maximale tolérée + iSGLT2 ; finérénone si DT2
Coronaropathie IECA/ARA ; BB si IM récent ou angine Éviter une PAD ≤ 60
IC à FE réduite ARNI ou IECA/ARA, BB, ARM, iSGLT2 Éviter les BCC non DHP
HVG IECA/ARA, BCC, thiazidique Éviter l'hydralazine et le minoxidil en monothérapie (HVG ↑)
Post-AVC IECA + thiazidique apparenté Cible < 130/80
Grossesse, ou femme en âge de procréer Labétalol, nifédipine XL, méthyldopa IECA/ARA contre-indiqués

Personne âgée et fragile

  • Chez la personne frêle, on individualise : mesurer la PA debout (hypotension orthostatique), éviter les chutes, viser souvent une PAS de 130–150 selon la tolérance et les objectifs de soins.
  • La déprescription est raisonnable en cas d'hypotension, de chutes ou de fin de vie.

À l'hôpital

PA élevée asymptomatique (sans atteinte aiguë d'organe cible)

  • Ne pas traiter par voie IV ni par « PRN » rapide. Cela n'apporte aucun bénéfice et augmente le risque d'hypotension, d'AVC ou d'ischémie.
  • Corriger d'abord : douleur, rétention urinaire, anxiété, sevrage (alcool, BB, clonidine), hypercapnie, médicaments (AINS, corticostéroïdes).
  • Reprendre ou ajuster le traitement PO habituel. Planifier un contrôle en externe (MPAD).

Urgence hypertensive (PA souvent ≥ 180/120 + atteinte aiguë d'organe cible)

  • Atteintes d'organe cible :
  • encéphalopathie, AVC ou HIC ;
  • SCA, OAP, dissection aortique ;
  • IRA, microangiopathie thrombotique ;
  • rétinopathie grade III–IV ;
  • prééclampsie et éclampsie.
  • Soins intensifs, voie IV titrable.
  • Cible générale : baisse de ≤ 25 % de la PAM dans la 1re heure, puis 160/100–110 sur les 2 à 6 h suivantes, puis normalisation en 24–48 h.
Situation Cible
Dissection aortique PAS < 120 et FC < 60 en 20 min (BB IV d'abord, puis vasodilatateur)
AVC ischémique, thrombolyse ou thrombectomie < 185/110 avant, puis < 180/105 pendant 24 h
AVC ischémique sans reperfusion Ne traiter que si > 220/120 (baisse d'environ 15 %)
Hémorragie intracérébrale PAS environ 140 (130–150), rapidement ; éviter < 130
Prééclampsie ≥ 160/110 : traiter dans les 30–60 min (labétalol, nifédipine, hydralazine) ; MgSO4
OAP Nitroglycérine IV, diurétique, VNI
Agent IV Posologie (vérifier le protocole local)
Labétalol 10–20 mg IV en 2 min, puis 20–80 mg q10 min (max 300 mg) ; ou perfusion 0,5–2 mg/min
Hydralazine 5–10 mg IV q20–30 min. Effet imprévisible : à éviter hors grossesse
Nicardipine 5 mg/h, augmenter de 2,5 mg/h q5–15 min (max 15 mg/h)
Nitroglycérine 5–10 µg/min, titrer (SCA, OAP)

⚠️ Une baisse trop rapide de la PA chez l'hypertendu chronique (autorégulation déplacée) peut causer un AVC, un IM ou une IRA. Pas de nifédipine à action rapide sublinguale.

Suivi et congé

  • Ions et créatinine 10–14 j après le début ou une hausse d'un IECA, d'un ARA ou d'un diurétique. Une hausse de créatinine ≤ 30 % est acceptable. Si elle dépasse 30 % ou si K > 5,5 : réduire ou cesser et rechercher une sténose de l'artère rénale.
  • Visites q1 mois jusqu'à l'atteinte de la cible, puis q3–6 mois. Cible à atteindre en 3 à 6 mois.
  • Enseigner l'automesure (appareil validé, Hypertension Canada) et donner les conseils sur les produits en vente libre (AINS, décongestionnants, réglisse).
  • Évaluer et traiter le risque CV global (lipides, diabète, tabac).

Pièges et perles

  • Avant de parler d'HTA résistante : vérifier l'observance, la technique (brassard trop petit), le sarrau blanc (MAPA), les AINS, le sel, l'alcool, l'apnée et l'hyperaldostéronisme.
  • L'œdème des membres inférieurs sous amlodipine est dose-dépendant. L'ajout d'un IECA ou d'un ARA l'atténue.
  • Les thiazidiques causent hypoNa, hypoK, hyperuricémie (goutte) et hyperglycémie. Chez la personne âgée, ils sont une cause fréquente d'hyponatrémie.
  • Patient hospitalisé malade : suspendre IECA, ARA et diurétiques en cas d'hypovolémie, d'IRA ou de sepsis (« sick day rules »).

Références