En bref : Devant une anomalie de la FSC, on se demande : excès ou déficit ? une seule lignée ou plusieurs ? transitoire ou persistante ? On compare aux FSC antérieures et on regarde le frottis. Une anomalie isolée et transitoire avec une cause évidente est en général réactionnelle et bénigne. Une anomalie persistante, sans cause, touchant plusieurs lignées ou avec des cellules anormales au frottis suggère une cause primaire (médullaire) et justifie une consultation en hématologie. Certains seuils imposent une évaluation le jour même.
🩺 Au chevet
🚩 Signaux d'alarme
- Neutrophiles < 0,5 × 10⁹/L avec T ≥ 38,3 °C (ou ≥ 38,0 °C 1 h) : neutropénie fébrile, antibiotiques IV dans l'heure.
- Plaquettes < 20 × 10⁹/L, ou < 50 avec saignement ; Hb < 70 g/L sans saignement.
- Frottis : blastes, érythroblastes, leucoérythroblastose, schistocytes (MAT : PTT, SHU, CIVD, HELLP).
- Hémolyse, hyperleucocytose > 100 × 10⁹/L (leucostase), pancytopénie inexpliquée.
-
Héparine : chute des plaquettes > 50 % entre J5 et J10 (TIH). ✅ À faire maintenant
-
Comparer aux FSC antérieures ; frottis.
- Une lignée ou plusieurs ? Transitoire ou persistante ? Cause évidente ?
- Anémie : VGM, réticulocytes, ferritine et saturation ; si hémolyse : LDH, haptoglobine, bilirubine, Coombs.
- Thrombopénie : exclure les amas (tube citraté) ; LDH, haptoglobine, créatinine, RIN, TCA, fibrinogène ; score 4T, PLASMIC.
-
Revoir les médicaments (clozapine, antithyroïdiens, héparine). 💊 Premières ordonnances
-
TIH probable (4T intermédiaire ou élevé) : arrêter toute héparine, anticoagulant non héparinique.
- PTI (plaquettes < 20–30 ou saignement) : prednisone 1 mg/kg ou dexaméthasone 40 mg × 4 j ; IgIV si saignement.
- PTT : plasmaphérèse ; éviter les plaquettes sauf saignement grave.
-
Neutropénie médicamenteuse : cesser, déclarer. 📞 Appeler / référer si
-
Hématologie urgente : MAT, blastes, neutropénie fébrile, leucostase.
- Hématologie : cytopénie persistante inexpliquée, bi- ou pancytopénie, plaquettes > 1 000, lymphocytes > 5 × 10⁹/L persistants, polyglobulie sans cause.
- Carence en fer inexpliquée (homme, femme ménopausée) : investigation digestive.
🔗 Ressources et raisonnement
📞 Consulter Quand consulter — Hématologie et néoplasie hématologique · Urgente : consultation intrahospitalière · semi-urgente : intrahospitalière ou externe · élective : en externe
Drapeaux rouges : hématologie rapide ou urgence
- Plaquettes < 20 × 10⁹/L, ou < 50 avec saignement.
- Hb < 70 g/L sans saignement (s'il y a saignement : gastroentérologie ou urgence).
- Neutrophiles < 0,5 × 10⁹/L avec T ≥ 38,3 °C, ou ≥ 38,0 °C soutenue 1 h : neutropénie fébrile, antibiotiques IV dans l'heure.
- Au frottis : blastes, érythroblastes, leucoérythroblastose, schistocytes en nombre significatif.
- Anémie hémolytique (réticulocytes ↑, LDH ↑, haptoglobine ↓), forte monocytose, hyperleucocytose > 100 × 10⁹/L (leucostase).
- Pancytopénie inexpliquée.
Anémie
Classification
| VGM | Réticulocytes bas (production) | Pistes |
|---|---|---|
| Microcytaire (< 80 fL) | Carence en fer, inflammation, thalassémie, sidéroblastique | Ferritine, saturation de la transferrine ; électrophorèse de l'Hb si la ferritine est normale |
| Normocytaire | Inflammation, IRC, endocrinopathie, envahissement médullaire, mixte | Créatinine, TSH, CRP, frottis |
| Macrocytaire (> 100 fL) | B12, folates, alcool, hépatopathie, hypothyroïdie, médicaments (MTX, hydroxyurée), myélodysplasie | B12, folates, bilan hépatique, TSH, frottis |
| Réticulocytes élevés | Hémolyse ou saignement aigu | LDH, haptoglobine, bilirubine, Coombs direct, frottis (schistocytes, sphérocytes) |
Carence en fer ou anémie inflammatoire
| Examen | Carence en fer | Anémie inflammatoire |
|---|---|---|
| Ferritine | ≤ 30 µg/L (jusqu'à ≤ 50 avec symptômes ou facteurs de risque) | Normale ou ↑ (> 100) |
| Saturation de la transferrine | < 20 % | < 20 % |
| Capacité de fixation (CTFF) | ↑ | Normale ou ↓ |
| VGM | < 70–75 fL évocateur | Normal ou légèrement ↓ |
- Le fer sérique seul n'est pas utile.
- Inflammation (CRP élevée, IRC, IC, cancer) : on retient une carence si la ferritine < 100 µg/L ou la saturation < 20 %.
- Chez l'adulte avec une carence en fer sans cause évidente (homme, femme ménopausée) : investigation digestive (gastroscopie, colonoscopie, sérologie cœliaque).
⚠️ Mis à jour (ASH, 2026) : le seuil de ferritine pour la carence en fer passe à ≤ 30 µg/L chez l'adulte, au lieu de ≤ 15. Il monte à ≤ 50 en présence de symptômes, de saignements utérins abondants, avant une chirurgie ou un projet de grossesse. En contexte inflammatoire : ferritine < 100 ou saturation < 20 % (un seul critère suffit).
Quand référer en hématologie pour une anémie
- Anémie significative ou symptomatique inexpliquée : penser à la myélodysplasie chez la personne âgée macrocytaire.
- Anémie microcytaire avec ferritine normale : hémoglobinopathie ?
- Anémie régénérative ou hémolytique.
- Anémie non isolée : bi- ou pancytopénie.
- La demande précise : FSC, type d'anémie, évolution dans le temps, symptômes.
Leucocytes
Excès
| Lignée | Réactionnel | Primaire |
|---|---|---|
| Neutrophiles | Infection bactérienne, inflammation sévère, nécrose tissulaire, cancer, stress, corticostéroïdes, tabac, splénectomie | Syndrome myéloprolifératif (LMC) : déviation gauche avec myélocytes, basophilie, splénomégalie |
| Lymphocytes | Infections virales (EBV, CMV), coqueluche, stress aigu | Syndrome lymphoprolifératif (LLC, lymphome) |
| Monocytes | Infection chronique (TB, endocardite), inflammation, récupération médullaire | LMMC (monocytes > 1 × 10⁹/L persistants) |
| Éosinophiles | Médicaments (DRESS), parasites (strongyloïde), atopie, insuffisance surrénalienne, vasculite (EGPA) | Néoplasies myéloïdes ou lymphoïdes |
- Lymphocytose : quand référer ?
- Lymphocytes > 5 × 10⁹/L persistants, ou lymphocytose associée à une autre anomalie de la FSC ou à des adénopathies ou une splénomégalie.
- Demander la cytométrie en flux (immunophénotypage) du sang périphérique.
- LLC : le diagnostic repose sur ≥ 5 × 10⁹/L lymphocytes B clonaux. On la traite seulement si elle est active : symptômes B, adénopathies ou organomégalie symptomatiques, anémie ou thrombopénie. Le suivi se fait selon l'âge et les comorbidités. Les autres syndromes lymphoprolifératifs se réfèrent d'emblée.
Neutropénie
| Mécanisme | Causes |
|---|---|
| Défaut de production | Chimiothérapie, radiothérapie, myélodysplasie, leucémie à grands lymphocytes granuleux (LGL), envahissement médullaire |
| Défaut de maturation | Carence en B12 ou folates (touche souvent plusieurs lignées) |
| Survie raccourcie (souvent isolée) | Auto-immune (lupus, PR, Felty), médicaments (sulfamidés, clozapine, antithyroïdiens, quinine, β-lactamines), infections virales ou sepsis |
| Autres | Hypersplénisme, neutropénie ethnique bénigne (Duffy-null) |
- Neutrophiles < 1,0 : on révise les médicaments et on demande un frottis. < 0,5 avec fièvre : urgence.
- Neutropénie ethnique bénigne : neutrophiles environ 1,0–1,5, stable, asymptomatique, personne d'ascendance africaine ou moyen-orientale. On évite de l'investiguer à répétition.
Plaquettes
Thrombopénie
- Toujours chercher une cause médicamenteuse. À l'hôpital : thrombopénie induite par l'héparine (TIH) si les plaquettes chutent de > 50 % entre le jour 5 et le jour 10 de l'héparine. Calculer le score 4T ; si l'évaluation est intermédiaire ou élevée, arrêter toute héparine et passer à un anticoagulant non héparinique.
- PTT : suspicion devant une thrombopénie + schistocytes, avec ou sans atteinte neurologique ou rénale. Calculer le score PLASMIC. Urgence : plasmaphérèse. Éviter de transfuser des plaquettes sauf saignement grave.
- Centrale ou périphérique : un VPM élevé suggère une cause périphérique (destruction), mais ce n'est pas un bon test.
- PTI : traiter si les plaquettes sont < 20–30 ou s'il y a saignement. Prednisone 1 mg/kg ou dexaméthasone 40 mg × 4 j ; ajouter des IgIV si saignement ou urgence.
Thrombocytose
| Plaquettes | Conduite |
|---|---|
| < 1 000 × 10⁹/L | Contrôler. Chercher une cause secondaire : bilan martial (carence en fer), CRP (inflammation, infection), cancer, splénectomie, post-partum, post-hémorragie. Hématologie si elle persiste sans cause |
| > 1 000 × 10⁹/L | Hématologie (risque hémorragique par Willebrand acquis, et thrombotique) |
Syndromes myéloprolifératifs (SMP)
| SMP | Marqueur | Risque principal | Traitement |
|---|---|---|---|
| LMC | BCR-ABL + | Transformation leucémique (100 % sans traitement) | Inhibiteur de tyrosine kinase (imatinib, etc.) |
| Polyglobulie de Vaquez | JAK2 + (environ 95 %) | Thrombose | Saignées (Ht < 45 %), AAS, hydroxyurée selon le risque |
| Thrombocytémie essentielle | JAK2 (environ 50 %), CALR, MPL | Thrombose, saignement | AAS ; hydroxyurée si > 60 ans ou ATCD de thrombose |
| Myélofibrose | JAK2 (environ 50 %), CALR, MPL | Cytopénies, splénomégalie, transformation | Selon le risque (inhibiteur de JAK, greffe) |
- Polyglobulie : Hb > 165 g/L (homme) ou > 160 g/L (femme). On cherche d'abord une cause secondaire : tabac, apnée du sommeil, MPOC, testostérone, inhibiteurs SGLT2, tumeur rénale. On demande JAK2 et EPO.
Approche générale
| Question | Oriente vers une cause réactionnelle (bénigne) | Oriente vers une cause primaire (maligne) |
|---|---|---|
| Durée | Transitoire | Persistante |
| Lignées | Une seule | Plusieurs (bi- ou pancytopénie) |
| Cause | Évidente (infection, inflammation, médicament) | Aucune |
| Frottis | Normal ou réactionnel | Blastes, cellules immatures, érythroblastes, dysplasie |
| Conduite | Traiter la cause, contrôler la FSC | Frottis, consultation en hématologie |
💡 Dr H. : toujours regarder les FSC antérieures. On élimine les causes réversibles, puis on contrôle. Une anomalie qui persiste sans cause n'est pas réactionnelle.
Suivi et congé
- Contrôler la FSC en 1 à 4 semaines selon la sévérité. Joindre les FSC antérieures et le frottis à la demande de consultation.
- Avant le congé, il faut prévoir un plan pour une cytopénie inexpliquée : consultation datée, seuils pour revenir (fièvre si neutropénie, saignement si thrombopénie).
- Neutropénie médicamenteuse (clozapine, méthimazole) : cesser le médicament, déclarer, et ne pas le réintroduire sans avis spécialisé.
Pièges et perles
- Une déviation gauche avec myélocytes et basophilie n'est pas une simple infection : penser à la LMC.
- Les corticostéroïdes font monter les neutrophiles de 4 à 5 × 10⁹/L en 24–48 h et baisser les lymphocytes et les éosinophiles.
- Une carence en B12 peut causer une pancytopénie avec LDH très élevée qui imite une hémolyse ou une MAT (pseudo-MAT).
- Une éosinophilie chez un patient né en zone tropicale qui doit recevoir des corticostéroïdes : penser au strongyloïde (sérologie ou ivermectine empirique).
Références
- Iron Deficiency Anemia: Guidelines from the American Gastroenterological Association (AAFP, 2021)
- New iron deficiency guidelines raise key blood test cutoffs — ASH (News-Medical, 2026)
- Limitations of serum ferritin in diagnosing iron deficiency in inflammatory conditions (Front Physiol, 2018)
- Notes personnelles de Dr H. (Apple Notes) : « Anomalies de la formule sanguine » (présentation FMOQ, algorithmes thrombopénie, thrombocytose, SMP, LLC, critères de référence et drapeaux rouges).