En bref : À l'hôpital, la COVID se traite selon le besoin en oxygène. Sans O₂ et à risque : un antiviral précoce (nirmatrelvir/ritonavir ≤ 5 j ou remdésivir ≤ 7 j). Avec O₂ : dexaméthasone 6 mg × 10 j, plus le tocilizumab si la CRP est ≥ 75 et l'O₂ augmente. On ajoute l'anticoagulation adaptée à la sévérité et au risque de saignement. Les trajectoires PCI de 2020–2022 (codes couleur, acronymes) sont désuètes : suivre la PCI locale en vigueur.
🩺 Au chevet
🚩 Signaux d'alarme
- Hypoxémie « silencieuse » : mesurer la SpO₂, ne pas se fier à la FR.
- Aggravation attendue vers J7–10 des symptômes ; besoin d'O₂ croissant, haut débit ou VNI.
- Troponine > 2 × LSN, D-dimères > 1000, CRP > 100, lymphocytes < 0,8.
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Personne âgée/CHSLD : délirium, chute, déclin fonctionnel, hypoxémie inexpliquée. ✅ À faire maintenant
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TAAN ou test antigénique ; précautions gouttelettes-contact + protection oculaire, N95 si IMGA.
- FSC, électrolytes, créatinine, ALT (avant remdésivir et tocilizumab), CRP, D-dimères, RX pulmonaire, ECG ; hémocultures et procalcitonine si surinfection suspectée.
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Cible SpO₂ 92–96 % (88–92 % en MPOC) ; décubitus ventral éveillé. 💊 Premières ordonnances
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Sans O₂, à risque : nirmatrelvir/ritonavir 300/100 mg PO bid × 5 j si sx ≤ 5 j (DFGe 30–59 : 150/100 mg bid) ; vérifier les interactions CYP3A4.
- Sinon : remdésivir 200 mg IV J1 puis 100 mg IV die (3 j en externe).
- Sous O₂ : dexaméthasone 6 mg PO/IV die × 10 j ou jusqu'au congé (jamais sans O₂).
- CRP ≥ 75 et O₂ croissant : tocilizumab 8 mg/kg IV × 1 (max 800 mg) ; ne pas combiner au baricitinib.
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HBPM thérapeutique si non critique sous O₂ et faible risque de saignement ; sinon prophylactique. 📞 Appeler / référer si
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Soins intensifs : haut débit, VNI, ventilation, selon le niveau de soins.
- Pharmacien : interactions du ritonavir (AOD, statines, amiodarone, tacrolimus).
- Niveaux C–D : aviser si Campbell > 3 ou SpO₂ < 90 % malgré 4 L/min.
🔗 Ressources et raisonnement
📘 Protocoles INESSS — COVID-19 – antiviraux, anticoagulants et immunomodulateurs
Présentation clinique
- Incubation de 2 à 14 j, plus courte avec Omicron (environ 3 j).
- Symptômes :
- Toux, fièvre (souvent absente à l'arrivée), fatigue, myalgies, mal de gorge, céphalée.
- Anosmie/agueusie, devenue moins fréquente avec Omicron.
- Symptômes digestifs chez 1 patient sur 10, parfois seuls au début.
- Personne âgée / CHSLD : la présentation est souvent atypique (delirium, chute, déclin fonctionnel, anorexie, décompensation d'une maladie chronique, tachycardie ou hypoxémie inexpliquée).
- Hypoxémie « silencieuse » ou « confortable » : on peut désaturer sans tachypnée. Il faut mesurer la SpO₂, pas seulement observer.
- Évolution : l'aggravation (pneumonie, SDRA, sepsis) survient typiquement vers le jour 7 à 10 des symptômes.
💡 Perles de Dr H. : beaucoup de patients n'ont pas de fièvre à l'arrivée. L'anosmie d'apparition précoce est de bon pronostic et se résout en environ 8 j. Les engelures (« orteils COVID ») sont une manifestation tardive chez des jeunes peu symptomatiques.
Évaluation initiale
- Test : TAAN (PCR) ou test antigénique rapide. Un résultat faiblement positif chez un patient rétabli depuis moins de 90 jours correspond souvent à de l'ARN résiduel. On l'interprète selon les symptômes et l'exposition, et on peut répéter le TAAN dans 48 h.
- Bilan si hospitalisation : FSC, électrolytes, créatinine, bilan hépatique (ALT, nécessaire avant remdésivir et tocilizumab), CRP, D-dimères, troponine au besoin, RX pulmonaire, ECG. Faire des hémocultures et une procalcitonine si une surinfection bactérienne est suspectée.
- Marqueurs de sévérité (associés à une évolution défavorable) :
| Marqueur | Seuil péjoratif |
|---|---|
| D-dimères | > 1000 ng/mL |
| CRP | > 100 mg/L (≥ 75 : seuil pour l'anti-IL-6) |
| LDH | > 245 U/L |
| Troponine | > 2 × LSN (atteinte myocardique : mortalité très accrue) |
| Ferritine | > 500 µg/L |
| CK | > 2 × LSN |
| Lymphocytes | < 0,8 × 10⁹/L |
Échelle de sévérité (échelle ordinale de l'OMS, utilisée par l'INESSS)
| Catégorie | Échelons | Situation |
|---|---|---|
| Légère | 1–3 | En communauté (ou hospitalisé seulement pour l'isolement) |
| Modérée | 4–5 | Hospitalisé sans O₂ (4) ; O₂ par lunette ou masque (5) |
| Sévère à critique | 6–9 | Haut débit ou VNI (6) ; ventilation invasive ± vasopresseur, dialyse, ECMO (7–9) |
Prise en charge selon la sévérité
Antiviraux (patients non oxygénodépendants à risque)
| Molécule | Dose | Ajustement / précautions |
|---|---|---|
| Nirmatrelvir/ritonavir (Paxlovid) | 300/100 mg PO bid × 5 j, si symptômes depuis ≤ 5 j | DFGe 30–59 : 150/100 mg bid. DFGe < 30 ou HD : 300/100 mg J1, puis 150/100 mg die × 4 j (après la dialyse). CI : Child-Pugh C, interactions majeures (CYP3A4) |
| Remdésivir | 200 mg IV J1, puis 100 mg IV die (3 j en externe, sx ≤ 7 j ; 4–9 j si hospitalisé sous O₂ faible débit, 5 j en général) | CI si ALT ≥ 5 × LSN. Aucun ajustement rénal requis selon les données récentes |
- Interactions du ritonavir : utiliser systématiquement un vérificateur (Liverpool COVID-19 Drug Interactions) et le pharmacien. Les interactions classiques sont :
- Certaines statines (suspendre l'atorvastatine ou la rosuvastatine pendant le traitement + 3 j).
- AOD (apixaban, rivaroxaban), ticagrélor, clopidogrel.
- Amiodarone, tacrolimus, cyclosporine.
- Certains antipsychotiques, antiépileptiques et benzodiazépines.
- Un rebond viral après Paxlovid n'est pas une raison pour ne pas le prescrire.
⚠️ Mis à jour (INESSS, 2024) : les anticorps monoclonaux (casirivimab/imdévimab, sotrovimab, bamlanivimab) sont inefficaces contre les variants actuels et ne sont plus recommandés. Hydroxychloroquine, lopinavir/ritonavir, ivermectine, colchicine, plasma convalescent, vitamines C et D : inefficaces, ne pas utiliser. Les algorithmes de mars 2020 (HCQ, atazanavir) sont historiques.
Immunomodulateurs (patients hospitalisés sous O₂)
- Dexaméthasone 6 mg PO/IV die × 10 j ou jusqu'au congé, si O₂ requis (échelon ≥ 5). Équivalents : méthylprednisolone 32 mg IV die, hydrocortisone 50 mg IV tid.
- Ne pas la donner sans besoin d'O₂ : aucun bénéfice dans RECOVERY, avec une tendance à la nocivité.
- Tocilizumab 8 mg/kg IV × 1 (max 800 mg), 1er choix, si CRP ≥ 75 mg/L et besoin d'O₂, surtout s'il progresse (haut débit, VNI) ou persiste après 24 h de dexaméthasone. Une 2e dose est possible si aucune amélioration.
- Sarilumab 400 mg IV × 1 si le tocilizumab n'est pas accessible.
- Baricitinib 4 mg PO die × 14 j ou jusqu'au congé, si les anti-IL-6 ne sont pas accessibles. Ajustement : 2 mg si DFGe 30–59 ; 1 mg si 15–29 ; CI si < 15. Ne jamais l'associer à un anti-IL-6.
- CI des immunomodulateurs : infection bactérienne ou fongique active grave, ALT > 5 × LSN, neutropénie, lymphopénie marquée, choc septique.
Anticoagulation (HBPM, ou héparine non fractionnée si ClCr < 30)
| Situation | Recommandation |
|---|---|
| Hospitalisé non critique sous O₂ faible débit, inflammation ou D-dimères élevés, faible risque de saignement | HBPM à dose thérapeutique × 14 j ou jusqu'au congé (puis arrêt) |
| Hospitalisé avec risque de saignement élevé, ou critique (haut débit, soins intensifs) | Thromboprophylaxie seulement |
| Hospitalisé sans O₂ | Thromboprophylaxie standard |
- Risque de saignement élevé :
- Âge ≥ 75 ans, saignement récent, AVC ischémique ou hémorragie intracrânienne récents, chirurgie majeure < 14 j.
- Plaquettes < 50, Hb < 80, ClCr < 30, double antiplaquettaire.
- Les essais sur l'anticoagulation thérapeutique ont été faits avec l'héparine ; les AOD n'ont montré aucun bénéfice.
💡 Repère historique de Dr H. (protocole CHUM 2021, essais RAPID et HEP-COVID) : on envisageait la dose thérapeutique si les D-dimères dépassaient 1000 sans O₂ ou 500 avec O₂. Chez les patients critiques, l'essai multiplateforme a montré plus de saignements, sans bénéfice.
Soutien respiratoire
- Viser une SpO₂ de 92–96 % (88–92 % en MPOC).
- La canule nasale à haut débit et le décubitus ventral éveillé peuvent retarder l'intubation.
- Réanimation liquidienne conservatrice : pas de bolus systématique de 30 mL/kg.
- Antibiotiques seulement si une surinfection bactérienne est suspectée (procalcitonine, cultures) ; ils ne sont pas systématiques.
Niveaux de soins C et D : confort (CHSLD, soins palliatifs)
- O₂ par lunette nasale pour une SpO₂ ≥ 90 %, max 4 L/min. Niveau C : aviser le médecin si la SpO₂ reste < 90 % malgré ce réglage.
- Échelle de détresse respiratoire de Campbell (RDOS adaptée). On avise le médecin si > 3 points :
| Signe | 0 | 1 | 2 |
|---|---|---|---|
| FR | < 20 | 20–29 | ≥ 30 |
| Pouls | < 90 | 90–109 | ≥ 110 |
| Tirage / muscles accessoires | Absent | Léger-modéré | Sévère |
| Agitation, mouvements involontaires | Aucun | Occasionnels | Fréquents |
| Battement des ailes du nez | Non | — | Oui |
| Respiration paradoxale | Non | — | Oui |
| Regard effrayé | Non | — | Oui |
| Grognement expiratoire | Non | — | Oui |
- Organisation des soins :
- Regrouper les soins.
- Vérifier un globe vésical (cause d'agitation).
- Poser les papillons SC sur les cuisses (un par médicament) ou le haut de l'abdomen, loin des voies aériennes.
- Pour la dyspnée et la détresse : opioïdes (morphine ou hydromorphone SC), midazolam, scopolamine selon le protocole de détresse. Voir la fiche Soins palliatifs.
Prévention et contrôle des infections
- Précautions gouttelettes-contact + protection oculaire. On passe en aérienne (N95) pour les IMGA : intubation, VNI, canule nasale à haut débit, aspiration, réanimation.
- La durée de l'isolement et la levée des mesures suivent les directives PCI de l'établissement et de l'INSPQ en vigueur. Elles ont beaucoup changé depuis 2020.
- Patient rétabli < 90 jours avec un nouveau test positif : présumer de l'ARN résiduel, sauf s'il y a de nouveaux symptômes sans autre diagnostic. On rejoue alors un TAAN et on recherche d'autres virus respiratoires (multiplex).
⚠️ Mis à jour : les trajectoires PCI du CISSS de la Montérégie-Centre (2020–2021 : VERT/JAUNE/ROUGE, CTCOVID, EPCOVID, ISODP, DPCOVID, PCOVID, SAG, COVNEG) et les algorithmes de gestion post-vaccination sont retirés. Il faut consulter la procédure PCI actuelle.
Suivi et congé
- Congé possible quand l'O₂ est stable ou sevré et la tendance clinique favorable.
- La dexaméthasone s'arrête au congé, sauf autre indication.
- L'anticoagulation thérapeutique « COVID » s'arrête au congé, sauf si une TEV est confirmée.
- Vaccination : dose saisonnière selon le PIQ en vigueur (surtout ≥ 75 ans, CHSLD/RPA, immunodéprimés, maladies chroniques, grossesse).
- Affection post-COVID (COVID longue) : fatigue, dyspnée, troubles cognitifs, malaise post-effort. Orienter vers la 1re ligne ou une clinique spécialisée.
Pièges et perles
- Patient sous AOD ou statine à qui l'on prescrit du Paxlovid : toujours vérifier les interactions. Le remdésivir est l'alternative quand elles sont ingérables.
- Une dexaméthasone chez un patient sans O₂ n'aide pas et peut nuire.
- Une atteinte myocardique (troponine ↑) est un marqueur de mauvais pronostic. L'ECG est utile au départ.
- Une détérioration vers J7–10 est attendue : on ne donne pas congé trop vite à un patient à risque qui en est à J5.
- Ne pas combiner tocilizumab et baricitinib.
Références
- Antiviraux, anticoagulants et immunomodulateurs – COVID-19 (INESSS, 2024)
- Guide d'antibiothérapie de l'Hôpital Charles-LeMoyne (2023) : renvoie aux recommandations de l'INESSS pour la COVID.
- Inpatient remdesivir versus nirmatrelvir-ritonavir in the progression of COVID-19 (PMC, 2023)
- Notes personnelles de Dr H. (Apple Notes) : recommandations CHUM (décembre 2021), échelle ordinale de l'OMS, marqueurs de sévérité, surveillance infirmière en NIM C et D (CISSS de Laval, 2020), trajectoires PCI (CISSS de la Montérégie-Centre).