Dr H. Hospitaliste

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COVID-19

InfectiologieFiche révisée · oct. 2026

Voir aussi : INESSS — COVID-19 – antiviraux, anticoagulants et immunomodulateurs

💊 Doses / traitement

En bref : À l'hôpital, la COVID se traite selon le besoin en oxygène. Sans O₂ et à risque : un antiviral précoce (nirmatrelvir/ritonavir ≤ 5 j ou remdésivir ≤ 7 j). Avec O₂ : dexaméthasone 6 mg × 10 j, plus le tocilizumab si la CRP est ≥ 75 et l'O₂ augmente. On ajoute l'anticoagulation adaptée à la sévérité et au risque de saignement. Les trajectoires PCI de 2020–2022 (codes couleur, acronymes) sont désuètes : suivre la PCI locale en vigueur.

🩺 Au chevet

🚩 Signaux d'alarme

  • Hypoxémie « silencieuse » : mesurer la SpO₂, ne pas se fier à la FR.
  • Aggravation attendue vers J7–10 des symptômes ; besoin d'O₂ croissant, haut débit ou VNI.
  • Troponine > 2 × LSN, D-dimères > 1000, CRP > 100, lymphocytes < 0,8.
  • Personne âgée/CHSLD : délirium, chute, déclin fonctionnel, hypoxémie inexpliquée. ✅ À faire maintenant

  • TAAN ou test antigénique ; précautions gouttelettes-contact + protection oculaire, N95 si IMGA.

  • FSC, électrolytes, créatinine, ALT (avant remdésivir et tocilizumab), CRP, D-dimères, RX pulmonaire, ECG ; hémocultures et procalcitonine si surinfection suspectée.
  • Cible SpO₂ 92–96 % (88–92 % en MPOC) ; décubitus ventral éveillé. 💊 Premières ordonnances

  • Sans O₂, à risque : nirmatrelvir/ritonavir 300/100 mg PO bid × 5 j si sx ≤ 5 j (DFGe 30–59 : 150/100 mg bid) ; vérifier les interactions CYP3A4.

  • Sinon : remdésivir 200 mg IV J1 puis 100 mg IV die (3 j en externe).
  • Sous O₂ : dexaméthasone 6 mg PO/IV die × 10 j ou jusqu'au congé (jamais sans O₂).
  • CRP ≥ 75 et O₂ croissant : tocilizumab 8 mg/kg IV × 1 (max 800 mg) ; ne pas combiner au baricitinib.
  • HBPM thérapeutique si non critique sous O₂ et faible risque de saignement ; sinon prophylactique. 📞 Appeler / référer si

  • Soins intensifs : haut débit, VNI, ventilation, selon le niveau de soins.

  • Pharmacien : interactions du ritonavir (AOD, statines, amiodarone, tacrolimus).
  • Niveaux C–D : aviser si Campbell > 3 ou SpO₂ < 90 % malgré 4 L/min.

🔗 Ressources et raisonnement

📘 Protocoles INESSS — COVID-19 – antiviraux, anticoagulants et immunomodulateurs

Présentation clinique

  • Incubation de 2 à 14 j, plus courte avec Omicron (environ 3 j).
  • Symptômes :
  • Toux, fièvre (souvent absente à l'arrivée), fatigue, myalgies, mal de gorge, céphalée.
  • Anosmie/agueusie, devenue moins fréquente avec Omicron.
  • Symptômes digestifs chez 1 patient sur 10, parfois seuls au début.
  • Personne âgée / CHSLD : la présentation est souvent atypique (delirium, chute, déclin fonctionnel, anorexie, décompensation d'une maladie chronique, tachycardie ou hypoxémie inexpliquée).
  • Hypoxémie « silencieuse » ou « confortable » : on peut désaturer sans tachypnée. Il faut mesurer la SpO₂, pas seulement observer.
  • Évolution : l'aggravation (pneumonie, SDRA, sepsis) survient typiquement vers le jour 7 à 10 des symptômes.

💡 Perles de Dr H. : beaucoup de patients n'ont pas de fièvre à l'arrivée. L'anosmie d'apparition précoce est de bon pronostic et se résout en environ 8 j. Les engelures (« orteils COVID ») sont une manifestation tardive chez des jeunes peu symptomatiques.

Évaluation initiale

  • Test : TAAN (PCR) ou test antigénique rapide. Un résultat faiblement positif chez un patient rétabli depuis moins de 90 jours correspond souvent à de l'ARN résiduel. On l'interprète selon les symptômes et l'exposition, et on peut répéter le TAAN dans 48 h.
  • Bilan si hospitalisation : FSC, électrolytes, créatinine, bilan hépatique (ALT, nécessaire avant remdésivir et tocilizumab), CRP, D-dimères, troponine au besoin, RX pulmonaire, ECG. Faire des hémocultures et une procalcitonine si une surinfection bactérienne est suspectée.
  • Marqueurs de sévérité (associés à une évolution défavorable) :
Marqueur Seuil péjoratif
D-dimères > 1000 ng/mL
CRP > 100 mg/L (≥ 75 : seuil pour l'anti-IL-6)
LDH > 245 U/L
Troponine > 2 × LSN (atteinte myocardique : mortalité très accrue)
Ferritine > 500 µg/L
CK > 2 × LSN
Lymphocytes < 0,8 × 10⁹/L

Échelle de sévérité (échelle ordinale de l'OMS, utilisée par l'INESSS)

Catégorie Échelons Situation
Légère 1–3 En communauté (ou hospitalisé seulement pour l'isolement)
Modérée 4–5 Hospitalisé sans O₂ (4) ; O₂ par lunette ou masque (5)
Sévère à critique 6–9 Haut débit ou VNI (6) ; ventilation invasive ± vasopresseur, dialyse, ECMO (7–9)

Prise en charge selon la sévérité

Non

Oui, sx ≤ 5 j

Interactions ou CI,
sx ≤ 7 j

Non

O₂ faible débit

Oui

Non

Oui

Haut débit, VNI
ou ventilation

COVID-19 confirmée
Besoin d'O₂ ?

Facteurs de risque ?
≥ 60 ans, comorbidités,
immunosuppression

Nirmatrelvir/ritonavir × 5 j
vérifier interactions CYP3A4

Remdésivir IV × 3 j

Soins de soutien
pas de dexaméthasone

Dexaméthasone 6 mg die × 10 j
± remdésivir 5 j

Faible risque de saignement
et inflammation ↑ ?

HBPM dose thérapeutique
14 j ou jusqu'au congé

HBPM prophylactique

CRP ≥ 75 et besoin d'O₂
croissant ?

Tocilizumab 8 mg/kg IV × 1

Dexaméthasone 6 mg
+ tocilizumab, ou baricitinib
+ HBPM prophylactique
+ soins intensifs selon NIM

Antiviraux (patients non oxygénodépendants à risque)

Molécule Dose Ajustement / précautions
Nirmatrelvir/ritonavir (Paxlovid) 300/100 mg PO bid × 5 j, si symptômes depuis ≤ 5 j DFGe 30–59 : 150/100 mg bid. DFGe < 30 ou HD : 300/100 mg J1, puis 150/100 mg die × 4 j (après la dialyse). CI : Child-Pugh C, interactions majeures (CYP3A4)
Remdésivir 200 mg IV J1, puis 100 mg IV die (3 j en externe, sx ≤ 7 j ; 4–9 j si hospitalisé sous O₂ faible débit, 5 j en général) CI si ALT ≥ 5 × LSN. Aucun ajustement rénal requis selon les données récentes
  • Interactions du ritonavir : utiliser systématiquement un vérificateur (Liverpool COVID-19 Drug Interactions) et le pharmacien. Les interactions classiques sont :
  • Certaines statines (suspendre l'atorvastatine ou la rosuvastatine pendant le traitement + 3 j).
  • AOD (apixaban, rivaroxaban), ticagrélor, clopidogrel.
  • Amiodarone, tacrolimus, cyclosporine.
  • Certains antipsychotiques, antiépileptiques et benzodiazépines.
  • Un rebond viral après Paxlovid n'est pas une raison pour ne pas le prescrire.

⚠️ Mis à jour (INESSS, 2024) : les anticorps monoclonaux (casirivimab/imdévimab, sotrovimab, bamlanivimab) sont inefficaces contre les variants actuels et ne sont plus recommandés. Hydroxychloroquine, lopinavir/ritonavir, ivermectine, colchicine, plasma convalescent, vitamines C et D : inefficaces, ne pas utiliser. Les algorithmes de mars 2020 (HCQ, atazanavir) sont historiques.

Immunomodulateurs (patients hospitalisés sous O₂)

  • Dexaméthasone 6 mg PO/IV die × 10 j ou jusqu'au congé, si O₂ requis (échelon ≥ 5). Équivalents : méthylprednisolone 32 mg IV die, hydrocortisone 50 mg IV tid.
  • Ne pas la donner sans besoin d'O₂ : aucun bénéfice dans RECOVERY, avec une tendance à la nocivité.
  • Tocilizumab 8 mg/kg IV × 1 (max 800 mg), 1er choix, si CRP ≥ 75 mg/L et besoin d'O₂, surtout s'il progresse (haut débit, VNI) ou persiste après 24 h de dexaméthasone. Une 2e dose est possible si aucune amélioration.
  • Sarilumab 400 mg IV × 1 si le tocilizumab n'est pas accessible.
  • Baricitinib 4 mg PO die × 14 j ou jusqu'au congé, si les anti-IL-6 ne sont pas accessibles. Ajustement : 2 mg si DFGe 30–59 ; 1 mg si 15–29 ; CI si < 15. Ne jamais l'associer à un anti-IL-6.
  • CI des immunomodulateurs : infection bactérienne ou fongique active grave, ALT > 5 × LSN, neutropénie, lymphopénie marquée, choc septique.

Anticoagulation (HBPM, ou héparine non fractionnée si ClCr < 30)

Situation Recommandation
Hospitalisé non critique sous O₂ faible débit, inflammation ou D-dimères élevés, faible risque de saignement HBPM à dose thérapeutique × 14 j ou jusqu'au congé (puis arrêt)
Hospitalisé avec risque de saignement élevé, ou critique (haut débit, soins intensifs) Thromboprophylaxie seulement
Hospitalisé sans O₂ Thromboprophylaxie standard
  • Risque de saignement élevé :
  • Âge ≥ 75 ans, saignement récent, AVC ischémique ou hémorragie intracrânienne récents, chirurgie majeure < 14 j.
  • Plaquettes < 50, Hb < 80, ClCr < 30, double antiplaquettaire.
  • Les essais sur l'anticoagulation thérapeutique ont été faits avec l'héparine ; les AOD n'ont montré aucun bénéfice.

💡 Repère historique de Dr H. (protocole CHUM 2021, essais RAPID et HEP-COVID) : on envisageait la dose thérapeutique si les D-dimères dépassaient 1000 sans O₂ ou 500 avec O₂. Chez les patients critiques, l'essai multiplateforme a montré plus de saignements, sans bénéfice.

Soutien respiratoire

  • Viser une SpO₂ de 92–96 % (88–92 % en MPOC).
  • La canule nasale à haut débit et le décubitus ventral éveillé peuvent retarder l'intubation.
  • Réanimation liquidienne conservatrice : pas de bolus systématique de 30 mL/kg.
  • Antibiotiques seulement si une surinfection bactérienne est suspectée (procalcitonine, cultures) ; ils ne sont pas systématiques.

Niveaux de soins C et D : confort (CHSLD, soins palliatifs)

  • O₂ par lunette nasale pour une SpO₂ ≥ 90 %, max 4 L/min. Niveau C : aviser le médecin si la SpO₂ reste < 90 % malgré ce réglage.
  • Échelle de détresse respiratoire de Campbell (RDOS adaptée). On avise le médecin si > 3 points :
Signe 0 1 2
FR < 20 20–29 ≥ 30
Pouls < 90 90–109 ≥ 110
Tirage / muscles accessoires Absent Léger-modéré Sévère
Agitation, mouvements involontaires Aucun Occasionnels Fréquents
Battement des ailes du nez Non — Oui
Respiration paradoxale Non — Oui
Regard effrayé Non — Oui
Grognement expiratoire Non — Oui
  • Organisation des soins :
  • Regrouper les soins.
  • Vérifier un globe vésical (cause d'agitation).
  • Poser les papillons SC sur les cuisses (un par médicament) ou le haut de l'abdomen, loin des voies aériennes.
  • Pour la dyspnée et la détresse : opioïdes (morphine ou hydromorphone SC), midazolam, scopolamine selon le protocole de détresse. Voir la fiche Soins palliatifs.

Prévention et contrôle des infections

  • Précautions gouttelettes-contact + protection oculaire. On passe en aérienne (N95) pour les IMGA : intubation, VNI, canule nasale à haut débit, aspiration, réanimation.
  • La durée de l'isolement et la levée des mesures suivent les directives PCI de l'établissement et de l'INSPQ en vigueur. Elles ont beaucoup changé depuis 2020.
  • Patient rétabli < 90 jours avec un nouveau test positif : présumer de l'ARN résiduel, sauf s'il y a de nouveaux symptômes sans autre diagnostic. On rejoue alors un TAAN et on recherche d'autres virus respiratoires (multiplex).

⚠️ Mis à jour : les trajectoires PCI du CISSS de la Montérégie-Centre (2020–2021 : VERT/JAUNE/ROUGE, CTCOVID, EPCOVID, ISODP, DPCOVID, PCOVID, SAG, COVNEG) et les algorithmes de gestion post-vaccination sont retirés. Il faut consulter la procédure PCI actuelle.

Suivi et congé

  • Congé possible quand l'O₂ est stable ou sevré et la tendance clinique favorable.
  • La dexaméthasone s'arrête au congé, sauf autre indication.
  • L'anticoagulation thérapeutique « COVID » s'arrête au congé, sauf si une TEV est confirmée.
  • Vaccination : dose saisonnière selon le PIQ en vigueur (surtout ≥ 75 ans, CHSLD/RPA, immunodéprimés, maladies chroniques, grossesse).
  • Affection post-COVID (COVID longue) : fatigue, dyspnée, troubles cognitifs, malaise post-effort. Orienter vers la 1re ligne ou une clinique spécialisée.

Pièges et perles

  • Patient sous AOD ou statine à qui l'on prescrit du Paxlovid : toujours vérifier les interactions. Le remdésivir est l'alternative quand elles sont ingérables.
  • Une dexaméthasone chez un patient sans O₂ n'aide pas et peut nuire.
  • Une atteinte myocardique (troponine ↑) est un marqueur de mauvais pronostic. L'ECG est utile au départ.
  • Une détérioration vers J7–10 est attendue : on ne donne pas congé trop vite à un patient à risque qui en est à J5.
  • Ne pas combiner tocilizumab et baricitinib.

Références