En bref : Dans l'exacerbation, on mesure d'abord la gravité (DEP/VEMS, SpO2, signes d'épuisement). On traite avec salbutamol répété + ipratropium (si grave) + corticostéroïde systémique dans l'heure, et MgSO4 2 g IV si la crise est grave. Un thorax silencieux ou une PaCO2 normale ou haute annonce une insuffisance respiratoire imminente. Au congé, on prescrit toujours un CSI. Le BACA seul n'est plus recommandé : la base du traitement de fond est ICS-formotérol.
🩺 Au chevet
🚩 Signaux d'alarme
- Thorax silencieux, somnolence, confusion, épuisement, bradycardie.
- PaCO2 normale ou haute pendant une crise.
- Parle en mots, FR > 30, FC > 120, SpO2 < 90 %, DEP ou VEMS ≤ 50 %.
-
Antécédent d'épisode quasi fatal. ✅ À faire maintenant
-
DEP ou VEMS avant et après traitement, SpO2, gravité.
- Gaz si SpO2 < 90 %, hypercapnie suspectée ou VEMS < 25 %.
- RX si pneumothorax, infection ou non-réponse ; penser OAP, EP, anaphylaxie.
-
Électrolytes (hypokaliémie sous salbutamol). 💊 Premières ordonnances
-
O2 : cible SpO2 93–95 %.
- Salbutamol 4–10 inh q20 min × 3 (ou 2,5–5 mg neb).
- Prednisone 40–50 mg PO die × 5–7 j, dans l'heure ; méthylprednisolone 60–125 mg IV si PO impossible.
- Crise grave : ipratropium 4–8 inh ou 0,5 mg neb q20 min × 3 ; MgSO4 2 g IV en 20 min.
- Anaphylaxie : épinéphrine 0,3–0,5 mg IM.
- Pas de sédatif chez le non-intubé.
-
Congé : CSI ou ICS-formotérol obligatoire. 📞 Appeler / référer si
-
Soins intensifs : épuisement, ↓ conscience, PaCO2 en hausse, absence d'amélioration.
- Hospitaliser : VEMS ou DEP pré < 25 % ou post < 40 %.
- Pneumologie : crise grave, soins intensifs, ≥ 2 cures de prednisone par an.
🔗 Ressources et raisonnement
📞 Consulter Quand consulter — Pneumologie adulte · Urgente : consultation intrahospitalière · semi-urgente : intrahospitalière ou externe · élective : en externe
Évaluation de l'exacerbation
Facteurs de risque d'asthme mortel
- Antécédent d'épisode quasi fatal (intubation, soins intensifs).
- Hospitalisation ou visite à l'urgence dans la dernière année.
- Utilisation fréquente de BACA (> 1 cartouche/mois), absence de CSI, corticodépendance.
- Symptômes nocturnes, limitation des activités, maladie psychiatrique, faible adhésion.
Gravité
| Légère–modérée | Grave | Menace vitale | |
|---|---|---|---|
| Parole | Phrases | Mots | Incapable |
| FR / FC | < 30 / 100–120 | > 30 / > 120 | Bradypnée, bradycardie |
| Muscles accessoires | ± | Tirage, respiration paradoxale | Épuisement |
| DEP ou VEMS (% prédit ou meilleur) | > 50 % | ≤ 50 % (< 40 %) | < 25 % ou impossible |
| SpO2 | 90–95 % | < 90 % | Cyanose |
| Auscultation | Sibilances | Sibilances diffuses | Thorax silencieux |
| PaCO2 | Basse | Normale (alarmante) | ↑ ; confusion, somnolence |
Bilan
- DEP ou VEMS pour tous, avant et après le traitement, et SpO2.
- Gaz si SpO2 < 90 %, si une hypercapnie est suspectée, si la crise est critique ou si le VEMS est < 25 %.
- RX pulmonaire si : pneumothorax ou pneumomédiastin suspecté, infection, absence de réponse, 1re crise chez un patient âgé.
- ECG chez le patient âgé ou coronarien.
- Diagnostic différentiel : œdème pulmonaire (« asthme cardiaque »), EP, anaphylaxie, MPOC, obstruction haute ou corps étranger (stridor), dysfonction des cordes vocales.
Prise en charge aiguë
| Molécule | Dose adulte | Remarques |
|---|---|---|
| O2 | Cible SpO2 93–95 % | 88–92 % si MPOC ou hypercapnie |
| Salbutamol | Aérosol-doseur 100 µg/inh avec chambre : 4–10 inh q20 min × 3 (1re heure), puis q1–4 h PRN. Nébulisation : 2,5–5 mg q20 min × 3, ou en continu si grave | L'aérosol-doseur avec chambre est aussi efficace que la nébulisation. Effets : tachycardie, tremblements, hypokaliémie, ↑ lactate |
| Ipratropium | 20 µg/inh : 4–8 inh q20 min × 3, ou 0,5 mg neb q20 min × 3 | Crise grave seulement, pendant les premières heures. Peu d'intérêt après l'admission |
| Prednisone | 40–50 mg PO die × 5–7 j | Donner dans l'heure. Aucun sevrage nécessaire si < 2 semaines. Aussi efficace que l'IV |
| Méthylprednisolone | 60–125 mg IV (puis 40–80 mg/j) | Si PO impossible, vomissements ou arrêt imminent |
| Sulfate de magnésium | 2 g IV en 20 min, 1 fois | Crise grave ou réponse insuffisante après 1 h |
| Épinéphrine | 0,3–0,5 mg IM (1 mg/mL) ; perfusion 1–10 µg/min aux soins intensifs | Si anaphylaxie ou angioedème. Sinon, en dernier recours |
- Antibiotique seulement s'il y a des signes d'infection bactérienne (pneumonie, sinusite). Les exacerbations sont surtout virales.
- Sédatifs contre-indiqués chez le patient non intubé.
- VNI (BiPAP) : les données sont limitées dans l'asthme, contrairement à la MPOC. On peut l'essayer aux soins intensifs, sans retarder l'intubation.
- Patient asthmatique en détérioration rapide (« crashing ») :
- salbutamol et ipratropium en nébulisation continue ;
- méthylprednisolone 125 mg IV ;
- MgSO4 2 g IV ;
- épinéphrine 0,3 mg IM, puis perfusion ;
- intubation.
- Intubation, par l'opérateur le plus expérimenté :
- Indications : épuisement, baisse de l'état de conscience, PaCO2 en hausse progressive, arrêt imminent.
- Induction : kétamine (bronchodilatatrice) ou propofol.
- Ventilation : FR basse, temps expiratoire long, petit volume courant, hypercapnie permissive.
- Surveiller l'auto-PEEP : en cas d'hypotension, débrancher le ventilateur et laisser expirer.
- La plupart des patients s'améliorent en 1 à 3 heures.
Critères d'admission
- Hospitalisation : VEMS ou DEP avant traitement < 25 %, ou après traitement < 40 %.
- Zone grise 40–60 % après traitement : décision selon les facteurs de risque, l'accès aux soins et l'adhésion.
- Congé possible : > 60 %, stable 60 min après le dernier BACA.
- Soins intensifs : obstruction grave sans amélioration, PaCO2 en hausse, VEMS < 25 %, altération de la conscience.
Traitement de fond (après l'épisode aigu)
⚠️ Mis à jour (GINA 2019–2024 ; Société canadienne de thoracologie 2021) : le BACA seul n'est plus recommandé chez l'adulte et l'adolescent, car il augmente le risque d'exacerbations graves et de décès. Le CSI est obligatoire à tous les paliers. Approche privilégiée (« Voie 1 » de GINA) : budésonide-formotérol au besoin (paliers 1–2), puis en traitement d'entretien et de secours (MART) aux paliers 3–5. Le continuum CTS 2012 (BACA seul, puis ajout d'un BALA) est désuet.
| Palier | Contrôleur privilégié (≥ 12 ans) | Secours |
|---|---|---|
| 1–2 (léger) | Budésonide-formotérol 200/6 µg 1 inh au besoin ; ou CSI faible dose die | ICS-formotérol |
| 3 | MART faible dose : budésonide-formotérol 200/6, 1 inh bid + au besoin | Même inhalateur, max 12 inh/j |
| 4 | MART dose moyenne : 200/6, 2 inh bid | Même inhalateur |
| 5 | Référer en spécialité : phénotypage, tiotropium, biologiques (anti-IgE, anti-IL5/5R, anti-IL4R, anti-TSLP) | — |
- Option « Voie 2 » : CSI ou CSI-BALA d'entretien + BACA au besoin. On l'utilise si le patient est bien contrôlé et adhérent.
- Les ARLT sont une option de 2e ligne. Avertissement sur le montélukast : effets neuropsychiatriques.
Doses quotidiennes de CSI chez l'adulte (GINA)
| CSI | Faible | Moyenne | Élevée |
|---|---|---|---|
| Béclométhasone HFA (particules fines) | 100–200 µg | > 200–400 | > 400 |
| Budésonide (inhalateur de poudre) | 200–400 | > 400–800 | > 800 |
| Ciclésonide | 80–160 | > 160–320 | > 320 |
| Fluticasone propionate | 100–250 | > 250–500 | > 500 |
| Fluticasone furoate | 100 | — | 200 |
| Mométasone | 200–400 (selon dispositif) | > 400 |
Critères de maîtrise (CTS)
| Critère | Cible |
|---|---|
| Symptômes diurnes | < 4 jours/semaine |
| Symptômes nocturnes | < 1 nuit/semaine |
| Activité physique | Normale |
| Exacerbations | Légères et peu fréquentes |
| Absentéisme | Aucun |
| BACA (ou ICS-formotérol) au besoin | < 4 doses/semaine |
| VEMS ou DEP | ≥ 90 % du meilleur |
| Variabilité du DEP | < 10–15 % |
- Avant d'augmenter le palier, revoir : technique d'inhalation, adhésion, déclencheurs (tabac, allergènes, AINS, β-bloquants), comorbidités (rhinite, RGO, obésité, apnée du sommeil).
- Confirmer le diagnostic par spirométrie (réversibilité ≥ 12 % et ≥ 200 mL) ou par test de provocation, si ce n'est pas déjà fait.
Algorithme
Suivi et congé
- CSI (ou ICS-formotérol) prescrit sans faute au congé, et prednisone pour compléter 5 à 7 jours.
- Vérifier la technique d'inhalation au chevet. Remettre un plan d'action écrit (formulaire MSSS AH-708).
- Rendez-vous avec le médecin traitant dans 2 à 7 jours. Référer au centre d'enseignement sur l'asthme (RQAM).
- Référer en pneumologie si : exacerbation grave (VEMS ou DEP < 40 %), séjour aux soins intensifs, ≥ 2 cures de prednisone par an, ou suspicion d'asthme sévère.
- Vaccins : influenza, pneumocoque, COVID-19. Arrêt tabagique.
Pièges et perles
- Thorax silencieux et diminution du tirage chez un patient somnolent = épuisement, pas amélioration.
- Une PaCO2 « normale » (≥ 40 mmHg) pendant une crise est un signe inquiétant.
- Le salbutamol en grande quantité donne une acidose lactique et une hypokaliémie : surveiller les électrolytes.
- Pour une crise d'asthme liée à une anaphylaxie, on donne d'abord l'épinéphrine IM.
- MPOC et asthme : cible de SpO2 plus basse (88–92 %) dans la MPOC. Antibiotiques empiriques seulement dans l'EAMPOC purulente (voir la fiche EAMPOC).
- Sévérité de l'obstruction selon GOLD (VEMS/CVF < 0,70) : VEMS ≥ 80 % léger, 50–79 % modéré, 30–49 % sévère, < 30 % très sévère.
Références
- Global Strategy for Asthma Management and Prevention — rapports annuels (GINA, 2024–2026)
- Plan d'action pour l'asthme AH-708 (MSSS)
- Notes personnelles de Dr H. (Apple Notes) : continuum CTS 2012, critères de contrôle, figures GINA 2018–2020, fiches « Bronchospasme adulte » (conduite à tenir, gravité, traitement de 1re à 3e ligne), « Crashing asthmatic ».