Dr H. Hospitaliste

Fiches › Infectiologie

SARM – décolonisation

InfectiologieFiche révisée · oct. 2026

💊 Doses / traitement

En bref : La décolonisation associe mupirocine 2 % nasale et toilette à la chlorhexidine (± rince-bouche à la chlorhexidine). Elle réduit les infections chez des patients à haut risque : porteurs de S. aureus avant une chirurgie orthopédique avec implant, patients des soins intensifs (décolonisation universelle), porteurs de SARM après le congé (essai CLEAR) et, au cas par cas, infections cutanées récidivantes. Elle complète, sans les remplacer, les précautions de prévention des infections.

🩺 Au chevet

🚩 Signaux d'alarme

  • Infection active (abcès, cellulite) : la décolonisation ne la traite pas, drainage et antibiotique d'abord.
  • Allergie à la chlorhexidine : rare mais possiblement grave.
  • Usage répété de mupirocine : résistance. ✅ À faire maintenant

  • Confirmer l'indication : porteur de S. aureus avant chirurgie orthopédique avec implant ; soins intensifs (selon le programme de l'établissement) ; porteur de SARM au congé (CLEAR) ; infections cutanées à SARM récidivantes malgré hygiène et soins de plaies.

  • Vérifier le statut de porteur et les précautions additionnelles (contact) avec la prévention des infections.
  • Enseigner l'hygiène : lavage des mains, draps et serviettes changés, objets personnels non partagés, plaies couvertes. 💊 Premières ordonnances

  • Mupirocine 2 % onguent nasal dans chaque narine BID × 5 jours.

  • Gluconate de chlorhexidine 4 % (savon) : toilette complète die × 5 jours, puis rincer ; éviter yeux, oreilles, muqueuses.
  • Optionnel (protocole CLEAR) : chlorhexidine 0,12 % rince-bouche BID × 5 jours.
  • Post-congé (CLEAR) : les 3 composantes 5 jours, 2 fois par mois, pendant 6 mois.
  • Préopératoire (orthopédie avec implant) : mupirocine nasale BID × 5 jours avant la chirurgie, selon le protocole local. 📞 Appeler / référer si

  • Prévention des infections : statut de porteur, isolement (la décolonisation ne lève pas l'isolement).

  • Infection grave chez un porteur : le dépistage positif oriente l'antibiothérapie (voir la fiche infections de la peau).

🔗 Ressources et raisonnement

Indications

Contexte Bénéfice attendu
Porteur de S. aureus (SASM ou SARM) avant chirurgie orthopédique avec implant ↓ infections du site opératoire (INESSS : mupirocine 2 % nasale BID × 5 j). Autres chirurgies à haut risque (p. ex. cardiaque) : selon le protocole local
Soins intensifs : décolonisation universelle (mupirocine nasale + bains quotidiens à la chlorhexidine), selon l'établissement ↓ bactériémies toutes causes et cultures positives à SARM (essai REDUCE MRSA)
Porteur de SARM au congé de l'hôpital (essai CLEAR) ↓ infections à SARM et infections toutes causes
Infections cutanées à SARM récidivantes malgré hygiène et soins de plaies optimaux, ou transmission dans le foyer À considérer au cas par cas (IDSA, recommandation faible) ; contacts du domicile asymptomatiques : décolonisation à considérer
Dialyse, cathéter à demeure Selon le programme local

Protocoles

Composante Posologie
Mupirocine 2 % onguent nasal (Bactroban) Dans chaque narine BID × 5 jours (IDSA : 5–10 jours pour les infections cutanées récidivantes)
Gluconate de chlorhexidine 4 % (savon à rincer) Toilette corporelle complète (cou aux pieds, éviter yeux, oreilles, muqueuses) die × 5 jours (IDSA : 5–14 jours). Aux soins intensifs : lingettes à 2 % sans rinçage
Chlorhexidine 0,12 % rince-bouche BID × 5 jours (composante de CLEAR)
  • Protocole CLEAR (post-congé) : les 3 composantes 5 jours, 2 fois par mois, pendant 6 mois, avec éducation à l'hygiène.
  • Mesures associées : lavage des mains, changement de draps et serviettes, objets personnels non partagés, couvrir les plaies.
  • Les antibiotiques oraux ne sont pas recommandés d'emblée pour la décolonisation (IDSA).

Résultats de l'essai CLEAR (NEJM 2019)

  • 2121 porteurs de SARM au congé (17 hôpitaux, 7 CHSLD en Californie), éducation seule vs éducation + décolonisation, suivi 12 mois.
  • Infection à SARM : 9,2 % vs 6,3 % (HR 0,70) ; NNT 30 pour prévenir 1 infection et 34 pour prévenir 1 hospitalisation liée au SARM.
  • Infections toutes causes également réduites (23,7 % vs 19,6 % ; HR 0,83) ; hospitalisations liées à une infection : HR 0,76.
  • Effets indésirables chez 44 participants (≈ 4 %), surtout une irritation cutanée légère.

Pièges et perles

  • Résistance à la mupirocine : augmente avec l'usage répété ; réserver aux indications reconnues. Autre agent nasal selon le protocole local.
  • La décolonisation ne traite pas une infection active : drainage et antibiotique d'abord (voir la fiche infections de la peau).
  • Un dépistage SARM positif ne justifie pas à lui seul de la vancomycine empirique ; il oriente si infection grave.
  • Le statut de porteur et les précautions additionnelles (contact) relèvent de l'équipe de prévention des infections : la décolonisation ne lève pas l'isolement.

Références