En bref : Devant une paralysie faciale, il faut d'abord distinguer une atteinte centrale (front épargné, autres déficits : on pense à un AVC) d'une atteinte périphérique. La paralysie de Bell est un diagnostic d'exclusion. Elle se traite par prednisone dans les 72 h et protection de l'œil ; l'antiviral s'ajoute seulement en option, si l'atteinte est sévère. Une névralgie du trijumeau répond à la carbamazépine. On fait une IRM devant toute caractéristique atypique, et on applique toujours la grille SNOOP.
🩺 Au chevet
🚩 Signaux d'alarme
- Front épargné ou autre déficit (hémiparésie, aphasie) : atteinte centrale, protocole AVC.
- Paralysie bilatérale (Guillain-Barré, Lyme, sarcoïdose, VIH), progressive > 72 h, récidivante, masse, autres NC.
- Vésicules, otalgie intense (Ramsay Hunt) ; zona V1 avec atteinte de l'œil.
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Œil rouge, douloureux ou baisse de la vision (kératite d'exposition). ✅ À faire maintenant
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Front, occlusion de l'œil, examen neuro complet.
- Bell : pas de bilan ni d'imagerie de routine ; sérologie de Lyme si exposition, glycémie si diabète.
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Trijumeau : IRM chez la plupart ; avant la carbamazépine : FSC, électrolytes, bilan hépatique, HLA-B15:02 si ascendance asiatique. 💊 Premières ordonnances*
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Bell < 72 h : prednisone 60 mg PO die × 5 j puis diminution sur 5 j ; complète : + valacyclovir 1 g PO tid × 7 j (jamais seul).
- Œil : larmes le jour, onguent et occlusion la nuit.
- Ramsay Hunt : valacyclovir 1 g PO tid × 7 j + prednisone.
- Lyme : doxycycline 100 mg PO bid × 14–21 j.
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Trijumeau : carbamazépine 100–200 mg PO bid (max 1200 mg/j) ou oxcarbazépine 300 mg bid. 📞 Appeler / référer si
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Urgence AVC : atteinte centrale.
- Ophtalmologie : symptômes oculaires, zona ophtalmique.
- ORL ou neurologie : signes atypiques, aucune récupération à 4 sem, incomplète à 3 mois.
- Neurochirurgie : trijumeau réfractaire.
🔗 Ressources et raisonnement
📞 Consulter Quand consulter — Neurologie · Urgente : consultation intrahospitalière · semi-urgente : intrahospitalière ou externe · élective : en externe
Céphalées : classification et drapeaux rouges
Les 3 grandes catégories (ICHD-3)
- Primaires : migraine, céphalée de tension, algie vasculaire de la face et autres céphalalgies trigémino-autonomiques, céphalées de toux, d'effort, sexuelles ou au froid.
- Secondaires :
- Traumatisme, cause vasculaire, lésion intracrânienne non vasculaire.
- Substance ou sevrage (y compris la céphalée par abus de médicaments), infection.
- Trouble de l'homéostasie (hypercapnie, HTA, jeûne).
- Atteinte du crâne, du cou, des yeux, des oreilles, des sinus, des dents ou de l'ATM ; trouble psychiatrique.
- Névralgies crâniennes et algies faciales centrales.
SNOOP | Drapeau | Exemples | Évoque | |---|---|---| | Systémique | Fièvre, perte de poids, cancer, VIH, immunosuppression | Méningite, métastase, abcès | | Neurologique | Altération de l'état de conscience, signes focaux, convulsion | Masse, AVC, encéphalite | | Onset (début) | Coup de tonnerre (pic < 1 min) | HSA, dissection, SVCR, TVC | | Older (âge) | > 50 ans et céphalée nouvelle | Artérite à cellules géantes (VS, CRP), masse | | Pattern | Changement de profil, céphalée positionnelle ou à la Valsalva, œdème papillaire, grossesse ou post-partum | HTIC, hypotension intracrânienne, HTIC idiopathique (femme obèse), TVC |
💡 Perle de Dr H. : céphalée + obésité + œdème papillaire = pseudotumor cerebri (HTIC idiopathique). Une céphalée orthostatique évoque une hypotension intracrânienne (fuite de LCR).
Paralysie faciale : central ou périphérique ?
| Centrale (motoneurone supérieur) | Périphérique (NC VII) | |
|---|---|---|
| Front | Épargné (innervation bilatérale) | Atteint : pas de rides au front, occlusion incomplète de l'œil (signe de Bell) |
| Autres signes | Hémiparésie, aphasie, dysarthrie | Hyperacousie, dysgueusie (⅔ antérieurs de la langue), œil sec |
| Causes | AVC, tumeur, SEP | Bell, zona (Ramsay Hunt), Lyme, otite ou cholestéatome, tumeur parotidienne, trauma, Guillain-Barré (bilatéral), sarcoïdose |
Algorithme
Paralysie de Bell
- Paralysie périphérique d'installation rapide (< 72 h), unilatérale, sans autre cause trouvée. Elle s'accompagne souvent d'une douleur rétroauriculaire.
- Pas de bilan sanguin ni d'imagerie de routine. On fait une sérologie de Lyme seulement en cas d'exposition, et une glycémie chez la personne diabétique.
Traitement (AAO-HNS 2013, toujours en vigueur) | Situation | Traitement | |---|---| | Âge ≥ 16 ans, < 72 h | Prednisone 60 mg PO die × 5 j, puis diminution sur 5 j ; ou prednisolone 50 mg die × 10 j | | Paralysie complète ou sévère | Ajouter en option valacyclovir 1 g PO tid × 7 j. Jamais d'antiviral seul | | Diabète | Stéroïdes quand même, avec une surveillance glycémique étroite | | Grossesse | Stéroïdes : bénéfice probable, à discuter |
⚠️ Mis à jour (AAO-HNS ; revue Cochrane) : les corticostéroïdes augmentent la récupération complète. L'antiviral seul est inefficace ; associé aux stéroïdes, son bénéfice est faible et incertain.
Soins de l'œil (essentiels)
- Larmes artificielles le jour, onguent lubrifiant la nuit, occlusion nocturne avec ruban (sans contact avec la cornée), lunettes.
- Consulter en ophtalmologie si l'œil est rouge, douloureux ou si la vision baisse : risque de kératite d'exposition.
Pronostic et suivi
- Environ 70 % des patients récupèrent complètement, et 85–90 % si la paralysie est incomplète. Les premiers signes d'amélioration apparaissent en 2–3 semaines.
- Réévaluer ou orienter (ORL ou neurologie) si :
- De nouveaux signes neurologiques apparaissent, ou des symptômes oculaires.
- La récupération est incomplète à 3 mois, ou nulle à 4 semaines.
- La paralysie récidive du même côté : on cherche une tumeur.
- L'électroneurographie n'est utile qu'en cas de paralysie complète, pour le pronostic.
Autres causes à traiter spécifiquement
- Ramsay Hunt : otalgie intense, vésicules dans le conduit auditif ou au palais, parfois avec vertige et surdité. Le pronostic est moins bon. Traitement : valacyclovir 1 g PO tid × 7 j + prednisone.
- Lyme (zone endémique au Québec, en Montérégie en particulier) : doxycycline 100 mg PO bid × 14–21 j. La paralysie peut être bilatérale.
Névralgies crâniennes et algies faciales
| Entité | Clinique | Traitement de 1re intention |
|---|---|---|
| Névralgie du trijumeau | Décharges électriques de quelques secondes dans V2 ou V3, unilatérales, déclenchées par le toucher, la mastication ou le brossage des dents. Examen normal entre les crises | Carbamazépine 100–200 mg PO bid, augmentée de 200 mg/j (max 1200 mg/j) ; ou oxcarbazépine 300 mg bid, augmentée jusqu'à 1200–1800 mg/j |
| Névralgie du glossopharyngien | Douleur fulgurante dans la gorge, l'amygdale ou l'oreille, déclenchée par la déglutition. Parfois syncope (bradycardie) | Comme pour le trijumeau |
| Névralgie occipitale | Douleur lancinante de l'occiput vers le vertex, sensibilité du nerf grand occipital | Bloc anesthésique du nerf occipital ; gabapentinoïdes |
| Névralgie post-zostérienne | Brûlure persistante dans un dermatome après un zona (V1 souvent) | Lidocaïne topique, gabapentine ou prégabaline, antidépresseur tricyclique à faible dose |
| Douleur neuropathique centrale | Après un AVC ou dans la SEP | Selon la neurologie |
- Névralgie du trijumeau :
- IRM (avec séquences ciblées) pour éliminer une cause secondaire : SEP, tumeur de l'angle ponto-cérébelleux. Les critères d'alarme sont un âge < 40 ans, une atteinte bilatérale, un déficit sensitif, des réflexes cornéens anormaux, une surdité ou une mauvaise réponse au traitement.
- En pratique, l'IRM est recommandée chez la plupart des patients (EAN 2019).
- Avant la carbamazépine : FSC, électrolytes (hyponatrémie) et bilan hépatique. Faire le dépistage HLA-B*15:02 chez les patients d'ascendance asiatique (SJS/NET). La carbamazépine est un inducteur enzymatique : interactions avec les AOD et la warfarine.
- Alternatives : lamotrigine, baclofène, gabapentine, toxine botulique.
- Si le traitement échoue : décompression microvasculaire ou radiochirurgie (neurochirurgie).
- En crise sévère (incapacité à boire ou à manger) : hydratation IV, phénytoïne ou fosphénytoïne IV, ou lidocaïne IV en milieu surveillé, selon le protocole local.
- Une douleur dans V1 avec des vésicules évoque un zona ophtalmique : valacyclovir 1 g PO tid × 7 j et consultation urgente en ophtalmologie si l'œil est atteint (signe de Hutchinson).
Pièges et perles
- Front épargné = central jusqu'à preuve du contraire.
- Une paralysie faciale bilatérale n'est pas une paralysie de Bell : on cherche un Guillain-Barré, une maladie de Lyme, une sarcoïdose ou le VIH.
- Une paralysie qui progresse sur plus de 3 semaines, ou qui ne récupère pas à 3–4 mois, fait suspecter une tumeur (parotide, schwannome) : IRM.
- Chez une personne âgée qui a une douleur de mâchoire à la mastication, penser à la claudication de l'artérite temporale plutôt qu'à une névralgie.
Références
- Clinical Practice Guideline Summary: Bell's Palsy (AAO-HNSF, 2013)
- Bell's palsy diagnosis and treatment recommendations (ACEP Now, 2014)
- European Academy of Neurology guideline on trigeminal neuralgia (EAN, 2019)
- Trigeminal neuralgia (UCSF Hospital Handbook)
- Guide d'antibiothérapie de l'Hôpital Charles-LeMoyne : zona (valacyclovir 1 g PO tid).
- Notes personnelles de Dr H. (Apple Notes) : FMOQ « Névralgies faciales » (Petitclerc, 2024), « Bell's Palsy Treatment », SNOOP, classification des céphalées.