Dr H. Hospitaliste

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Paralysie faciale et névralgies crâniennes

NeurologieFiche révisée · oct. 2026

💊 Doses / traitement

En bref : Devant une paralysie faciale, il faut d'abord distinguer une atteinte centrale (front épargné, autres déficits : on pense à un AVC) d'une atteinte périphérique. La paralysie de Bell est un diagnostic d'exclusion. Elle se traite par prednisone dans les 72 h et protection de l'œil ; l'antiviral s'ajoute seulement en option, si l'atteinte est sévère. Une névralgie du trijumeau répond à la carbamazépine. On fait une IRM devant toute caractéristique atypique, et on applique toujours la grille SNOOP.

🩺 Au chevet

🚩 Signaux d'alarme

  • Front épargné ou autre déficit (hémiparésie, aphasie) : atteinte centrale, protocole AVC.
  • Paralysie bilatérale (Guillain-Barré, Lyme, sarcoïdose, VIH), progressive > 72 h, récidivante, masse, autres NC.
  • Vésicules, otalgie intense (Ramsay Hunt) ; zona V1 avec atteinte de l'œil.
  • Œil rouge, douloureux ou baisse de la vision (kératite d'exposition). ✅ À faire maintenant

  • Front, occlusion de l'œil, examen neuro complet.

  • Bell : pas de bilan ni d'imagerie de routine ; sérologie de Lyme si exposition, glycémie si diabète.
  • Trijumeau : IRM chez la plupart ; avant la carbamazépine : FSC, électrolytes, bilan hépatique, HLA-B15:02 si ascendance asiatique. 💊 Premières ordonnances*

  • Bell < 72 h : prednisone 60 mg PO die × 5 j puis diminution sur 5 j ; complète : + valacyclovir 1 g PO tid × 7 j (jamais seul).

  • Œil : larmes le jour, onguent et occlusion la nuit.
  • Ramsay Hunt : valacyclovir 1 g PO tid × 7 j + prednisone.
  • Lyme : doxycycline 100 mg PO bid × 14–21 j.
  • Trijumeau : carbamazépine 100–200 mg PO bid (max 1200 mg/j) ou oxcarbazépine 300 mg bid. 📞 Appeler / référer si

  • Urgence AVC : atteinte centrale.

  • Ophtalmologie : symptômes oculaires, zona ophtalmique.
  • ORL ou neurologie : signes atypiques, aucune récupération à 4 sem, incomplète à 3 mois.
  • Neurochirurgie : trijumeau réfractaire.

🔗 Ressources et raisonnement

📞 Consulter Quand consulter — Neurologie · Urgente : consultation intrahospitalière · semi-urgente : intrahospitalière ou externe · élective : en externe

Céphalées : classification et drapeaux rouges

Les 3 grandes catégories (ICHD-3)

  • Primaires : migraine, céphalée de tension, algie vasculaire de la face et autres céphalalgies trigémino-autonomiques, céphalées de toux, d'effort, sexuelles ou au froid.
  • Secondaires :
  • Traumatisme, cause vasculaire, lésion intracrânienne non vasculaire.
  • Substance ou sevrage (y compris la céphalée par abus de médicaments), infection.
  • Trouble de l'homéostasie (hypercapnie, HTA, jeûne).
  • Atteinte du crâne, du cou, des yeux, des oreilles, des sinus, des dents ou de l'ATM ; trouble psychiatrique.
  • Névralgies crâniennes et algies faciales centrales.

SNOOP | Drapeau | Exemples | Évoque | |---|---|---| | Systémique | Fièvre, perte de poids, cancer, VIH, immunosuppression | Méningite, métastase, abcès | | Neurologique | Altération de l'état de conscience, signes focaux, convulsion | Masse, AVC, encéphalite | | Onset (début) | Coup de tonnerre (pic < 1 min) | HSA, dissection, SVCR, TVC | | Older (âge) | > 50 ans et céphalée nouvelle | Artérite à cellules géantes (VS, CRP), masse | | Pattern | Changement de profil, céphalée positionnelle ou à la Valsalva, œdème papillaire, grossesse ou post-partum | HTIC, hypotension intracrânienne, HTIC idiopathique (femme obèse), TVC |

💡 Perle de Dr H. : céphalée + obésité + œdème papillaire = pseudotumor cerebri (HTIC idiopathique). Une céphalée orthostatique évoque une hypotension intracrânienne (fuite de LCR).

Paralysie faciale : central ou périphérique ?

Centrale (motoneurone supérieur) Périphérique (NC VII)
Front Épargné (innervation bilatérale) Atteint : pas de rides au front, occlusion incomplète de l'œil (signe de Bell)
Autres signes Hémiparésie, aphasie, dysarthrie Hyperacousie, dysgueusie (⅔ antérieurs de la langue), œil sec
Causes AVC, tumeur, SEP Bell, zona (Ramsay Hunt), Lyme, otite ou cholestéatome, tumeur parotidienne, trauma, Guillain-Barré (bilatéral), sarcoïdose

Algorithme

Front épargné ou
autre déficit

Hémiface entière,
examen neuro normal

Vésicules / otalgie

Zone endémique,
piqûre de tique

Autres

Aucun

Faiblesse faciale aiguë

Front épargné ?
Autres signes neurologiques ?

Atteinte CENTRALE
→ protocole AVC, imagerie urgente

Atteinte PÉRIPHÉRIQUE (NC VII)
Examiner oreille, peau, parotide

Signes atypiques ?
Vésicules, otalgie sévère,
bilatérale, progressive > 72 h,
récidive, masse, autres NC

Ramsay Hunt (zona) :
prednisone + valacyclovir

Sérologie Lyme ;
doxycycline

Imagerie (IRM),
bilan ciblé, ORL ou neurologie

Paralysie de Bell
Prednisone < 72 h
± valacyclovir si complète
+ protection oculaire

Réévaluer : aggravation,
atteinte oculaire ou
récupération incomplète à 3 mois
→ spécialiste

Paralysie de Bell

  • Paralysie périphérique d'installation rapide (< 72 h), unilatérale, sans autre cause trouvée. Elle s'accompagne souvent d'une douleur rétroauriculaire.
  • Pas de bilan sanguin ni d'imagerie de routine. On fait une sérologie de Lyme seulement en cas d'exposition, et une glycémie chez la personne diabétique.

Traitement (AAO-HNS 2013, toujours en vigueur) | Situation | Traitement | |---|---| | Âge ≥ 16 ans, < 72 h | Prednisone 60 mg PO die × 5 j, puis diminution sur 5 j ; ou prednisolone 50 mg die × 10 j | | Paralysie complète ou sévère | Ajouter en option valacyclovir 1 g PO tid × 7 j. Jamais d'antiviral seul | | Diabète | Stéroïdes quand même, avec une surveillance glycémique étroite | | Grossesse | Stéroïdes : bénéfice probable, à discuter |

⚠️ Mis à jour (AAO-HNS ; revue Cochrane) : les corticostéroïdes augmentent la récupération complète. L'antiviral seul est inefficace ; associé aux stéroïdes, son bénéfice est faible et incertain.

Soins de l'œil (essentiels)

  • Larmes artificielles le jour, onguent lubrifiant la nuit, occlusion nocturne avec ruban (sans contact avec la cornée), lunettes.
  • Consulter en ophtalmologie si l'œil est rouge, douloureux ou si la vision baisse : risque de kératite d'exposition.

Pronostic et suivi

  • Environ 70 % des patients récupèrent complètement, et 85–90 % si la paralysie est incomplète. Les premiers signes d'amélioration apparaissent en 2–3 semaines.
  • Réévaluer ou orienter (ORL ou neurologie) si :
  • De nouveaux signes neurologiques apparaissent, ou des symptômes oculaires.
  • La récupération est incomplète à 3 mois, ou nulle à 4 semaines.
  • La paralysie récidive du même côté : on cherche une tumeur.
  • L'électroneurographie n'est utile qu'en cas de paralysie complète, pour le pronostic.

Autres causes à traiter spécifiquement

  • Ramsay Hunt : otalgie intense, vésicules dans le conduit auditif ou au palais, parfois avec vertige et surdité. Le pronostic est moins bon. Traitement : valacyclovir 1 g PO tid × 7 j + prednisone.
  • Lyme (zone endémique au Québec, en Montérégie en particulier) : doxycycline 100 mg PO bid × 14–21 j. La paralysie peut être bilatérale.

Névralgies crâniennes et algies faciales

Entité Clinique Traitement de 1re intention
Névralgie du trijumeau Décharges électriques de quelques secondes dans V2 ou V3, unilatérales, déclenchées par le toucher, la mastication ou le brossage des dents. Examen normal entre les crises Carbamazépine 100–200 mg PO bid, augmentée de 200 mg/j (max 1200 mg/j) ; ou oxcarbazépine 300 mg bid, augmentée jusqu'à 1200–1800 mg/j
Névralgie du glossopharyngien Douleur fulgurante dans la gorge, l'amygdale ou l'oreille, déclenchée par la déglutition. Parfois syncope (bradycardie) Comme pour le trijumeau
Névralgie occipitale Douleur lancinante de l'occiput vers le vertex, sensibilité du nerf grand occipital Bloc anesthésique du nerf occipital ; gabapentinoïdes
Névralgie post-zostérienne Brûlure persistante dans un dermatome après un zona (V1 souvent) Lidocaïne topique, gabapentine ou prégabaline, antidépresseur tricyclique à faible dose
Douleur neuropathique centrale Après un AVC ou dans la SEP Selon la neurologie
  • Névralgie du trijumeau :
  • IRM (avec séquences ciblées) pour éliminer une cause secondaire : SEP, tumeur de l'angle ponto-cérébelleux. Les critères d'alarme sont un âge < 40 ans, une atteinte bilatérale, un déficit sensitif, des réflexes cornéens anormaux, une surdité ou une mauvaise réponse au traitement.
  • En pratique, l'IRM est recommandée chez la plupart des patients (EAN 2019).
  • Avant la carbamazépine : FSC, électrolytes (hyponatrémie) et bilan hépatique. Faire le dépistage HLA-B*15:02 chez les patients d'ascendance asiatique (SJS/NET). La carbamazépine est un inducteur enzymatique : interactions avec les AOD et la warfarine.
  • Alternatives : lamotrigine, baclofène, gabapentine, toxine botulique.
  • Si le traitement échoue : décompression microvasculaire ou radiochirurgie (neurochirurgie).
  • En crise sévère (incapacité à boire ou à manger) : hydratation IV, phénytoïne ou fosphénytoïne IV, ou lidocaïne IV en milieu surveillé, selon le protocole local.
  • Une douleur dans V1 avec des vésicules évoque un zona ophtalmique : valacyclovir 1 g PO tid × 7 j et consultation urgente en ophtalmologie si l'œil est atteint (signe de Hutchinson).

Pièges et perles

  • Front épargné = central jusqu'à preuve du contraire.
  • Une paralysie faciale bilatérale n'est pas une paralysie de Bell : on cherche un Guillain-Barré, une maladie de Lyme, une sarcoïdose ou le VIH.
  • Une paralysie qui progresse sur plus de 3 semaines, ou qui ne récupère pas à 3–4 mois, fait suspecter une tumeur (parotide, schwannome) : IRM.
  • Chez une personne âgée qui a une douleur de mâchoire à la mastication, penser à la claudication de l'artérite temporale plutôt qu'à une névralgie.

Références