Dr H. Hospitaliste

Fiches › Endocrinologie

Ostéoporose

EndocrinologieFiche révisée · oct. 2026

Voir aussi : INESSS — Ostéodensitométrie

💊 Doses / traitement

En bref : La fracture de fragilisation (chute de sa hauteur) est le meilleur prédicteur d'une nouvelle fracture. Une fracture de la hanche ou vertébrale, ou ≥ 2 fractures de fragilisation, justifie un traitement sans attendre la densitométrie. On évalue le risque à 10 ans avec FRAX canadien (CAROC en solution de rechange). On traite si le risque est ≥ 20 % et on envisage de traiter entre 15 et 20 %. Les bisphosphonates restent le 1er choix, après avoir corrigé la vitamine D et le calcium. À l'hôpital, toute fracture de fragilisation est une occasion de débuter le traitement avant le congé.

🩺 Au chevet

🚩 Signaux d'alarme

  • Fracture de la hanche, vertébrale ou ≥ 2 fractures de fragilisation : traiter sans attendre la DMO.
  • Très haut risque : fracture vertébrale récente sévère, > 1 vertébrale avec T < −2,5.
  • Douleur à l'aine ou à la cuisse sous bisphosphonate : fracture fémorale atypique.
  • Arrêt ou retard > 1 mois du dénosumab : rebond de fractures vertébrales.
  • DFGe < 30 : TMO-IRC ; dénosumab et hypocalcémie sévère. ✅ À faire maintenant

  • FRAX canadien avec DMO ; radiographie T4–L4 si perte de taille ≥ 6 cm ou cyphose.

  • Ca corrigé, PO₄, créatinine/DFGe, phosphatase alcaline, 25-OH-D, FSC, TSH ; EPP si fracture vertébrale.
  • Revue des chutes et des médicaments. 💊 Premières ordonnances

  • Traiter si FRAX ≥ 20 % ou ≥ 70 ans avec T ≤ −2,5.

  • Alendronate 70 mg PO 1 fois/sem. ou risédronate 35 mg PO 1 fois/sem.
  • Acide zolédronique 5 mg IV 1 fois/an (≥ 2 sem. après chirurgie de hanche).
  • Dénosumab 60 mg SC q6 mois si CI aux bisphosphonates.
  • Vitamine D 800 UI/j (> 70 ans) ; calcium alimentaire 1 200 mg/j. 📞 Appeler / référer si

  • Avis spécialisé : très haut risque (agent anabolique), arrêt du dénosumab après ≥ 5 doses.

  • Néphrologie si DFGe < 30–35.
  • Programme de liaison fracture ; DMO 3 ans après le début.

🔗 Ressources et raisonnement

📘 Protocoles INESSS — Ostéodensitométrie

Définitions

  • Ostéoporose densitométrique : T-score ≤ −2,5 (col fémoral, hanche totale ou rachis lombaire).
  • Fracture de fragilisation : fracture après une chute de sa hauteur ou moins. Sites typiques : hanche, vertèbres, humérus proximal, poignet, bassin.
  • Très haut risque : fracture vertébrale récente sévère, ou > 1 fracture vertébrale avec T-score < −2,5.

Qui traiter (Ostéoporose Canada, 2023)

Situation (≥ 50 ans) Recommandation
Fracture de la hanche ou vertébrale, ou ≥ 2 fractures de fragilisation Traiter
Risque à 10 ans de fracture ostéoporotique majeure (FRAX) ≥ 20 % Traiter
≥ 70 ans avec T-score ≤ −2,5 Traiter
Risque à 10 ans de 15 à 19,9 % Suggérer de traiter (décision partagée)
< 70 ans avec T-score ≤ −2,5 Suggérer de traiter
Risque < 15 % Mesures générales, réévaluer

⚠️ Mis à jour (Ostéoporose Canada, 2023) : l'ancienne approche par catégories CAROC (risque faible < 10 %, modéré 10–20 %, élevé > 20 %, avec facteurs modulateurs) cède la place à des seuils de FRAX : traiter si ≥ 20 %, suggérer de traiter si 15–20 %. Le FRAX canadien avec DMO est l'outil privilégié.

Oui

Non

Oui

Non

Personne ≥ 50 ans
à risque ou avec fracture

Fracture de la hanche
ou vertébrale, ou ≥ 2 fractures
de fragilisation ?

Traiter
(DMO utile mais non requise)

DMO + FRAX canadien
Radiographie T4-L4 latérale ou VFA
si perte de taille ≥ 6 cm ou cyphose

FRAX ≥ 20 %
ou ≥ 70 ans avec T ≤ -2,5

FRAX 15-19,9 %
ou < 70 ans avec T ≤ -2,5

FRAX < 15 %

Décision partagée :
traitement suggéré

Mesures générales
DMO aux 3 à 10 ans selon le risque

Très haut risque ?
(fracture vertébrale récente sévère,
> 1 fracture vertébrale + T < -2,5)

Avis spécialisé :
agent anabolique
(tériparatide, romosozumab)

Bisphosphonate
(dénosumab si contre-indication)

Densitométrie (DMO) : qui tester ?

  • ≥ 70 ans : tout le monde.
  • 65–69 ans avec ≥ 1 facteur de risque ; 50–64 ans avec une fracture antérieure ou ≥ 2 facteurs de risque.
  • Facteurs de risque : fracture parentale de la hanche, tabagisme, alcool ≥ 3 consommations/jour, glucocorticoïdes ≥ 3 mois, PR, faible poids, chutes, hormonothérapie anti-androgénique ou inhibiteur de l'aromatase, hypogonadisme, malabsorption.
  • Le PMN de l'INESSS (2024) encadre l'ostéodensitométrie par ordonnance collective, selon le FRAX.

Bilan avant traitement (causes secondaires)

  • Ca (corrigé selon l'albumine), PO₄, créatinine/DFGe, phosphatase alcaline, 25-OH vitamine D, FSC, TSH.
  • Selon le contexte : électrophorèse des protéines (myélome si fracture vertébrale), PTH (si Ca anormal ou IRC), testostérone (homme), sérologie cœliaque, calciurie de 24 h.
  • Radiographie latérale T4–L4 si perte de taille ≥ 6 cm (ou ≥ 2 cm mesurés), cyphose ou dorsalgie : une fracture vertébrale silencieuse change la catégorie de risque.

Traitement

Mesures générales (tous)

  • Calcium surtout par l'alimentation : 1 200 mg/j (femme > 50 ans, homme > 70 ans) ; 1 000 mg/j (homme 50–70 ans). On ne supplémente que pour combler le manque.
  • Vitamine D : 600 UI/j (≤ 70 ans) ou 800 UI/j (> 70 ans). Santé Canada suggère un supplément d'au moins 400 UI/j après 50 ans. En cas de carence, viser une 25-OH-D > 50 nmol/L.
  • Exercice :
  • Équilibre et entraînement fonctionnel > 2 fois par semaine (prévention des chutes).
  • Musculation progressive > 2 fois par semaine, dont les extenseurs du dos.
  • 150 min/semaine d'activité aérobique.
  • Prévenir les chutes : réviser les médicaments sédatifs et hypotenseurs, la vision, le domicile. Cesser le tabac, limiter l'alcool.

Médicaments

Molécule Dose Remarques
Alendronate 70 mg PO 1 fois/semaine 1re intention. À jeun avec 250 mL d'eau, rester debout 30 min. Éviter si DFGe < 35
Risédronate 35 mg PO 1 fois/semaine (ou 150 mg 1 fois/mois) 1re intention. Formulation DR possible après le déjeuner. Éviter si DFGe < 30
Acide zolédronique 5 mg IV 1 fois/an Utile si observance difficile ou intolérance digestive. Réaction de phase aiguë (24–72 h). Éviter si DFGe < 35 ; bien hydrater
Dénosumab 60 mg SC aux 6 mois Si contre-indication ou intolérance aux bisphosphonates. Aucun retard > 1 mois. Ne pas arrêter sans relais
Raloxifène 60 mg PO die Femme ménopausée : protège surtout des fractures vertébrales. Risque de TEV, bouffées de chaleur
Hormonothérapie de ménopause Selon les symptômes Femme < 60 ans ou à moins de 10 ans de la ménopause, avec symptômes
Tériparatide 20 µg SC die × 24 mois Très haut risque ; ostéoporose cortisonique. Relais antirésorptif obligatoire ensuite
Romosozumab 210 mg SC 1 fois/mois × 12 mois Très haut risque (femme). Éviter si IM ou AVC dans la dernière année. Relais antirésorptif
  • Homme : alendronate, risédronate, acide zolédronique ou dénosumab.
  • Glucocorticoïdes (prednisone ≥ 7,5 mg/j pendant ≥ 3 mois) : bisphosphonate. Tériparatide si risque très élevé.
  • Effets indésirables rares : fracture fémorale atypique (douleur à l'aine ou à la cuisse : radiographie des deux fémurs) et ostéonécrose de la mâchoire (environ 1/100 000 patients-années aux doses pour l'ostéoporose). Le bénéfice dépasse largement ces risques.

Durée, congé thérapeutique et arrêt du dénosumab

  • Bisphosphonates : on traite 3 à 6 ans (5 ans PO, 3 ans IV), puis on réévalue.
  • Risque redevenu modéré : congé thérapeutique, puis DMO et risque réévalués 3 ans après l'arrêt.
  • Risque toujours élevé (fracture sous traitement, T-score ≤ −2,5 à la hanche) : poursuivre jusqu'à 10 ans (6 ans IV).
  • Dénosumab : le traitement est à long terme et ininterrompu.
  • Arrêt après < 4 doses : bisphosphonate 6 mois après la dernière dose, pendant 1 an, puis réévaluation.
  • Arrêt après ≥ 5 doses, surtout s'il y a des fractures vertébrales : avis d'expert.
  • Il faut toujours un relais, sinon on risque un rebond de fractures vertébrales multiples.
  • Suivi : DMO 3 ans après le début du traitement (plus tôt si cause secondaire ou nouvelle fracture). Le traitement est efficace si la DMO est stable ou en hausse.

Insuffisance rénale chronique et ostéoporose

DFGe Approche
≥ 30–35 mL/min (IRC G1–G3b) sans trouble minéral osseux Comme la population générale
< 30–35 mL/min (G4–G5, dialyse) D'abord exclure le trouble minéral et osseux de l'IRC (TMO-IRC) : Ca, PO₄, PTH, phosphatase alcaline, 25-OH-D. Bisphosphonates à éviter ou à discuter avec la néphrologie. Avis spécialisé

⚠️ Mis à jour (FDA, 2024) : le dénosumab porte une mise en garde encadrée pour hypocalcémie sévère, parfois mortelle, en IRC avancée (DFGe < 30, dialyse), surtout en cas de TMO-IRC. Il faut corriger la vitamine D et le calcium avant, doser le Ca à 1–2 semaines, et ne l'utiliser qu'avec un spécialiste dans ce contexte.

À l'hôpital : fracture de fragilisation

  • Fracture de la hanche : débuter le traitement pendant l'hospitalisation ou au congé, sans attendre la DMO.
  • Acide zolédronique 5 mg IV environ 2 semaines ou plus après la chirurgie (HORIZON-RFT), une fois la vitamine D corrigée et le Ca normal.
  • Sinon alendronate PO, ou dénosumab.
  • Avant l'acide zolédronique ou le dénosumab : vérifier Ca, créatinine, 25-OH-D ; donner une charge de vitamine D si carence ; s'assurer d'un examen dentaire raisonnable.
  • Lettre de congé : diagnostic d'ostéoporose de fragilisation, traitement débuté, DMO et suivi en 1re ligne. Orienter vers un programme de liaison fracture si disponible.

Pièges et perles

  • Une fracture du poignet après 50 ans est une sentinelle : on fait la DMO.
  • Une T-score lombaire faussement normale est fréquente (arthrose, calcifications aortiques) : on se fie à la hanche.
  • Il faut doser le Ca et la vitamine D avant l'acide zolédronique et le dénosumab : l'hypocalcémie est le piège classique.
  • La calcitonine et l'étidronate sont désuets pour l'ostéoporose.
  • Chez l'homme sous hormonothérapie anti-androgénique, on fait la DMO de base et on traite selon le risque.

Références