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Nausées et vomissements

Gastro-entérologie et hépatologieFiche révisée · oct. 2026

💊 Doses / traitement

En bref : Avant de prescrire un antiémétique, il faut exclure les causes graves : occlusion, HTIC, SCA, acidocétose, grossesse, hypercalcémie, insuffisance surrénalienne et toxicité médicamenteuse (digoxine, lithium, opioïdes). On choisit ensuite l'antiémétique selon le mécanisme (récepteur en cause). Attention au QT (ondansétron, halopéridol, dompéridone) et aux effets extrapyramidaux (métoclopramide, prochlorpérazine), surtout chez la personne âgée et dans la maladie de Parkinson.

🩺 Au chevet

🚩 Signaux d'alarme

  • Distension, absence de gaz, vomissements fécaloïdes, péritonisme : occlusion.
  • Céphalée avec signes neurologiques ou œdème papillaire : HTIC.
  • Douleur thoracique (SCA inférieur), acidocétose, hématémèse.
  • Grossesse, hypercalcémie, insuffisance surrénalienne, toxicité (digoxine, lithium). ✅ À faire maintenant

  • Volémie ; revoir les médicaments (opioïdes, GLP-1, digoxine), cannabis.

  • Électrolytes (hypoK, alcalose), créatinine, glucose, Ca, lipase, bilan hépatique, β-hCG.
  • ECG d'emblée (SCA, QT de base) ; digoxine ou lithium selon le cas.
  • Imagerie abdominale si occlusion ; TDM cérébrale si signes neuro. 💊 Premières ordonnances

  • NaCl 0,9 % + KCl si alcalose hypochlorémique avec hypoK.

  • Ondansétron 4–8 mg PO/IV q8h (QT).
  • Métoclopramide 10 mg jusqu'à tid, max 5 j, IV lent ≥ 3 min (pas si occlusion complète ni Parkinson).
  • Halopéridol 0,5–1 mg PO/SC q4h PRN (palliatif, opioïdes).
  • Dimenhydrinate 25–50 mg q4–6h (vestibulaire ; délirium chez l'âgé).
  • Dexaméthasone 4–8 mg die si HTIC ; grossesse : doxylamine-pyridoxine.
  • Échec : ajouter une 2e classe. 📞 Appeler / référer si

  • Chirurgie : occlusion, péritonisme.

  • Neurochirurgie ou neurologie : HTIC, AVC du tronc ou du cervelet.
  • Cardiologie si SCA ; patron si déshydratation sévère ou vomissements incoercibles.

🔗 Ressources et raisonnement

Physiopathologie : les voies et leurs récepteurs

Voie Déclencheurs Récepteurs Antiémétique logique
Zone gâchette chémoréceptrice (area postrema) Médicaments (opioïdes, chimiothérapie, digoxine), urémie, hyperCa, toxines D2, 5-HT3, NK1 Halopéridol, métoclopramide, ondansétron, aprépitant
Tube digestif (afférences vagales) Gastroentérite, gastroparésie, occlusion, chimio, radiothérapie 5-HT3, D2 Ondansétron, métoclopramide (sauf occlusion)
Appareil vestibulaire Cinétose, vertige, Ménière H1, ACh muscarinique Dimenhydrinate, scopolamine
Cortex / SNC Anxiété, douleur, HTIC, anticipation Divers, GABA Benzodiazépine (anticipation), dexaméthasone (HTIC)
Autres afférences Voies biliaires, coronaires (SCA) — Traiter la cause

Évaluation initiale

  • Anamnèse :
  • Durée (aiguë < 1 semaine ou chronique > 4 semaines), relation avec les repas (immédiat : psychogène ou ulcère pylorique ; tardif > 1 h : gastroparésie ou obstruction).
  • Contenu : aliments non digérés, bile, fécaloïde (occlusion basse), sang.
  • Douleur, céphalée, vertige, médicaments, cannabis, alcool, DDM.
  • Signes d'alarme : distension abdominale, absence de gaz, péritonisme, céphalée avec signes neurologiques ou œdème papillaire, douleur thoracique, déshydratation importante, perte de poids, hématémèse.
  • Bilan selon le contexte :
  • Électrolytes (hypoK, alcalose métabolique hypochlorémique), créatinine, glucose, Ca, lipase, bilan hépatique, β-hCG.
  • ECG (SCA, QT de base avant ondansétron/halopéridol), niveaux de digoxine ou de lithium.
  • Imagerie abdominale si occlusion soupçonnée ; TDM cérébrale si signes neurologiques.

Diagnostic différentiel

Catégorie Causes
Médicaments et toxiques Opioïdes, chimiothérapie, AINS, digoxine, antiarythmiques, antibiotiques (érythromycine), metformine, agonistes du GLP-1, théophylline, lithium, antiparkinsoniens, alcool, cannabis
Infections Gastroentérite, hépatite, méningite, otite, pyélonéphrite, sepsis
Digestif et péritoine Occlusion (grêle, sténose pylorique), gastroparésie, pseudo-obstruction, ulcère, pancréatite, cholécystite, ischémie mésentérique, néoplasie
SNC Migraine, HTIC (tumeur, hémorragie, abcès), méningite, convulsions, AVC du tronc ou du cervelet
Vestibulaire Cinétose, labyrinthite, Ménière
Endocrinien et métabolique Grossesse, acidocétose, urémie, hyperCa, hyperthyroïdie, insuffisance surrénalienne, porphyrie
Autres SCA (inférieur), insuffisance cardiaque, vomissements cycliques, psychogène, troubles alimentaires, postopératoire, radiothérapie

Choix selon la situation clinique

Situation 1er choix Alternative / remarque
Gastroentérite Ondansétron PO/IV Métoclopramide ; réhydratation orale d'abord
Postopératoire (traitement) Ondansétron, dexaméthasone, dropéridol Ne pas répéter la classe déjà reçue en prévention
Migraine Métoclopramide ou prochlorpérazine IV (traitent aussi la céphalée) + diphenhydramine pour prévenir l'akathisie
Vestibulaire Dimenhydrinate, scopolamine timbre Méclizine
Gastroparésie Métoclopramide (≤ 5 j de suite si possible), dompéridone Érythromycine (courte durée, tachyphylaxie)
Opioïdes Halopéridol faible dose, métoclopramide Rotation d'opioïde
Soins palliatifs, cause métabolique Halopéridol 0,5–1 mg PO/SC q4h PRN Méthotrimeprazine, olanzapine
HTIC, métastases cérébrales Dexaméthasone + traitement de la cause
Occlusion maligne Halopéridol, dexaméthasone, octréotide Éviter le métoclopramide si occlusion complète
Syndrome d'hyperémèse cannabinoïde Arrêt du cannabis ; halopéridol, capsaïcine topique Les antiémétiques usuels sont souvent inefficaces ; douches chaudes
Grossesse Doxylamine-pyridoxine (Diclectin) Dimenhydrinate, métoclopramide ; ondansétron en 2e ligne
Parkinson Dompéridone ou ondansétron Éviter métoclopramide, halopéridol, prochlorpérazine

⚠️ Mis à jour (pratique canadienne) : dans les nausées de grossesse, la doxylamine-pyridoxine est le 1er choix au Canada. La prométhazine, citée en 1re intention dans l'ancien tableau américain de Dr H. (AAFP, 2004), est peu utilisée ici.

Doses usuelles chez l'adulte

Molécule Dose Voie Remarques
Ondansétron 4–8 mg q8h PO, IV QT : dose IV unique ≤ 16 mg ; constipation, céphalée
Métoclopramide 10 mg jusqu'à tid (max 30 mg/j ou 0,5 mg/kg/j) PO, IV lent (≥ 3 min), IM Max 5 jours ; dystonie, akathisie, dyskinésie tardive ; réduire si IR
Prochlorpérazine 5–10 mg q6–8h PO, IV, IM ; 10 mg IR Extrapyramidal, sédation
Halopéridol 0,5–1 mg q4h PRN (max ≈ 4 mg/j en palliatif) PO, SC, IV QT, extrapyramidal ; contre-indiqué dans le Parkinson
Dimenhydrinate 25–50 mg q4–6h (max 400 mg/j) PO, IV, IM, IR Anticholinergique : délirium chez la personne âgée
Dompéridone 10 mg tid (max 30 mg/j) PO QT, arythmies ; éviter > 60 ans ou avec inhibiteurs du CYP3A4
Dexaméthasone 4–8 mg die PO, IV Chimiothérapie, HTIC, postopératoire ; hyperglycémie
Olanzapine 2,5–5 mg HS (5–10 mg en chimiothérapie) PO, sublinguale Sédation ; utile en réfractaire ou palliatif
Scopolamine 1,5 mg timbre q72h Transdermique Cinétose ; anticholinergique
Lorazépam 0,5–1 mg q6–8h PRN PO, SL, IV Nausées d'anticipation
Aprépitant 125 mg J1 puis 80 mg J2–J3 PO Chimiothérapie hautement émétisante, avec 5-HT3 + dexaméthasone

⚠️ Mis à jour (EMA 2013, repris par Santé Canada) : le métoclopramide est limité à 10 mg jusqu'à 3 fois par jour, sur 5 jours au maximum, en raison du risque neurologique (dyskinésie tardive). En IV, il se donne en bolus lent sur au moins 3 minutes.

Oui

Non

Médicaments, métabolique

Digestif, gastroentérite

Vestibulaire

HTIC

Nausées / vomissements

Signes d'alarme ?
distension, péritonisme, céphalée et
signes neuro, douleur thoracique

Investiguer en urgence
occlusion, HTIC, SCA,
acidocétose, pancréatite

Bilan ciblé : lytes, glucose,
Ca, créat, β-hCG, ECG,
revue des médicaments

Cause identifiée ?
traiter la cause, cesser
le médicament en cause

Choisir selon le mécanisme

Antagoniste D2
halopéridol, métoclopramide

Ondansétron
ou métoclopramide

Dimenhydrinate
scopolamine

Dexaméthasone

Échec : ajouter une 2e classe
plutôt qu'augmenter la même

Suivi et congé

  • Corriger la volémie et les électrolytes (K, Mg) ; hydratation orale dès que possible.
  • Réévaluer la nécessité des antiémétiques chaque jour ; ECG de contrôle si plusieurs agents qui prolongent le QT.
  • Au congé : antiémétique PRN de courte durée, conseils diététiques (petits repas fréquents, éviter les odeurs fortes), consigne de reconsulter en cas de vomissements persistants, de sang, de douleur ou de signes de déshydratation.

Pièges et perles

  • L'alcalose métabolique hypochlorémique avec hypoK est la signature des vomissements prolongés : remplacer avec NaCl 0,9 % + KCl.
  • Les nausées d'un infarctus inférieur et de l'acidocétose sont fréquemment manquées : ECG et glucose d'emblée.
  • Agonistes du GLP-1 (sémaglutide) : cause fréquente de nausées et de gastroparésie, à considérer aussi avant une anesthésie.
  • En cas d'échec, combiner des classes différentes (D2 + 5-HT3 + corticoïde) plutôt que d'augmenter une seule molécule.
  • Akathisie sous métoclopramide ou prochlorpérazine : diphenhydramine 25–50 mg IV ou benzodiazépine.

Références