Dr H. Hospitaliste

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Magnésium

Néphrologie et électrolytesFiche révisée · oct. 2026

💊 Doses / traitement

En bref : L'hypomagnésémie est fréquente à l'hôpital (diurétiques, IPP, alcool, diarrhée, réalimentation). Elle rend l'hypokaliémie et l'hypocalcémie réfractaires : on corrige le Mg d'abord ou en même temps. Le sulfate de magnésium IV se donne lentement (habituellement 1–2 g/h) sauf urgence (torsades, convulsions). Toujours vérifier la créatinine : on réduit la dose en insuffisance rénale et on demande un avis si le DFGe est < 30.

🩺 Au chevet

🚩 Signaux d'alarme

  • Hypomagnésémie : torsades de pointes, arythmies ventriculaires, QT long, convulsions, tétanie.
  • Hypokaliémie ou hypocalcémie réfractaires : penser Mg.
  • Hypermagnésémie : ROT diminués (> 2 mmol/L), abolis (≈ 5 mmol/L), paralysie respiratoire (6–7,5), arrêt cardiaque (> 7,5) ; BAV complet possible bien avant. ✅ À faire maintenant

  • Mg, K, Ca, PO₄, créatinine ; ECG (QT).

  • Chercher la cause : diurétiques, IPP, alcool, diarrhée, réalimentation, ACD.
  • FE Mg si cause incertaine (> 4 % : perte rénale ; < 2 % : perte digestive).
  • Mg de contrôle après chaque dose IV.
  • Sous MgSO₄ (prééclampsie) ou en IR : surveiller les ROT. 💊 Premières ordonnances

  • Torsades avec pouls : MgSO₄ 2 g IV dans 100 mL NaCl 0,9 % en 5 min ; sans pouls : 2 g IV direct.

  • Non urgent, Mg 0,5–0,7 mmol/L (PO impossible) : 1–5 g IV selon le taux ; Mg < 0,5 ou symptomatique : 5 g (20 mmol) IV, à répéter selon le Mg.
  • Débit habituel 1–2 g/h (max 9 g/h) ; p. ex. 2 g/100 mL NaCl 0,9 % en 2 h.
  • IRC stades 1–3 : réduire la dose initiale de 25–50 % ; DFGe < 30, IRA ou dialyse : avis néphrologie ou pharmacie.
  • PO : 10–24 mmol/j de Mg élémentaire fractionné (p. ex. oxyde de Mg 400–800 mg/j ≈ 10–20 mmol).
  • Hypermagnésémie symptomatique : gluconate de calcium 10 % 10 mL (1 g) IV lent, cesser toute source de Mg. 📞 Appeler / référer si

  • Torsades, convulsions, arythmie : patron, soins intensifs, code.

  • Hypermagnésémie grave ou IR sévère : néphrologie (hémodialyse).
  • Dialyse : prudence extrême, aviser la pharmacie et la néphrologie.

🔗 Ressources et raisonnement

Repères

  • Valeur normale : environ 0,70–1,00 mmol/L (vérifier les valeurs du laboratoire local) ; hypomagnésémie < 0,70, sévère < 0,50 mmol/L.
  • Conversions : 1 mmol/L = 2 mEq/L = 2,43 mg/dL. Les tableaux américains (mg/dL) et les monographies (mEq/L) doivent être convertis.
  • 1 g de MgSO₄ (heptahydraté) = environ 4 mmol (8 mEq) de Mg élémentaire.
  • Le Mg sérique reflète mal les réserves (Mg surtout intracellulaire et osseux) : un Mg « normal-bas » n'exclut pas un déficit.

Hypomagnésémie

Causes

Mécanisme Exemples
Pertes digestives Diarrhée, stomie à haut débit, malabsorption, IPP au long cours, pancréatite
Pertes rénales Diurétiques (anse, thiazides), alcool, aminosides, amphotéricine B, cisplatine, inhibiteurs de la calcineurine, cétuximab, diurèse post-obstructive, ACD
Redistribution Syndrome de réalimentation, insuline, « hungry bone » post-parathyroïdectomie
Apport insuffisant Alcoolisme, malnutrition, NPO prolongé
  • FE Mg = (Mg urinaire × créat sérique) / (0,7 × Mg sérique × créat urinaire) × 100. > 4 % chez un patient hypomagnésémique : perte rénale ; < 2 % : perte digestive ou apport insuffisant. Une FE < 4 % n'exclut pas une perte rénale si le DFG est bas ou l'hypomagnésémie sévère.

Manifestations

  • Neuromusculaires : tremblements, fasciculations, Chvostek et Trousseau, tétanie, convulsions.
  • Cardiaques : QT long, arythmies ventriculaires, torsades de pointes, toxicité de la digoxine accrue.
  • Métaboliques : hypokaliémie réfractaire (fuite rénale de K), hypocalcémie (résistance et baisse de sécrétion de PTH).

Traitement

Urgence (torsades, convulsions, arythmie)

  • Torsades de pointes avec pouls : MgSO₄ 2 g IV dans 100 mL de NaCl 0,9 % en 5 min ; sans pouls : 2 g IV/IO direct (protocole SMU de la Nouvelle-Écosse, 2022).
  • Hypomagnésémie sévère ou symptomatique : 5 g (20 mmol) IV, à répéter selon le Mg sérique ; jusqu'à 40 g (160 mmol) sur 5 jours peuvent être nécessaires. Monitorage ECG si tétanie, convulsions ou arythmie.

Non urgent : réplétion IV selon le Mg sérique

Mg sérique (mmol/L) MgSO₄ IV (fonction rénale normale)
0,50–0,70 (léger), si la voie orale est impossible 1–5 g (4–20 mmol) selon le taux
< 0,50 (sévère) ou symptomatique 5 g (20 mmol), à répéter selon le Mg
  • Débit habituel : 1–2 g/h (4–8 mmol/h), maximum 9 g/h. Diluer : ≤ 20 % par voie centrale, ≤ 5–10 % en périphérie. Exemples : 2 g dans 100 mL NaCl 0,9 % en 2 h ; 4 g dans 250 mL en 4 h (selon le protocole local).
  • La voie orale est la 1re intention si le déficit est léger et asymptomatique.
  • Poursuivre la réplétion 1 à 2 jours après la normalisation (les réserves se reconstituent lentement).
  • Insuffisance rénale :
  • IRC stades 1–3 : IV avec prudence, réduire la dose initiale de 25–50 % ; pas d'ajustement de la dose orale.
  • IRC stades 4–5, IRA, dialyse ou greffe : avis spécialisé (aucune donnée publiée pour guider la dose). Monographie : ne pas dépasser 20 g sur 48 h en insuffisance rénale sévère.
  • Mg de contrôle après chaque dose IV, avec K, Ca et créatinine.

⚠️ Mis à jour (NHS SPS, 2024 ; monographie canadienne du MgSO₄, 2022) : la règle « réduire de 50 % si DFGe < 30 » est remplacée par une réduction de 25–50 % en IRC 1–3 et un avis spécialisé en IRC 4–5, IRA ou dialyse. Le tableau de doses par palier (0,60–0,70 / 0,40–0,59 / < 0,40) est remplacé par les paliers léger (0,5–0,7) et sévère (< 0,5).

💡 Notes de Dr H. : « HypoK = HypoMg » (Corey Slovis). Devant une hypokaliémie qui résiste, on donne du Mg avant de rajouter du K. Même logique pour l'hypocalcémie.

Voie orale (déficit léger, chronique ou entretien)

  • 10 à 24 mmol/j de Mg élémentaire en doses fractionnées, aux repas ; commencer bas et augmenter selon la tolérance. Exemple : oxyde de magnésium 400–800 mg/j (≈ 10–20 mmol), ou citrate, chlorure ou glucoheptonate de Mg selon le produit disponible (vérifier la teneur en Mg élémentaire).
  • Effet limitant : diarrhée (fractionner les doses).
  • Contrôler le Mg environ 7 jours après le début, puis selon la cause.
  • Chercher et corriger la cause : cesser l'IPP non indiqué, réduire le diurétique de l'anse si possible.
  • Prudence avec les suppléments ambulatoires en insuffisance rénale.

Hypermagnésémie

  • Presque toujours insuffisance rénale + apport (laxatifs ou antiacides magnésiens, lavements, sulfate de Mg en prééclampsie).
Mg sérique (mmol/L) Manifestations (monographie du MgSO₄)
> 2 Diminution des réflexes ostéotendineux ; rougeur, hypotension, somnolence
≈ 5 Abolition des réflexes ostéotendineux
6–7,5 Paralysie respiratoire
> 7,5 Arrêt cardiaque (en diastole)
  • Un BAV complet peut survenir à des taux bien inférieurs à 5 mmol/L.
  • Traitement :
  • Cesser toute source de Mg ; maintenir une bonne diurèse.
  • Symptomatique ou Mg > 4 mmol/L : gluconate de calcium 10 %, 10 mL (1 g) IV lent (antagoniste temporaire) ; Mg de contrôle après 4 h, répéter le calcium au besoin.
  • Hémodialyse si le Mg ne baisse pas suffisamment, insuffisance rénale sévère ou toxicité grave.

Pièges et perles

  • Les réflexes ostéotendineux sont le meilleur moniteur clinique chez la patiente sous MgSO₄ (prééclampsie).
  • Les patients alcooliques, en réalimentation ou en ACD ont souvent un triple déficit K, Mg, PO₄ : les vérifier ensemble.
  • L'hypomagnésémie induite par les IPP est un effet de classe.
  • Le Mg sérique peut être faussement élevé en cas d'hémolyse du prélèvement.

Références