Dr H. Hospitaliste

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Influenza

InfectiologieFiche révisée · oct. 2026

💊 Doses / traitement

En bref : Tout patient hospitalisé avec une influenza suspectée ou confirmée reçoit de l'oseltamivir 75 mg PO bid (ajusté à la fonction rénale) dès que possible, sans attendre le résultat du TAAN et même après 48 h de symptômes. La durée est de 5 jours, prolongée en cas de forme sévère ou d'immunosuppression. Il faut rechercher une surinfection bactérienne (S. aureus, pneumocoque, SGA). Les corticostéroïdes ne sont pas indiqués pour l'influenza elle-même.

🩺 Au chevet

🚩 Signaux d'alarme

  • Hypoxémie, pneumonie, atteinte du SNC, myocardite, rhabdomyolyse
  • Aggravation après amélioration initiale ou pas mieux en 3–5 j : surinfection bactérienne
  • Pneumonie nécrosante, hémoptysie, choc, leucopénie : SARM post-influenza
  • Personne âgée : delirium, chute ou déclin sans fièvre ni toux ✅ À faire maintenant

  • TAAN multiplex (influenza, VRS, SARS-CoV-2) ; précautions gouttelettes-contact

  • Forme sévère : hémocultures × 2, expectorations, antigènes urinaires, écouvillon nasal SARM, procalcitonine
  • Créatinine pour ajuster (sans retarder la 1re dose) ; liquides avec prudence 💊 Premières ordonnances

  • Oseltamivir 75 mg PO bid × 5 j dès maintenant, même > 48 h et sans attendre le TAAN

  • ClCr 31–60 : 30 mg bid ; 10–30 : 30 mg die ; hémodialyse : 75 mg × 1 puis après chaque séance
  • Pneumonie bactérienne possible : ceftriaxone 2 g IV die ; + vancomycine ou linézolide 600 mg q12 h si SARM suspecté
  • Pas de corticostéroïdes pour l'influenza elle-même
  • Éclosion : prophylaxie 75 mg PO die avec la PCI 📞 Appeler / référer si

  • Dyspnée, tachypnée, besoin de haut débit ou choc : patron, soins intensifs

  • Éclosion en CHSLD ou à l'unité : PCI ou santé publique
  • Congé : vaccins influenza, pneumocoque, VRS, COVID

🔗 Ressources et raisonnement

Diagnostic

  • Syndrome d'allure grippale : atteinte respiratoire, fièvre et toux ou mal de gorge, d'apparition brusque, avec myalgies et céphalée. La personne âgée peut n'avoir ni fièvre ni toux et se présenter avec un delirium, une chute ou un déclin fonctionnel.
  • TAAN (PCR multiplex influenza, VRS, SARS-CoV-2) : c'est le test de référence chez le patient hospitalisé. Les tests antigéniques rapides sont peu sensibles et ne permettent pas d'exclure l'influenza.
  • Tester les patients admis avec des symptômes respiratoires, de la fièvre ou un changement de comportement (personne âgée) en saison grippale, si le résultat change la conduite (antiviral, PCI).

Personnes à risque de complications

  • ≥ 65 ans, résidents de CHSLD ou de soins de longue durée.
  • Maladies chroniques : pulmonaires, cardiaques, rénales, hépatiques, métaboliques (diabète), neurologiques.
  • Immunosuppression.
  • Grossesse et post-partum (≤ 2 à 4 semaines).
  • IMC ≥ 40.
  • Autochtones.
  • Enfants < 2 ans (< 5 ans).

Traitement antiviral

Indications (traiter peu importe le délai et le statut vaccinal)

  • Tout patient hospitalisé.
  • Forme sévère, compliquée ou progressive (hypoxémie, pneumonie, atteinte du SNC, myocardite, rhabdomyolyse, aggravation d'une maladie chronique).
  • Patient externe à risque de complications.
  • À envisager si les symptômes datent de < 48 h chez une personne en bonne santé, si elle a des contacts à risque à domicile, ou chez un soignant qui soigne des patients à risque.
  • Cesser l'oseltamivir si le TAAN est négatif (et la suspicion faible).

Oseltamivir : doses et ajustement rénal

ClCr (mL/min) Traitement Prophylaxie
> 60 75 mg PO bid 75 mg PO die
31–60 30 mg PO bid 30 mg PO die
10–30 30 mg PO die 30 mg PO q48 h
< 10 (sans dialyse) 75 mg PO × 1 dose Non recommandée, sauf avis spécialisé
Hémodialyse 75 mg × 1, puis 75 mg après chaque séance (ou 30 mg après chaque séance selon le protocole local) 30 mg après une séance sur deux
Dialyse péritonéale 30 mg × 1 30 mg/sem
  • Durée : 5 jours. On peut aller jusqu'à 7–10 jours en cas d'immunosuppression, de pneumonie ou de SDRA, ou chez le patient critique dont la réplication virale persiste.
  • Ne pas retarder la 1re dose en attendant la créatinine. On ajuste ensuite.
  • Pour une sonde nasogastrique, on peut ouvrir les capsules.
  • La double dose (150 mg bid) n'est pas recommandée.
  • Alternatives :
  • Zanamivir inhalé (2e choix ; éviter en MPOC ou en asthme : bronchospasme).
  • Péramivir IV ou baloxavir PO : homologués au Canada, sans recommandation formelle pour le patient hospitalisé ; accès limité.

Patient hospitalisé avec influenza sévère : liste de vérification

  • Bilan :
  • Hémocultures × 2, expectorations (Gram et culture).
  • Antigènes urinaires (Legionella, pneumocoque).
  • Écouvillon nasal pour SARM.
  • Procalcitonine ; ferritine et bilan hépatique.
  • Échographie pleurale au besoin ; TDM si le diagnostic reste incertain (EP, infection opportuniste).
  • Réanimation : liquides avec prudence (pas de bolus systématique de 30 mL/kg). Envisager tôt la canule nasale à haut débit en cas de dyspnée ou de tachypnée.
  • Antiviral : oseltamivir.
  • Antibiotiques si une pneumonie bactérienne est possible :
  • Bêta-lactamine (ceftriaxone 2 g IV die en acquisition communautaire ; pipéracilline-tazobactam si nosocomial ou facteurs de risque de Pseudomonas). Voir la fiche Pneumonie et le guide de l'HCLM.
  • Ajouter une couverture anti-SARM (vancomycine ou linézolide 600 mg PO/IV q12 h) si une pneumonie post-influenza à SARM est suspectée : pneumonie nécrosante, hémoptysie, choc, leucopénie, SARM nasal positif.
  • Désescalader selon les cultures. Si le dépistage SARM est négatif, la couverture SARM peut cesser.

⚠️ Mis à jour : la note d'origine (IBCC, 2019) proposait la vitamine C 1,5 g IV q6 h + thiamine et le naproxène. Ces traitements n'ont pas démontré de bénéfice (essais LOVIT 2022 et CITRIS-ALI pour la vitamine C) et ne sont pas recommandés. Les corticostéroïdes sont associés à une mortalité accrue dans l'influenza. On ne les donne que pour une autre indication : EAMPOC, asthme, insuffisance surrénalienne, choc septique réfractaire.

Surinfection bactérienne : quand y penser

  • Absence d'amélioration après 3 à 5 jours, ou aggravation après une amélioration initiale (fièvre récidivante, nouvel infiltrat).
  • Forme sévère d'emblée, immunosuppression.
  • Agents : S. pneumoniae, S. aureus (dont SARM), S. pyogenes, H. influenzae.

Prévention et contrôle des infections

  • Précautions gouttelettes-contact (voie aérienne si IMGA), en chambre individuelle ou en cohorte.
  • Éclosion en CHSLD ou en unité de soins : la prophylaxie par oseltamivir (dose de prophylaxie ci-dessus) est décidée avec la PCI ou la santé publique.
  • Elle dure en général jusqu'à 10 jours après le début des symptômes du dernier cas de l'unité. Les patients qui quittent l'unité continuent 3 jours.
  • On la donne à tous les résidents, vaccinés ou non.
  • Contact étroit hors éclosion (≥ 4 h dans la même pièce) d'une personne à risque : prophylaxie jusqu'à 3 jours après le dernier contact, à amorcer dans les 48 h.
  • Vaccination annuelle des patients à risque et des travailleurs de la santé. Au congé, vérifier aussi les vaccins contre le pneumocoque, le VRS (≥ 60 ans à risque, ≥ 75 ans) et la COVID.

Suivi et congé

  • Congé quand le patient est cliniquement stable (afébrile, SpO₂ stable, s'alimente) ; il termine l'oseltamivir à domicile.
  • Revoir un patient âgé dont la récupération fonctionnelle est lente : le déconditionnement est fréquent.
  • Après l'influenza, il y a un risque accru d'IM et d'AVC dans les jours qui suivent. Rester attentif aux douleurs thoraciques.

Pièges et perles

  • Oseltamivir tardif (> 48 h) chez le patient hospitalisé : il réduit quand même la durée de séjour et la mortalité. On le donne.
  • Un TAAN négatif tôt dans la maladie, ou sur un prélèvement nasal pendant une pneumonie, n'exclut pas tout : envisager un prélèvement des voies respiratoires inférieures chez le patient intubé.
  • Ajuster la dose dès que la créatinine est connue : l'oseltamivir s'accumule en insuffisance rénale (effets neuropsychiatriques, nausées).
  • Grossesse : oseltamivir sans hésiter, à n'importe quel trimestre.

Références