Dr H. Hospitaliste

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Incidentalomes

EndocrinologieFiche révisée · oct. 2026

En bref : Les incidentalomes sont très fréquents, et la grande majorité ne sont pas des cancers : moins de 4 % des nodules pulmonaires chez le fumeur, moins de 0,01 % des nodules thyroïdiens. On suit des critères explicites par organe (Fleischner, ACR, ESE, Bosniak 2019) pour éviter à la fois l'oubli et la cascade d'examens. À l'hôpital, la clé est de documenter la trouvaille et le plan de suivi dans le résumé de congé, et de l'annoncer au patient et au médecin traitant.

🩺 Au chevet

🚩 Signaux d'alarme

  • Nodule pulmonaire > 8 mm, ou partiellement solide avec composante solide ≥ 6 mm
  • Thyroïde : invasion locale, adénopathies anormales, captation focale à la TEP-FDG
  • Surrénale > 20 UH, ≥ 4 cm ou hétérogène ; hormone en excès
  • Rein : Bosniak III–IV ou masse solide rehaussée
  • Hypophyse : macroadénome en contact avec le chiasma ✅ À faire maintenant

  • Se demander si le résultat changera la conduite (âge, comorbidités, objectifs de soins)

  • Poumon : Fleischner selon taille et risque
  • Thyroïde : échographie si ≥ 1,5 cm (≥ 1 cm si < 35 ans) ou signes suspects
  • Surrénale ≥ 1 cm : DST 1 mg pour tous, rénine-aldostérone si HTA ou hypoK, métanéphrines si > 10 UH
  • Hypophyse : prolactine, IGF-1, dépistage du Cushing 💊 Premières ordonnances

  • Pas de traitement : suivi selon le critère de l'organe

  • Surrénale ≤ 10 UH homogène : aucune imagerie de suivi
  • Pas de biopsie surrénalienne avant d'exclure un phéochromocytome 📞 Appeler / référer si

  • Pneumologie : nodule partiellement solide suspect

  • Endocrinologie : MACS, hypersécrétion ; urologie : Bosniak III–IV ou masse solide
  • Gastro-entérologie : kyste pancréatique ≥ 3 cm ou composante solide
  • Au congé : examen, délai et responsable du suivi dans le résumé

🔗 Ressources et raisonnement

📞 Consulter Quand consulter — Endocrinologie · Urgente : consultation intrahospitalière · semi-urgente : intrahospitalière ou externe · élective : en externe

Pourquoi rester mesuré

Organe Patients porteurs d'un incidentalome Probabilité que ce soit un cancer Mortalité à 10 ans liée à ce cancer
Poumon, fumeur 50 % 3,6 % 1,8 %
Poumon, non-fumeur 15 % 0,7 % 0,1 %
Rein 23 % 0,2 % 0,05 %
Foie 15 % 0,5 % 0,08 %
Thyroïde 67 % < 0,01 % 0,005 %

D'après Welch HG et coll., Overdiagnosed (2011).

💡 Avant de lancer un bilan, se demander : le résultat changera-t-il la prise en charge, compte tenu de l'âge, des comorbidités et des objectifs de soins du patient ? Chez un patient en fin de vie ou en CHSLD, ne rien faire est souvent la bonne réponse. On le documente.

Nodule pulmonaire (Fleischner 2017)

Pour les adultes ≥ 35 ans, sans cancer connu ni immunosuppression, hors dépistage du cancer du poumon (Lung-RADS).

Nodule solide unique Faible risque Risque élevé (tabac, âge, emphysème, lobe supérieur, spiculé)
< 6 mm Aucun suivi TDM à 12 mois facultative
6–8 mm TDM à 6–12 mois, puis envisager à 18–24 mois TDM à 6–12 mois et à 18–24 mois
> 8 mm TDM à 3 mois, TEP-TDM ou biopsie Idem
  • Nodules multiples ≥ 6 mm : TDM à 3–6 mois, puis à 18–24 mois. On gère selon le nodule le plus suspect.
  • Verre dépoli pur : < 6 mm, aucun suivi ; ≥ 6 mm, TDM à 6–12 mois, puis q2 ans jusqu'à 5 ans.
  • Partiellement solide ≥ 6 mm : TDM à 3–6 mois. Si la composante solide est ≥ 6 mm, la lésion est très suspecte : avis en pneumologie.

Nodule thyroïdien (ACR, TDM/IRM)

  • Échographie si l'un de ces critères est présent :
  • nodule ≥ 1,5 cm (≥ 1 cm si âge < 35 ans) ;
  • signes suspects : invasion locale, adénopathies anormales ;
  • captation focale à la TEP-FDG (cytoponction recommandée, risque de cancer élevé).
  • Sinon, aucun examen, surtout si l'espérance de vie est limitée.
  • À l'échographie, la décision de cytoponction suit TI-RADS (taille selon le score).

Masse surrénalienne (ESE 2023)

≤ 10 UH, homogène

11-20 UH, < 4 cm, homogène

> 20 UH, ≥ 4 cm
ou hétérogène

≤ 50 nmol/L

> 50 nmol/L, sans Cushing

Oui : aldostérone, Cushing,
phéochromocytome

Masse surrénalienne fortuite ≥ 1 cm

Évaluation clinique
+ DST 1 mg pour tous
+ rénine-aldostérone si HTA ou hypoK

TDM sans contraste :
densité ?

Adénome bénin
Aucune imagerie de suivi

Imagerie complémentaire
ou TDM/IRM à 12 mois

Métanéphrines
Discussion multidisciplinaire
Chirurgie souvent indiquée

Cortisol post-DST ?

Pas de sécrétion autonome

MACS : dépister HTA, diabète,
fractures vertébrales
Endocrinologie

Hormone en excès ?

Endocrinologie
Surrénalectomie à discuter

  • Métanéphrines plasmatiques libres ou urinaires fractionnées si la lésion n'a pas l'aspect d'un adénome typique (> 10 UH).
  • Lésion indéterminée non opérée : une seule TDM ou IRM à 6–12 mois. On opère si la croissance dépasse 20 % et 5 mm.
  • Pas de biopsie de routine. On la réserve aux rares cas de cancer extrasurrénalien connu, et après avoir exclu un phéochromocytome.

⚠️ Mis à jour (ESE/ENSAT, 2023) : une lésion ≤ 10 UH ne nécessite aucune imagerie de suivi, quelle que soit sa taille. L'ancien suivi systématique est abandonné. On parle maintenant de MACS (sécrétion autonome légère de cortisol) quand le cortisol post-DST dépasse 50 nmol/L. On ne refait pas de dosages hormonaux sans nouvel élément clinique.

Kyste et masse rénale (Bosniak 2019)

Les kystes rénaux sont présents chez environ 12 % des adultes, et chez jusqu'à 36 % des octogénaires.

Catégorie Aspect (TDM ou IRM) Risque de malignité Conduite
I Paroi mince (≤ 2 mm), liquide homogène, sans cloison Bénin Aucun suivi
II 1–3 cloisons fines, calcifications ; kyste hyperdense homogène Bénin Aucun suivi
IIF Paroi ou cloisons légèrement épaissies (3 mm), ou ≥ 4 cloisons fines Faible (surtout indolent) Imagerie à 6 et 12 mois, puis q1 an jusqu'à 5 ans
III Paroi ou cloisons épaisses (≥ 4 mm) ou irrégulières, rehaussées Intermédiaire (environ 50 %) Urologie : surveillance active, ablation ou chirurgie
IV Nodule rehaussé Élevé (jusqu'à 90 %) Urologie : chirurgie
  • Une masse rénale solide rehaussée (hors angiomyolipome graisseux) est un carcinome rénal jusqu'à preuve du contraire : TDM ou IRM protocole rénal et urologie.
  • Un kyste « indéterminé » vu sur une TDM non dédiée se caractérise par une TDM ou une IRM protocole rénal, ou par une échographie si le kyste semble simple.

⚠️ Mis à jour (Bosniak version 2019) : les critères sont maintenant quantitatifs (épaisseur en mm, nombre de cloisons) et s'appliquent aussi à l'IRM. La catégorie III se gère désormais souvent par surveillance active plutôt que par chirurgie d'emblée. Le suivi IIF dure 5 ans.

Autres incidentalomes fréquents

Lésion Conduite résumée
Foie, patient sans risque (sans cirrhose ni cancer) < 1 cm : bénin, aucun suivi. Hémangiome ou HNF typiques : aucun suivi. Lésion indéterminée ≥ 1,5 cm : IRM. Cirrhose : approche LI-RADS
Kyste pancréatique IRM/MRCP. Un suivi est souvent nécessaire (ACR 2017). Gastro-entérologie si ≥ 3 cm, composante solide ou canal de Wirsung dilaté
Hypophyse Dosage de la prolactine et de l'IGF-1, dépistage du Cushing. Si macroadénome (≥ 1 cm) : bilan d'hypopituitarisme, champs visuels si contact avec le chiasma, IRM de contrôle à 6 mois
Ganglions médiastinaux < 1 cm (petit axe) Habituellement non significatifs
Kyste ovarien simple (post-ménopause) ≤ 3 cm : aucun suivi ; sinon échographie pelvienne selon les critères O-RADS

Suivi et congé

  • Inscrire chaque incidentalome dans la liste de problèmes et dans le résumé de congé, avec l'examen recommandé et son délai.
  • Désigner qui fait le suivi. Si le patient n'a pas de médecin de famille, prévoir une requête ou passer par le GAP.
  • Informer le patient de façon claire et rassurante (« très probablement bénin »).
  • Les incidentalomes perdus de vue sont une source fréquente d'événements indésirables et de litiges.

Références