En bref : Les incidentalomes sont très fréquents, et la grande majorité ne sont pas des cancers : moins de 4 % des nodules pulmonaires chez le fumeur, moins de 0,01 % des nodules thyroïdiens. On suit des critères explicites par organe (Fleischner, ACR, ESE, Bosniak 2019) pour éviter à la fois l'oubli et la cascade d'examens. À l'hôpital, la clé est de documenter la trouvaille et le plan de suivi dans le résumé de congé, et de l'annoncer au patient et au médecin traitant.
🩺 Au chevet
🚩 Signaux d'alarme
- Nodule pulmonaire > 8 mm, ou partiellement solide avec composante solide ≥ 6 mm
- Thyroïde : invasion locale, adénopathies anormales, captation focale à la TEP-FDG
- Surrénale > 20 UH, ≥ 4 cm ou hétérogène ; hormone en excès
- Rein : Bosniak III–IV ou masse solide rehaussée
-
Hypophyse : macroadénome en contact avec le chiasma ✅ À faire maintenant
-
Se demander si le résultat changera la conduite (âge, comorbidités, objectifs de soins)
- Poumon : Fleischner selon taille et risque
- Thyroïde : échographie si ≥ 1,5 cm (≥ 1 cm si < 35 ans) ou signes suspects
- Surrénale ≥ 1 cm : DST 1 mg pour tous, rénine-aldostérone si HTA ou hypoK, métanéphrines si > 10 UH
-
Hypophyse : prolactine, IGF-1, dépistage du Cushing 💊 Premières ordonnances
-
Pas de traitement : suivi selon le critère de l'organe
- Surrénale ≤ 10 UH homogène : aucune imagerie de suivi
-
Pas de biopsie surrénalienne avant d'exclure un phéochromocytome 📞 Appeler / référer si
-
Pneumologie : nodule partiellement solide suspect
- Endocrinologie : MACS, hypersécrétion ; urologie : Bosniak III–IV ou masse solide
- Gastro-entérologie : kyste pancréatique ≥ 3 cm ou composante solide
- Au congé : examen, délai et responsable du suivi dans le résumé
🔗 Ressources et raisonnement
📞 Consulter Quand consulter — Endocrinologie · Urgente : consultation intrahospitalière · semi-urgente : intrahospitalière ou externe · élective : en externe
Pourquoi rester mesuré
| Organe | Patients porteurs d'un incidentalome | Probabilité que ce soit un cancer | Mortalité à 10 ans liée à ce cancer |
|---|---|---|---|
| Poumon, fumeur | 50 % | 3,6 % | 1,8 % |
| Poumon, non-fumeur | 15 % | 0,7 % | 0,1 % |
| Rein | 23 % | 0,2 % | 0,05 % |
| Foie | 15 % | 0,5 % | 0,08 % |
| Thyroïde | 67 % | < 0,01 % | 0,005 % |
D'après Welch HG et coll., Overdiagnosed (2011).
💡 Avant de lancer un bilan, se demander : le résultat changera-t-il la prise en charge, compte tenu de l'âge, des comorbidités et des objectifs de soins du patient ? Chez un patient en fin de vie ou en CHSLD, ne rien faire est souvent la bonne réponse. On le documente.
Nodule pulmonaire (Fleischner 2017)
Pour les adultes ≥ 35 ans, sans cancer connu ni immunosuppression, hors dépistage du cancer du poumon (Lung-RADS).
| Nodule solide unique | Faible risque | Risque élevé (tabac, âge, emphysème, lobe supérieur, spiculé) |
|---|---|---|
| < 6 mm | Aucun suivi | TDM à 12 mois facultative |
| 6–8 mm | TDM à 6–12 mois, puis envisager à 18–24 mois | TDM à 6–12 mois et à 18–24 mois |
| > 8 mm | TDM à 3 mois, TEP-TDM ou biopsie | Idem |
- Nodules multiples ≥ 6 mm : TDM à 3–6 mois, puis à 18–24 mois. On gère selon le nodule le plus suspect.
- Verre dépoli pur : < 6 mm, aucun suivi ; ≥ 6 mm, TDM à 6–12 mois, puis q2 ans jusqu'à 5 ans.
- Partiellement solide ≥ 6 mm : TDM à 3–6 mois. Si la composante solide est ≥ 6 mm, la lésion est très suspecte : avis en pneumologie.
Nodule thyroïdien (ACR, TDM/IRM)
- Échographie si l'un de ces critères est présent :
- nodule ≥ 1,5 cm (≥ 1 cm si âge < 35 ans) ;
- signes suspects : invasion locale, adénopathies anormales ;
- captation focale à la TEP-FDG (cytoponction recommandée, risque de cancer élevé).
- Sinon, aucun examen, surtout si l'espérance de vie est limitée.
- À l'échographie, la décision de cytoponction suit TI-RADS (taille selon le score).
Masse surrénalienne (ESE 2023)
- Métanéphrines plasmatiques libres ou urinaires fractionnées si la lésion n'a pas l'aspect d'un adénome typique (> 10 UH).
- Lésion indéterminée non opérée : une seule TDM ou IRM à 6–12 mois. On opère si la croissance dépasse 20 % et 5 mm.
- Pas de biopsie de routine. On la réserve aux rares cas de cancer extrasurrénalien connu, et après avoir exclu un phéochromocytome.
⚠️ Mis à jour (ESE/ENSAT, 2023) : une lésion ≤ 10 UH ne nécessite aucune imagerie de suivi, quelle que soit sa taille. L'ancien suivi systématique est abandonné. On parle maintenant de MACS (sécrétion autonome légère de cortisol) quand le cortisol post-DST dépasse 50 nmol/L. On ne refait pas de dosages hormonaux sans nouvel élément clinique.
Kyste et masse rénale (Bosniak 2019)
Les kystes rénaux sont présents chez environ 12 % des adultes, et chez jusqu'à 36 % des octogénaires.
| Catégorie | Aspect (TDM ou IRM) | Risque de malignité | Conduite |
|---|---|---|---|
| I | Paroi mince (≤ 2 mm), liquide homogène, sans cloison | Bénin | Aucun suivi |
| II | 1–3 cloisons fines, calcifications ; kyste hyperdense homogène | Bénin | Aucun suivi |
| IIF | Paroi ou cloisons légèrement épaissies (3 mm), ou ≥ 4 cloisons fines | Faible (surtout indolent) | Imagerie à 6 et 12 mois, puis q1 an jusqu'à 5 ans |
| III | Paroi ou cloisons épaisses (≥ 4 mm) ou irrégulières, rehaussées | Intermédiaire (environ 50 %) | Urologie : surveillance active, ablation ou chirurgie |
| IV | Nodule rehaussé | Élevé (jusqu'à 90 %) | Urologie : chirurgie |
- Une masse rénale solide rehaussée (hors angiomyolipome graisseux) est un carcinome rénal jusqu'à preuve du contraire : TDM ou IRM protocole rénal et urologie.
- Un kyste « indéterminé » vu sur une TDM non dédiée se caractérise par une TDM ou une IRM protocole rénal, ou par une échographie si le kyste semble simple.
⚠️ Mis à jour (Bosniak version 2019) : les critères sont maintenant quantitatifs (épaisseur en mm, nombre de cloisons) et s'appliquent aussi à l'IRM. La catégorie III se gère désormais souvent par surveillance active plutôt que par chirurgie d'emblée. Le suivi IIF dure 5 ans.
Autres incidentalomes fréquents
| Lésion | Conduite résumée |
|---|---|
| Foie, patient sans risque (sans cirrhose ni cancer) | < 1 cm : bénin, aucun suivi. Hémangiome ou HNF typiques : aucun suivi. Lésion indéterminée ≥ 1,5 cm : IRM. Cirrhose : approche LI-RADS |
| Kyste pancréatique | IRM/MRCP. Un suivi est souvent nécessaire (ACR 2017). Gastro-entérologie si ≥ 3 cm, composante solide ou canal de Wirsung dilaté |
| Hypophyse | Dosage de la prolactine et de l'IGF-1, dépistage du Cushing. Si macroadénome (≥ 1 cm) : bilan d'hypopituitarisme, champs visuels si contact avec le chiasma, IRM de contrôle à 6 mois |
| Ganglions médiastinaux < 1 cm (petit axe) | Habituellement non significatifs |
| Kyste ovarien simple (post-ménopause) | ≤ 3 cm : aucun suivi ; sinon échographie pelvienne selon les critères O-RADS |
Suivi et congé
- Inscrire chaque incidentalome dans la liste de problèmes et dans le résumé de congé, avec l'examen recommandé et son délai.
- Désigner qui fait le suivi. Si le patient n'a pas de médecin de famille, prévoir une requête ou passer par le GAP.
- Informer le patient de façon claire et rassurante (« très probablement bénin »).
- Les incidentalomes perdus de vue sont une source fréquente d'événements indésirables et de litiges.
Références
- Management of adrenal incidentalomas : ESE Clinical Practice Guideline update (Eur J Endocrinol, 2023)
- Bosniak classification of cystic renal masses, version 2019 (Radiopaedia)
- Fleischner Society Guidelines for Incidental Nodule Management (Applied Radiology, 2017)
- Incidental thyroid nodule : recommandations ACR (Radiopaedia)
- Notes personnelles de Dr H. (Apple Notes) : tableau de Welch sur le risque de cancer des incidentalomes, article sur le kyste rénal et classification de Bosniak (Sevcenco 2017).