Dr H. Hospitaliste

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État hyperosmolaire hyperglycémique

EndocrinologieFiche révisée · oct. 2026

💊 Doses / traitement

En bref : L'ÉHH associe une hyperglycémie majeure (≥ 33,3 mmol/L), une hyperosmolalité et une déshydratation profonde, sans acidocétose importante. Il touche surtout la personne âgée diabétique de type 2. La pierre angulaire est le remplissage ; l'insuline vient ensuite, à faible dose (0,05 U/kg/h). On corrige lentement l'osmolalité et le sodium. La mortalité (5–20 %) dépasse celle de l'acidocétose : il faut traiter le déclencheur et prévenir la thrombose.

🩺 Au chevet

🚩 Signaux d'alarme

  • Osm > 350, Na > 160, pH < 7,1, K < 3,5 ou > 6, GCS < 12, instabilité, IRA anurique.
  • BHB ≥ 3 ou pH < 7,30 : forme mixte → protocole ACD.
  • Coma avec Osm < 320 : chercher une autre cause ; déficit focal → CT cérébral. ✅ À faire maintenant

  • Glucose, électrolytes, urée, créatinine ; Osm efficace et totale, Na corrigé, TA.

  • BHB, gaz veineux, osmolalité mesurée, FSC, CK, lactate, Mg, phosphate, lipase.
  • Troponine, ECG ; cultures, analyse d'urine, RX pulmonaire (déclencheur).
  • Glucose q1h ; électrolytes et Osm q2–4h ; diurèse horaire, état mental. 💊 Premières ordonnances

  • NaCl 0,9 % ou LR 500–1000 mL/h × 2–4 h (bolus de 250 mL si âgé, IC ou IRC).

  • K < 3,5 : KCl 10–20 mmol/h et retarder l'insuline ; 3,5–5,0 : KCl 20–40 mmol/L ; > 5,0 : pas de KCl.
  • Insuline IV fixe 0,05 U/kg/h sans bolus ; D5–D10 % si glucose < 13,9, viser 11–14 mmol/L.
  • Na ≤ 10 mmol/L/24 h ; Osm 3–8 mOsm/kg/h max.
  • Thromboprophylaxie (HBPM) ; pas de bicarbonate. 📞 Appeler / référer si

  • Soins intensifs selon les critères ci-dessus.

  • Patron : glycémie ou état mental qui ne s'améliore pas.
  • Transition : insuline basale SC 1–2 h avant l'arrêt de la perfusion.

🔗 Ressources et raisonnement

Définition

Critère (consensus ADA/EASD/JBDS, 2024) Seuil
Glucose plasmatique ≥ 33,3 mmol/L (600 mg/dL)
Osmolalité Efficace > 300 mOsm/kg (2 × Na + glucose) ou totale > 320 (+ urée)
Cétones β-hydroxybutyrate < 3,0 mmol/L (cétonurie ≤ 2+)
Équilibre acido-basique pH ≥ 7,30 et HCO₃ ≥ 15 mmol/L
  • Forme mixte ÉHH-ACD (environ un tiers des cas) : critères des deux. On la traite selon le protocole d'acidocétose.
  • Le déficit hydrique est important : 100–200 mL/kg, soit 8–12 L chez un adulte de 70 kg.

⚠️ Mis à jour (consensus ADA/EASD/JBDS/AACE/DTS, 2024) : l'atteinte de l'état mental n'est plus un critère diagnostique. Le seuil de HCO₃ passe de 18 à 15 mmol/L, et l'osmolalité efficace > 300 est acceptée.

Déclencheurs à chercher

  • Infection (pneumonie, infection urinaire, cellulite, pied diabétique) : la cause la plus fréquente.
  • Accès réduit à l'eau : démence, grabataire, CHSLD, canicule.
  • Événement aigu : AVC, infarctus, pancréatite, embolie pulmonaire, ischémie mésentérique.
  • Médicaments : glucocorticoïdes, thiazides, antipsychotiques atypiques, diurétiques, nutrition entérale ou parentérale. Les iSGLT2 donnent plutôt une ACD euglycémique.
  • Diabète non connu ou insulinothérapie interrompue.

Évaluation initiale

Examen Commentaire
Glucose, électrolytes, urée, créatinine Calculer Osm efficace et totale, Na corrigé, trou anionique
β-hydroxybutyrate, gaz veineux Écarte une ACD ou une forme mixte
Osmolalité mesurée Comparer à la calculée
FSC, CK, lactate, Mg, phosphate, lipase Rhabdomyolyse, pancréatite
Troponine, ECG Ischémie silencieuse, effet de la kaliémie
Cultures, analyse d'urine, RX pulmonaire Foyer infectieux
CT cérébral Si déficit focal ou si l'état mental ne s'améliore pas avec la baisse de l'osmolalité
  • Na corrigé = Na mesuré + 2,4 × [(glucose − 5,6) / 5,6]. Un Na mesuré normal ou élevé avec une hyperglycémie majeure témoigne d'un déficit d'eau libre important.
  • L'atteinte neurologique est corrélée à l'osmolalité efficace (souvent > 320–330). Si le patient est comateux avec une osmolalité < 320, chercher une autre cause.

Prise en charge

1. Remplissage (priorité)

  • NaCl 0,9 % ou Lactate Ringer, 500–1000 mL/h pendant les 2–4 premières heures. Chez la personne âgée, en IC ou en IRC : bolus de 250 mL et réévaluations fréquentes.
  • Remplacer environ 50 % du déficit en 12 h et le reste en 24–48 h. Viser une diurèse > 0,5 mL/kg/h.
  • Le remplissage seul fait souvent baisser la glycémie de façon notable (dilution et glycosurie).
  • NaCl 0,45 % : seulement si l'osmolalité ne baisse plus malgré un apport liquidien et une insuline adéquats.

2. Potassium

Kaliémie Conduite
< 3,5 mmol/L KCl 10–20 mmol/h IV ; retarder l'insuline jusqu'à K > 3,5 ; moniteur cardiaque
3,5–5,0 KCl 20–40 mmol par litre de soluté ; viser 4–5
> 5,0 Pas de KCl ; contrôle q2h

3. Insuline

  • Perfusion IV à débit fixe de 0,05 U/kg/h, sans bolus.
  • Ajouter du D5 % ou D10 % quand la glycémie descend sous 13,9 mmol/L. Viser 11–14 mmol/L jusqu'à la résolution (glycémie plus haute tolérée les premières 24 h).
  • Si significativement cétosique (BHB ≥ 3) ou acidosique : protocole d'ACD, 0,1 U/kg/h.

💡 Les lignes directrices britanniques (JBDS) proposent de commencer par le remplissage seul et d'attendre que la glycémie cesse de baisser avant d'ajouter l'insuline, sauf si les cétones sont > 1 mmol/L. Le but est d'éviter une chute brutale de l'osmolalité. C'est une option raisonnable chez la personne âgée très déshydratée.

4. Vitesse de correction

Paramètre Limite
Glucose Baisse d'environ 3–6 mmol/L/h (≤ 5–6,7)
Osmolalité 3–8 mOsm/kg/h au maximum
Sodium ≤ 10 mmol/L / 24 h
  • Une légère hausse du Na mesuré pendant que le glucose baisse est attendue. Ce qui compte, c'est que l'osmolalité baisse.
  • Une chute rapide de l'osmolalité expose à l'œdème cérébral et à la démyélinisation osmotique.

5. Mesures associées

  • Thromboprophylaxie (HBPM) dès l'admission, sauf contre-indication : le risque thromboembolique est élevé.
  • Protection des talons et soins de la peau : patients âgés immobilisés, déshydratés, souvent neuropathiques.
  • Phosphate seulement si < 0,32 mmol/L ou s'il y a une atteinte cardiaque, respiratoire ou une rhabdomyolyse.
  • Pas de bicarbonate (pas d'acidose significative).
  • Soins intensifs si : Osm > 350, Na > 160, pH < 7,1, K < 3,5 ou > 6, GCS < 12, instabilité hémodynamique, IRA anurique.

Surveillance

  • Glycémie capillaire q1h.
  • Électrolytes, urée, créatinine, osmolalité calculée q2–4h (q2h au début).
  • BHB q2–4h si forme mixte.
  • Bilan entrées-sorties, diurèse horaire (sonde au besoin), état mental et neurologique.

Algorithme

< 3,5

3,5-5,0

> 5,0

Oui

Non

Glucose ≥ 33,3 mmol/L
Osm efficace > 300 ou totale > 320
pH ≥ 7,30, HCO3 ≥ 15, BHB < 3

ÉHH
chercher le déclencheur

BHB ≥ 3 ou pH < 7,30

ÉHH-ACD mixte
protocole ACD : insuline 0,1 U/kg/h

NS 0,9 % ou LR 500-1000 mL/h x 2-4 h
bolus de 250 mL si IC ou IRC

Kaliémie ?

KCl 10-20 mmol/h
RETARDER l'insuline

KCl 20-40 mmol par litre
viser K 4-5

Pas de KCl
K q2h

Insuline IV fixe 0,05 U/kg/h
sans bolus

Glucose q1h, électrolytes et Osm q2-4h
Na corrigé, diurèse, état mental

Glucose < 13,9 mmol/L ?

Ajouter D5-D10 %
viser 11-14 mmol/L

Résolution : Osm < 300,
glucose < 13,9, diurèse > 0,5 mL/kg/h,
état mental amélioré

Insuline basale SC 1-2 h
avant d'arrêter la perfusion

Résolution et transition

  • Critères : osmolalité < 300 mOsm/kg, glucose < 13,9 mmol/L, diurèse > 0,5 mL/kg/h, état mental amélioré.
  • Passer à l'insuline SC quand le patient mange. Donner l'insuline basale 1–2 h avant d'arrêter la perfusion.
  • Dose : 0,3–0,6 U/kg/j au total (régime basal-bolus), plus faible chez la personne âgée, frêle ou insuffisante rénale ; ou reprendre la dose d'avant l'admission.
  • Beaucoup de patients de type 2 pourront ensuite revenir aux antihyperglycémiants oraux : réévaluer en externe.

Suivi et congé

  • Enseignement : hydratation, jours de maladie, autosurveillance glycémique.
  • Revoir les médicaments déclencheurs (corticoïdes, thiazides, antipsychotiques).
  • iSGLT2 : ne pas les reprendre avant la résolution complète et une alimentation normale ; réévaluer leur pertinence.
  • Plan d'hydratation et de surveillance pour les patients de CHSLD : accès à l'eau, signes d'alerte.
  • Suivi en 1–2 semaines ; HbA1c si non disponible.

Pièges et perles

  • L'ÉHH s'installe sur des jours (polyurie, soif, confusion) ; l'ACD sur quelques heures.
  • La kaliémie initiale est souvent normale ou haute malgré un déficit total important : elle chute sous insuline.
  • Une glycémie qui ne baisse pas malgré une insuline adéquate : vérifier la perfusion et l'accès, et chercher une infection non contrôlée.
  • La créatinine est souvent élevée (prérénale) : ajuster les médicaments et éviter les néphrotoxiques.

Références