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Dyspnée

PneumologieFiche révisée · oct. 2026

💊 Doses / traitement

En bref : Il faut d'abord reconnaître la détresse (SpO2, FR, tirage, état de conscience, stridor) et stabiliser. On classe ensuite la dyspnée en aiguë (minutes à heures : SCA, IC, EP, pneumothorax, obstruction, anaphylaxie, pneumonie) ou chronique (semaines à mois : MPOC, asthme, IC, valvulopathie, PID, HTP, anémie, déconditionnement). Les examens de base sont l'ECG, la radiographie, les gaz, la FSC et le BNP/NT-proBNP. Les EFR structurent l'investigation de la dyspnée chronique.

🩺 Au chevet

🚩 Signaux d'alarme

  • SpO2 < 90 %, FR > 30, tirage, respiration paradoxale, incapacité à parler, cyanose.
  • Altération de la conscience, stridor, hypotension, silence auscultatoire.
  • Apparition brutale : EP, pneumothorax, corps étranger, OAP flash.
  • Poumons clairs + hypoxémie : EP ; poumons clairs + tachypnée : acidose métabolique. ✅ À faire maintenant

  • ABC, O2, monitoring, POCUS ; exclure pneumothorax sous tension, tamponnade, anaphylaxie, obstruction.

  • Anamnèse : mode d'apparition, douleur thoracique, orthopnée, fièvre, facteurs de risque de TEV, médicaments.
  • Examen : TVJ, crépitants, sibilances, matité, tympanisme, œdème.
  • ECG, radiographie, gaz et lactate, FSC, ions, créatinine, glucose, troponine, BNP/NT-proBNP.
  • EP : Wells ou YEARS, D-dimères ajustés à l'âge, angio-TDM. 💊 Premières ordonnances

  • O2 : SpO2 92–96 % (ne pas dépasser 96 %) ; 88–92 % si risque d'hypercapnie.

  • VNI : EAMPOC avec acidose hypercapnique (pH < 7,35, PaCO2 > 45) ; CPAP ou BiPAP pour l'OAP.
  • Traiter la cause (diurétique, bronchodilatateurs, anticoagulation, drain, antibiotiques) : voir les fiches dédiées.
  • Palliatif : morphine 2,5–5 mg PO q4 h (ou 1–2,5 mg SC, soit la moitié de la dose PO) chez le naïf ; 2,5 mg si fragile. 📞 Appeler / référer si

  • Soins intensifs : signes de gravité persistants, besoin de ventilation.

  • Patron : pneumothorax sous tension, tamponnade, EP instable.
  • Dyspnée chronique : échocardiographie si BNP élevé ; sinon EFR complètes avec DLCO.

🔗 Ressources et raisonnement

Évaluation initiale

  • Signes de gravité : SpO2 < 90 %, FR > 30, tirage, respiration paradoxale, incapacité à parler, cyanose, altération de l'état de conscience, stridor, hypotension, silence auscultatoire.
  • Anamnèse : mode d'apparition (brutal → EP, pneumothorax, corps étranger, OAP flash) ; douleur thoracique ; orthopnée, DPN, œdème ; toux, fièvre, expectorations ; hémoptysie ; tabagisme et expositions ; facteurs de risque de TEV ; médicaments (BB, AINS, amiodarone, méthotrexate) ; anxiété, palpitations.
  • Examen : signes vitaux, TVJ, crépitants, sibilances, matité (épanchement), tympanisme (pneumothorax), souffles, œdème, hippocratisme, pâleur.
Examen Ce qu'il cherche
ECG Ischémie, arythmie (FA), signes d'EP, microvoltage (tamponnade)
Radiographie pulmonaire Pneumonie, OAP, épanchement, pneumothorax, masse, hyperinflation
Gaz (veineux ou artériels), lactate Hypercapnie, acidose métabolique (compensation respiratoire), intoxication aux salicylates
FSC, ions, créatinine, glucose Anémie, insuffisance rénale, acidocétose
Troponine SCA, myocardite, souffrance VD
BNP / NT-proBNP Insuffisance cardiaque
D-dimères (si probabilité faible ou intermédiaire) Exclure une EP
POCUS Lignes B, épanchement, pneumothorax, fonction VG et VD, tamponnade

Peptides natriurétiques (Société canadienne de cardiologie)

IC aiguë peu probable IC aiguë probable
BNP < 100 pg/mL > 400 pg/mL
NT-proBNP < 300 pg/mL > 450 (< 50 ans), > 900 (50–75 ans), > 1800 (> 75 ans)
  • Entre les deux seuils : IC possible, envisager d'autres diagnostics.
  • Les peptides augmentent avec l'âge, l'insuffisance rénale, l'anémie, les maladies pulmonaires, le sepsis, les valvulopathies et l'ischémie. Ils sont plus bas dans l'obésité. Le BNP (mais pas le NT-proBNP) augmente sous sacubitril-valsartan (au moins les 8 premiers mois) : utiliser le NT-proBNP.

Suspicion d'embolie pulmonaire

  • Probabilité clinique (Wells ou YEARS). EP peu probable (Wells ≤ 4,5) : règle PERC ; si PERC négatif (0 critère), risque d'EP < 2 %, arrêter l'investigation.
  • EP peu probable et PERC positif : D-dimères ajustés à l'âge (âge × 10 µg/L après 50 ans ; vérifier les unités du laboratoire) ou algorithme YEARS (3 critères : signes de TVP, hémoptysie, EP = diagnostic le plus probable ; EP exclue si D-dimères < 1000 ng/mL sans critère, < 500 ng/mL avec ≥ 1 critère). Un résultat sous le seuil exclut l'EP.
  • EP probable (Wells > 4,5) ou D-dimères au-dessus du seuil : angio-TDM (scintigraphie V/Q si insuffisance rénale, allergie au contraste, patient jeune ou grossesse). Si l'imagerie est retardée de > 4 h et l'EP probable, envisager l'anticoagulation.

Diagnostic différentiel

Aiguë (minutes à heures) Chronique (semaines à mois)
Cardiaque SCA, IC décompensée, arythmie, tamponnade, valvulopathie aiguë IC, valvulopathie, cardiomyopathie, péricardite constrictive
Voies aériennes Obstruction haute (anaphylaxie, corps étranger, angiœdème), asthme, EAMPOC, bronchite Asthme, MPOC, bronchiectasies
Parenchyme Pneumonie, SDRA, hémorragie alvéolaire PID, sarcoïdose, néoplasie
Vasculaire pulmonaire Embolie pulmonaire, vasculite HTP, maladie thromboembolique chronique
Plèvre Pneumothorax (sous tension), épanchement massif Épanchement pleural
Contrôle respiratoire, métabolique Acidose métabolique (ACD, lactate), salicylates, sepsis Anémie, hyperthyroïdie
Neuromusculaire, paroi Guillain-Barré, myasthénie, fractures de côtes SLA, myopathie, obésité, cyphoscoliose, grossesse
Autres Anxiété, attaque de panique (diagnostic d'exclusion) Déconditionnement, RGO, ascite

Prise en charge

  • O2 pour une SpO2 de 92–96 %, sans dépasser 96 % (BMJ 2018) ; 88–92 % si risque d'hypercapnie (MPOC, obésité-hypoventilation, neuromusculaire ; BTS) en attendant les gaz.
  • VNI (BiPAP) : EAMPOC avec acidose hypercapnique (pH < 7,35, PaCO2 > 45) ; CPAP ou BiPAP pour l'OAP cardiogénique ; lunette nasale à haut débit pour l'insuffisance respiratoire hypoxémique.
  • Traiter la cause : diurétique de l'anse et vasodilatateur (OAP), bronchodilatateurs et corticostéroïdes (asthme, MPOC), anticoagulation (EP), drain (pneumothorax), antibiotiques (pneumonie), transfusion (anémie symptomatique).
  • Dyspnée réfractaire en soins palliatifs : opioïdes à faible dose (p. ex. morphine 5 mg PO q4 h chez le naïf, 2,5 mg si âgé ou fragile, avec entredoses de 2,5–5 mg PO q2 h PRN ; par voie SC, la moitié de la dose PO, soit 1–2,5 mg), ventilateur sur le visage, position, anxiolytique en appoint.

Algorithme

Oui

Non

Brutale

Aiguë, heures à jours

Chronique

Oui

Non

Dyspnée

Signes de gravité ?
SpO2 < 90 %, tirage, stridor,
altération de la conscience, choc

ABC, O2, monitoring, POCUS
Exclure pneumothorax sous tension,
tamponnade, anaphylaxie, obstruction
Soins intensifs au besoin

Apparition

EP : Wells ou YEARS, D-dimères, angio-TDM
Pneumothorax : radiographie, POCUS
Corps étranger, OAP flash

ECG, troponine, radiographie,
gaz, FSC, BNP

SCA, IC décompensée, pneumonie,
EAMPOC, asthme, SDRA,
acidose métabolique

Radiographie, ECG, FSC, TSH,
BNP, spirométrie

BNP élevé ?

Échocardiographie :
IC, valvulopathie, HTP

EFR complètes avec DLCO

Obstructif : asthme, MPOC
Restrictif : PID, paroi, neuromusculaire
DLCO isolée basse : HTP, anémie, PID débutante

Normal : déconditionnement,
obésité, anxiété, test d'effort
cardiopulmonaire

Interprétation des EFR

Profil Résultats Causes
Obstructif VEMS/CVF < LIN Asthme, MPOC, bronchiectasies, bronchiolite
Réversible Après bronchodilatateur : VEMS ou CVF ↑ ≥ 12 % et ≥ 200 mL (ou test à la méthacholine positif) Asthme
Emphysème CPT élevée, DLCO basse MPOC emphysémateuse
Bronchite chronique CPT et DLCO normales Bronchite chronique, bronchiolite, bronchiectasies
Restrictif CPT < LIN, VEMS/CVF normal ou élevé —
Parenchymateux CPT ↓, DLCO ↓ PID
Paroi thoracique CPT et CRF ↓, VR normal, DLCO normale Obésité, cyphoscoliose
Neuromusculaire CPT et CRF ↓, VR ↑, PIM et PEM ↓ SLA, myasthénie, myopathie, paralysie diaphragmatique
Spirométrie normale, DLCO isolée basse — HTP, maladie thromboembolique chronique, anémie, PID ou emphysème débutants

⚠️ Écart (ERS/ATS 2022) : la norme d'interprétation des EFR définit la réponse au bronchodilatateur par une hausse > 10 % de la valeur prédite du VEMS ou de la CVF. Pour diagnostiquer l'asthme chez l'adulte, GINA (2026) maintient le critère VEMS ou CVF ↑ ≥ 12 % et ≥ 200 mL (ou DEP ↑ ≥ 20 %). L'obstruction se définit par un VEMS/CVF < LIN.

Pièges et perles

  • Une acidose métabolique (ACD, sepsis, salicylates, méthanol) se présente souvent comme une « dyspnée » avec des poumons clairs : faire les gaz et calculer le trou anionique.
  • Des poumons clairs avec hypoxémie : penser à l'EP, au shunt, à l'HTP ou à l'atélectasie.
  • La dyspnée « anxieuse » est un diagnostic d'exclusion : SCA, EP et arythmie d'abord.
  • Chez la personne âgée, l'IC et la pneumonie coexistent souvent : BNP, POCUS et réponse au traitement aident à trancher.
  • Dyspnée chronique avec EFR et échographie normales : test d'effort cardiopulmonaire (déconditionnement, limitation cardiaque ou ventilatoire).

Références