Dr H. Hospitaliste

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Syndrome de Cushing et surrénales

EndocrinologieFiche révisée · oct. 2026

💊 Doses / traitement

En bref : Pour le Cushing, on exclut d'abord les glucocorticoïdes exogènes (toutes voies). On dépiste ensuite par 2 tests de 1re ligne : freinage à la dexaméthasone 1 mg (cortisol > 50 nmol/L = non freiné), cortisol salivaire de fin de soirée ou cortisol libre urinaire de 24 h. L'ACTH se dose seulement après confirmation de l'hypercortisolisme ; le freinage « fort » ne figure plus dans les algorithmes actuels. En insuffisance surrénalienne aiguë, on donne l'hydrocortisone 100 mg IV immédiatement, sans attendre la confirmation.

🩺 Au chevet

🚩 Signaux d'alarme

  • Hypotension ou choc chez un patient sous corticoïdes chroniques : crise surrénalienne.
  • Hyperkaliémie, hyponatrémie, hypoglycémie, vomissements chez un patient à risque.
  • Hypercortisolisme sévère : hypokaliémie profonde, infections opportunistes, thromboses.
  • Masse surrénalienne > 4 cm ou croissance rapide. ✅ À faire maintenant

  • Revoir tous les glucocorticoïdes exogènes (PO, inhalés, injections, crèmes) et le ritonavir.

  • Suspicion d'insuffisance : cortisol à 8 h et ACTH, électrolytes, glycémie.
  • Cortisol < 140 nmol/L : très suggestif ; zone grise : test au cosyntropin 250 µg.
  • Cushing : 2 tests de 1re ligne (freinage DXM 1 mg, cortisol salivaire de soirée, cortisol libre urinaire 24 h). Éviter chez le patient hospitalisé pour maladie aiguë.
  • Incidentalome : freinage DXM 1 mg, métanéphrines, aldostérone/rénine si HTA. 💊 Premières ordonnances

  • Crise : hydrocortisone 100 mg IV immédiatement, puis 50 mg IV q6h ; NS 1 L en 1 h.

  • Prélever cortisol et ACTH avant l'hydrocortisone si cela ne retarde pas le traitement ; le test au cosyntropin se fera plus tard.
  • Entretien : hydrocortisone 15–25 mg/j en 2–3 prises ; fludrocortisone 0,05–0,1 mg die si insuffisance primaire.
  • Chirurgie majeure : hydrocortisone 100 mg IV à l'induction, puis 200 mg/24 h.
  • Choc septique réfractaire aux vasopresseurs : hydrocortisone IV empirique (voir la fiche « Sepsis »). 📞 Appeler / référer si

  • Crise surrénalienne : patron, soins intensifs si choc.

  • Hypercortisolisme confirmé ou tests discordants : endocrinologie.
  • Masse surrénalienne indéterminée ou croissante : endocrinologie, chirurgie.

🔗 Ressources et raisonnement

📞 Consulter Quand consulter — Endocrinologie · Urgente : consultation intrahospitalière · semi-urgente : intrahospitalière ou externe · élective : en externe

Syndrome de Cushing

Quand dépister

  • Signes les plus spécifiques : vergetures pourpres larges (> 1 cm), ecchymoses faciles, faiblesse musculaire proximale, pléthore faciale.
  • Situations évocatrices :
  • ostéoporose précoce ou fractures inexpliquées ;
  • HTA ou diabète précoces ou résistants ;
  • obésité centrale progressive ;
  • hirsutisme et aménorrhée ;
  • incidentalome surrénalien ;
  • enfant dont la croissance ralentit pendant qu'il prend du poids.

Tests de dépistage

Test Anormal si Pièges
Freinage à la dexaméthasone 1 mg (23 h, cortisol à 8 h) Cortisol > 50 nmol/L (> 1,8 µg/dL) Faux positifs : œstrogènes (↑ CBG), inducteurs du CYP3A4 (carbamazépine, phénytoïne, rifampicine), malabsorption. Test à privilégier pour l'incidentalome
Cortisol salivaire de fin de soirée (× 2) Au-dessus de la norme du laboratoire Travail de nuit, sommeil perturbé, saignement gingival, tabac, réglisse
Cortisol libre urinaire de 24 h (× 2) > limite supérieure (≥ 3 × la limite : quasi diagnostique) Collecte incomplète, polyurie > 5 L, IRC (faux négatif)
  • Pseudo-Cushing (faux positifs) : dépression, alcoolisme, obésité sévère, diabète mal contrôlé, SOPK, maladie aiguë ou hospitalisation.
  • On évite de dépister un patient hospitalisé pour une maladie aiguë.
  • Si les résultats sont discordants ou légèrement anormaux : répéter et adresser en endocrinologie.

Algorithme diagnostique

Normaux

Anormaux

Basse
< 2,2 pmol/L (< 10 pg/mL)

Normale ou élevée

Adénome ≥ 10 mm
+ tests concordants

Négative ou < 6 mm
(6-9 mm : selon l'expertise)

Gradient central

Pas de gradient

Suspicion clinique
Exclure glucocorticoïdes exogènes
(PO, inhalés, injections, crèmes)

2 tests de 1re ligne :
freinage DXM 1 mg,
cortisol salivaire de soirée,
cortisol libre urinaire 24 h

Cushing peu probable
Répéter si progression

Hypercortisolisme confirmé
(exclure pseudo-Cushing)
→ endocrinologie

ACTH plasmatique
(matin)

ACTH-indépendant :
TDM surrénalienne

Adénome surrénalien
(< 4 cm, lavage rapide)
ou carcinome (> 4 cm,
DHEA-S ↑, androgènes)

ACTH-dépendant :
IRM hypophysaire

Maladie de Cushing
(cause endogène la plus fréquente)

Cathétérisme des sinus
pétreux inférieurs

ACTH ectopique :
TDM thoraco-abdominale
(carcinoïde, petites cellules)

⚠️ Mis à jour (consensus de la Pituitary Society, 2021) : le test de freinage fort (8 mg) et les 17-cétostéroïdes urinaires de l'ancien algorithme ne figurent plus dans l'algorithme de localisation. On localise par l'ACTH (basse si < 10 pg/mL, soit < 2,2 pmol/L ; élevée si > 20 pg/mL), l'IRM hypophysaire et le cathétérisme des sinus pétreux : non nécessaire si adénome ≥ 10 mm avec tests concordants, indiqué si IRM négative ou lésion < 6 mm ; pour 6–9 mm, les experts divergent. Une alternative non invasive (test au CRH + desmopressine et TDM corps entier) existe dans les centres experts.

Prise en charge et perles hospitalières

  • Le traitement est chirurgical : adénomectomie transsphénoïdale, surrénalectomie, résection de la tumeur ectopique. On peut faire précéder ou remplacer la chirurgie par un traitement médical : kétoconazole, métyrapone, osilodrostat.
  • Hypercortisolisme sévère (souvent par ACTH ectopique) :
  • hypokaliémie profonde, alcalose ;
  • HTA, hyperglycémie ;
  • infections opportunistes : prophylaxie anti-Pneumocystis à discuter avec l'endocrinologie ;
  • risque thromboembolique : thromboprophylaxie à discuter avec l'endocrinologie.
  • Après la chirurgie : insuffisance surrénalienne attendue. Remplacement par hydrocortisone jusqu'à récupération de l'axe, parfois pendant des mois.
  • Cushing iatrogène : de loin la cause la plus fréquente. Ne pas cesser brusquement les corticoïdes : risque d'insuffisance surrénalienne.

Incidentalome surrénalien (ESE 2023)

  • Pour tous :
  • freinage à la dexaméthasone 1 mg ;
  • métanéphrines plasmatiques ou urinaires, sauf si la masse est clairement bénigne au TDM (< 10 UH sans contraste) ;
  • rapport aldostérone/rénine si HTA ou hypokaliémie.
  • Cortisol post-dexaméthasone ≤ 50 nmol/L : pas de sécrétion autonome.
  • > 50 nmol/L sans signe de Cushing : sécrétion autonome légère de cortisol (MACS).
  • Dépister et traiter les comorbidités (HTA, diabète, ostéoporose) chaque année. On envisage la chirurgie selon les comorbidités.
  • Imagerie :
  • lésion homogène < 10 UH (riche en lipides) : bénigne, pas de suivi d'imagerie ;
  • lésion indéterminée non opérée : contrôle par TDM ou IRM à 6–12 mois ;
  • croissance > 20 % (et ≥ 5 mm) : chirurgie à envisager.

⚠️ Mis à jour (ESE/ENSAT, 2023) : les anciens seuils (51–138 nmol/L « possible », > 138 nmol/L « autonome ») sont remplacés par un seul seuil, > 50 nmol/L, à interpréter comme une variable continue. Un bilan hormonal initial normal ne se répète pas sans nouvel élément clinique.

Insuffisance surrénalienne

Primaire (Addison) Secondaire ou tertiaire
Causes Auto-immune, TB, métastases, hémorragie (anticoagulants, sepsis), inhibiteurs de point de contrôle, kétoconazole Arrêt des corticoïdes (la plus fréquente), atteinte hypophysaire, opioïdes chroniques, inhibiteurs de point de contrôle (hypophysite)
ACTH ↑ ↓ ou normale
Minéralocorticoïdes Déficit : hyperkaliémie, perte de sel, hyperpigmentation Préservés : hyponatrémie (par ADH) sans hyperkaliémie
  • Diagnostic :
  • cortisol à 8 h < 140 nmol/L (avec ACTH) : très suggestif ;
  • sinon : test au cosyntropin 250 µg IV. Un pic de cortisol à 30 ou 60 min < 500 nmol/L est anormal (seuil plus bas avec certains dosages récents : se fier au laboratoire).
  • ⚠️ Un test au cosyntropin peut être faussement normal si l'atteinte hypophysaire date de moins de 4 à 6 semaines.

Crise surrénalienne (urgence)

  • Hydrocortisone 100 mg IV immédiatement, puis 50 mg IV q6h (ou 200 mg/24 h en perfusion).
  • NS 1 L dans la 1re heure, puis selon la réponse ; ajouter du dextrose si hypoglycémie.
  • Prélever d'abord cortisol et ACTH si c'est possible sans retarder le traitement ; la confirmation (test au cosyntropin) se fait une fois le patient stabilisé, avec l'endocrinologie.
  • Chercher et traiter le déclencheur (infection, chirurgie, vomissements, arrêt du traitement).
  • Diminuer en 1 à 3 jours vers la dose d'entretien : hydrocortisone 15–25 mg/j en 2–3 prises. Ajouter fludrocortisone 0,05–0,1 mg die en insuffisance primaire quand l'hydrocortisone redevient < 50 mg/j.

Couverture de stress et éducation

  • Maladie fébrile : doubler la dose si > 38 °C, tripler si > 39 °C, jusqu'à la guérison (habituellement 2–3 jours) ; augmenter les liquides (« sick day rules »).
  • Vomissements : hydrocortisone 100 mg IM ou SC (trousse d'urgence) et consultation.
  • Chirurgie :
  • mineure ou modérée : hydrocortisone 25–75 mg/24 h pendant 1–2 jours ;
  • majeure : hydrocortisone 100 mg IV à l'induction, puis 200 mg/24 h (perfusion ou 50 mg q6h), puis sevrage rapide.
  • Carte de stéroïdes, bracelet MedicAlert et trousse d'hydrocortisone injectable avec enseignement. Penser à l'insuffisance secondaire chez tout patient ayant reçu une corticothérapie systémique prolongée (plusieurs semaines) dans la dernière année.

Hyperplasie congénitale des surrénales

  • Défaut autosomique récessif de la stéroïdogenèse. Environ 95 % des cas sont dus à un déficit en 21-hydroxylase (mutations de CYP21A2) : ↓ cortisol et aldostérone, ↑ androgènes.
  • Forme classique : virilisation des filles, perte de sel néonatale (hyponatrémie, hyperkaliémie, choc dans les premières semaines de vie). Dépistage néonatal par la 17-OH-progestérone (recommandé dans tous les programmes de dépistage).
  • Forme non classique : hirsutisme, acné, oligoménorrhée à l'adolescence ou chez l'adulte. Elle mime le SOPK : doser la 17-OH-progestérone avant 8 h, en phase folliculaire précoce ; test au cosyntropin si le résultat est indéterminé.
Déficit Cortisol Minéralocorticoïdes Androgènes Tableau
21-hydroxylase ↓ ↓ (perte de sel) ↑ Virilisation, perte de sel
11β-hydroxylase ↓ ↑ DOC : HTA, hypokaliémie ↑ Virilisation + HTA
17α-hydroxylase ↓ ↑ DOC : HTA, hypokaliémie ↓ Impubérisme, phénotype féminin
  • Traitement : glucocorticoïde (hydrocortisone chez l'enfant en croissance), fludrocortisone (+ NaCl chez le nourrisson) en cas de perte de sel. Doses de stress pour fièvre > 38,5 °C, gastroentérite avec déshydratation, chirurgie majeure ou traumatisme majeur ; pas d'augmentation pour le stress quotidien ou une maladie mineure, ni de la fludrocortisone.

Pièges et perles

  • Les corticoïdes inhalés (fluticasone) avec le ritonavir ou le cobicistat peuvent causer un Cushing iatrogène, puis une insuffisance surrénalienne à l'arrêt.
  • Hypokaliémie + HTA : penser à l'hyperaldostéronisme primaire (rapport aldostérone/rénine, selon Hypertension Canada), au Cushing par ACTH ectopique, et à la réglisse.
  • Un cortisol « normal » chez un patient en choc peut être inadéquat. En choc septique réfractaire aux vasopresseurs, on donne l'hydrocortisone de façon empirique (voir la fiche « Sepsis »).
  • Un patient sous corticoïdes chroniques qui arrive en hypotension doit recevoir de l'hydrocortisone d'abord et les questions ensuite.

Références