Dr H. Hospitaliste

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Convulsions et état de mal épileptique

NeurologieFiche révisée · oct. 2026

💊 Doses / traitement

En bref : Une crise tonico-clonique qui dure ≥ 5 min, ou deux crises sans retour à l'état de base, est un état de mal épileptique (EME) : on traite sans attendre. On donne d'abord une benzodiazépine à pleine dose (lorazépam 0,1 mg/kg IV ou midazolam 10 mg IM). Si la crise persiste, on charge un 2e agent (lévétiracétam, fosphénytoïne/phénytoïne ou valproate, d'efficacité équivalente). Si elle persiste encore, on intube et on perfuse midazolam ou propofol. En parallèle, on cherche une cause réversible : glucose, Na, Ca, Mg, toxique, sevrage, infection du SNC, éclampsie.

🩺 Au chevet

🚩 Signaux d'alarme

  • Crise ≥ 5 min ou crises répétées sans récupération = EME
  • Pas de retour à l'éveil en 15–20 min : EME non convulsif jusqu'à preuve du contraire
  • Fièvre, méningisme, déficit focal, trauma, anticoagulation, éclampsie (≤ 6 sem post-partum) ✅ À faire maintenant

  • ABC, position latérale, O₂, monitorage, 2 voies IV

  • Glycémie capillaire immédiate
  • FSC, électrolytes, Ca, Mg, PO₄, urée, créat, CK, gaz, lactate, niveaux d'antiépileptiques, toxicologie, éthanol, β-hCG, ECG
  • TDM cérébrale selon le contexte ; EEG urgent si l'éveil ne revient pas 💊 Premières ordonnances

  • Lorazépam 0,1 mg/kg IV (max 4 mg/dose) à 2 mg/min, répéter 1 fois après 5 min

  • Sans IV : midazolam 10 mg IM si > 40 kg (5 mg si 13–40 kg)
  • 2e agent : lévétiracétam 60 mg/kg IV (max 4 500 mg) OU fosphénytoïne 20 mg EP/kg (max 1 500 mg EP) OU valproate 40 mg/kg (max 3 000 mg)
  • Glycémie basse : thiamine 100 mg IV puis D50 % 50 mL IV
  • Fièvre : antibiotiques + acyclovir 10 mg/kg IV q8h sans attendre TDM ni PL
  • Pas de phénytoïne si crise toxique ou sevrage d'alcool 📞 Appeler / référer si

  • EME réfractaire : soins intensifs, intubation, EEG continu

  • Éclampsie : obstétrique ; 1re crise : neurologie

🔗 Ressources et raisonnement

📞 Consulter Quand consulter — Neurologie · Urgente : consultation intrahospitalière · semi-urgente : intrahospitalière ou externe · élective : en externe

Définitions et classification

  • EME convulsif : crise ≥ 5 min (t1 de l'ILAE) ou crises répétées sans récupération. Les lésions neuronales deviennent probables après 30 min (t2).
  • EME réfractaire : persiste malgré une benzodiazépine et un 2e agent. Super-réfractaire : persiste ≥ 24 h malgré l'anesthésie.
  • EME non convulsif : altération persistante de l'éveil après la fin des mouvements. Il faut l'évoquer si le patient ne récupère pas dans les 15 à 20 min ; le diagnostic se fait à l'EEG.
  • Crises provoquées (fièvre, cause métabolique, trauma, toxique) ou non provoquées. Crises focales, avec ou sans altération de la conscience, pouvant devenir bilatérales. Crises généralisées : tonico-cloniques, absences, myocloniques, atoniques.
  • Phases d'une crise tonico-clonique : tonique (10–20 s), clonique (30–90 s), puis postcritique (minutes à heures : confusion, céphalée, myalgies, somnolence).

Causes de crises provoquées

Catégorie Causes
Métaboliques Hypoglycémie, hypo- ou hypernatrémie, hypocalcémie, hypomagnésémie, hyperglycémie non cétosique, urémie, hyperthyroïdie, syndrome de déséquilibre de dialyse, porphyrie
Toxiques Sevrage d'alcool ou de benzodiazépines ; cocaïne, amphétamines, ISRS/bupropion, tramadol, ATC, isoniazide (INH), théophylline, lidocaïne
Structurales AVC, hémorragie, tumeur, trauma crânien, infection du SNC (méningite, encéphalite HSV, abcès)
Autres Éclampsie (jusqu'à 6 semaines post-partum), PRES, HTA maligne, sepsis, hypoxie

Crise ou autre événement paroxystique ?

Élément Crise épileptique Syncope Crise non épileptique psychogène
Position et début N'importe laquelle ; début brusque Debout ; prodrome (étourdissement, chaleur, sudation) Souvent devant témoin
Teint Normal ou cyanosé Pâleur, diaphorèse Normal
Durée < 2–5 min < 1 min Souvent prolongée (> 5 min), fluctuante
Mouvements Tonico-cloniques synchrones Quelques myoclonies brèves Asynchrones, yeux fermés, mouvements du bassin
Morsure de langue Latérale, fréquente Rare Rare (pointe)
Phase postcritique Confusion prolongée Récupération rapide Variable

💡 Une syncope maintenue en position debout peut « convulser » (syncope convulsive). Quand il n'y a aucun prodrome, il faut chercher une cause cardiaque : ECG (QT long, Brugada, BAV, pré-excitation) et télémétrie.

Évaluation initiale (pendant le traitement)

  • ABC : position latérale, O₂, aspiration, saturométrie, monitorage cardiaque, 2 voies IV.
  • Glycémie capillaire immédiate. Si elle est basse : thiamine 100 mg IV puis D50 % 50 mL IV chez l'adulte.
  • Bilan : FSC, électrolytes, Ca, Mg, PO₄, glucose, urée, créatinine, bilan hépatique, CK, gaz, lactate, niveaux d'antiépileptiques, dépistage toxicologique, éthanol, β-hCG.
  • ECG. TDM cérébrale si c'est une première crise, s'il y a un déficit focal, un trauma, une anticoagulation, une céphalée intense, une immunosuppression ou si le patient ne récupère pas.
  • Fièvre ou méningisme : hémocultures, puis antibiotiques et acyclovir sans attendre la TDM ni la PL.
  • EEG urgent si l'éveil ne revient pas dans les 15–20 min (EME non convulsif) ou en cas de curarisation.

Doses (adulte)

1re ligne : benzodiazépines

Molécule Dose Remarques
Lorazépam IV 0,1 mg/kg (max 4 mg/dose) à 2 mg/min ; répéter 1 fois après 5 min 1er choix si accès IV
Midazolam IM 10 mg si > 40 kg (5 mg si 13–40 kg), dose unique 1er choix sans voie IV (essai RAMPART)
Midazolam IN ou buccal 0,2 mg/kg IN (max 10 mg, 5 mg par narine) Préhospitalier, CHSLD, domicile
Diazépam IV 0,15–0,2 mg/kg (max 10 mg/dose) à 5 mg/min Redistribution rapide : effet bref
Diazépam IR 0,5 mg/kg (max 20 mg) Surtout en pédiatrie

⚠️ On sous-dose souvent les benzodiazépines : une petite dose de 1 à 2 mg de lorazépam est inefficace. Arrêter la crise cause moins de dépression respiratoire que de la laisser se prolonger. On donne au maximum 2 doses, puis on passe au 2e agent.

2e ligne : à débuter dès la 2e dose de benzodiazépine

Molécule Dose de charge Précautions
Lévétiracétam 60 mg/kg IV (max 4 500 mg) en 10–15 min Peu d'interactions, sûr. Ajuster l'entretien à la fonction rénale (500–1 500 mg BID)
Fosphénytoïne 20 mg EP/kg (max 1 500 mg EP) à ≤ 150 mg EP/min Monitorage cardiaque : hypotension, bradycardie, BAV
Phénytoïne 20 mg/kg IV dans du NaCl 0,9 % à ≤ 50 mg/min (25 mg/min chez la personne âgée) ; + 5–10 mg/kg si la crise persiste Monitorage cardiaque. Extravasation (syndrome du gant pourpre). Niveau visé 40–80 µmol/L (corriger selon l'albumine)
Valproate IV 40 mg/kg (max 3 000 mg) en 10 min Éviter en grossesse, hépatopathie, maladie mitochondriale, thrombopénie. Disponibilité variable au Canada
Phénobarbital 15–20 mg/kg IV à 50–100 mg/min Dépression respiratoire et hypotension. Souvent nécessite l'intubation
Lacosamide 200–400 mg IV en 15 min Option si les autres sont contre-indiqués. Allonge le PR : éviter en cas de BAV

⚠️ Mis à jour (ESETT, NEJM 2019 ; AES 2016) : lévétiracétam, fosphénytoïne et valproate sont d'efficacité équivalente : environ 45–50 % d'arrêt de la crise, sans différence de sécurité. On choisit selon le profil du patient et la disponibilité. Le lévétiracétam est souvent privilégié pour sa simplicité. En pédiatrie, ConSEPT et EcLiPSE (2019) donnent le même résultat face à la phénytoïne.

⚠️ La phénytoïne est inefficace, voire nuisible, dans les crises toxiques (cocaïne, anesthésiques locaux, théophylline, ATC) et dans les crises de sevrage d'alcool. Dans ces cas, on donne des benzodiazépines, puis du phénobarbital ou du propofol.

EME réfractaire (soins intensifs, EEG continu)

Molécule Bolus Perfusion
Midazolam 0,2 mg/kg (répéter au besoin) 0,05–2 mg/kg/h
Propofol 1–2 mg/kg 20–200 µg/kg/min ; éviter > 80 µg/kg/min (environ 5 mg/kg/h) plus de 48 h (syndrome de perfusion du propofol)
Kétamine 1–2 mg/kg 1–5 mg/kg/h ; bonne synergie avec le propofol, soutient la TA
Pentobarbital 5–15 mg/kg 0,5–5 mg/kg/h ; hypotension, coma prolongé
  • Une fois les crises contrôlées : maintenir 24–48 h, puis sevrer graduellement sous EEG. Garder un antiépileptique d'entretien à dose thérapeutique.
  • Prévoir une norépinéphrine contre l'hypotension due au propofol ou au midazolam.

Situations particulières

Situation Traitement spécifique
Hypoglycémie D50 % 50 mL IV (thiamine avant chez l'alcoolique ou le dénutri)
Hyponatrémie symptomatique NaCl 3 % 100–150 mL IV en 10–20 min, répétable (voir la fiche Hyponatrémie)
Hypocalcémie Gluconate de calcium 1–2 g IV en 10 min
Hypomagnésémie MgSO₄ 2 g IV
Éclampsie MgSO₄ 4–6 g IV en 15–20 min, puis 1–2 g/h ; obstétrique
Isoniazide Pyridoxine : 1 g par g d'INH ingéré (5 g empirique)
Sevrage d'alcool Benzodiazépines (voir la fiche Sevrage) ; pas de phénytoïne
Méningite ou encéphalite Antibiotiques méningés + acyclovir 10 mg/kg IV q8h sans délai

Première crise non provoquée

  • Bilan minimal : glucose, électrolytes, Ca, Mg, PO₄, FSC, toxiques, β-hCG, ECG, imagerie (TDM à l'urgence, IRM en différé) et EEG (rendement maximal dans les 24–48 h).
  • Une PL seulement s'il y a fièvre, méningisme, immunosuppression ou céphalée inexpliquée.
  • Risque de récidive : environ 21 à 45 % en 2 ans, surtout les 2 premières années. Il est plus élevé si l'EEG est épileptiforme, s'il y a une lésion à l'imagerie, une atteinte neurologique antérieure ou une crise nocturne.
  • Traitement immédiat : il réduit d'environ 35 % le risque de récidive à 2 ans, sans changer le pronostic à long terme. La décision se partage avec le patient et la neurologie.
  • Épilepsie : on la diagnostique après 2 crises non provoquées à plus de 24 h d'intervalle, ou après 1 crise avec un risque de récidive ≥ 60 % (EEG ou IRM anormaux).

Choix de l'antiépileptique selon le patient (Desbiens, FMOQ)

Situation Bons choix À éviter ou prudence
Personne âgée Lamotrigine, lévétiracétam Phénytoïne, carbamazépine (interactions, hyponatrémie)
Contraception orale Lévétiracétam, valproate, gabapentine Inducteurs : carbamazépine, phénytoïne, phénobarbital (prudence : oxcarbazépine, topiramate, lamotrigine)
Désir de grossesse Lamotrigine, lévétiracétam (avec prudence) Valproate, topiramate
Hépatopathie Lévétiracétam, gabapentine, lacosamide Valproate
Insuffisance rénale Ajuster lévétiracétam, gabapentine, lacosamide —
Greffe (antirejet) Lévétiracétam, gabapentine, lamotrigine Inducteurs enzymatiques
BAV à l'ECG — Lacosamide
Obésité Topiramate Valproate, gabapentine
Psychose ou dépression — Lévétiracétam (irritabilité, humeur)
Diurétiques — Oxcarbazépine, carbamazépine (hyponatrémie)

Conduite automobile (Québec)

Situation Permis classe 5 (et 6, 8) Permis classes 1 à 4
Crise toxique ou alcoolique 6 mois 12 mois
Crise unique non provoquée, bilan normal 3 mois 12 mois
Épilepsie diagnostiquée 6 mois sans crise 5 ans sans crise (sans médication)
  • Il faut aviser le patient de ne pas conduire et le documenter au dossier. Le médecin peut déclarer à la SAAQ sans enfreindre le secret professionnel.
  • Délais tirés des notes de Dr H. (FMOQ 2020) ; à confirmer dans le règlement en vigueur sur la santé des conducteurs.

Convulsion fébrile (enfant de 6 mois à 5–6 ans)

  • Simple (70–80 %) : généralisée, < 15 min, unique en 24 h, enfant neurologiquement normal. On cherche le foyer de la fièvre seulement. On rassure : pas de séquelle, récidive environ 30 %, risque d'épilepsie d'environ 2 %. Les antipyrétiques ne préviennent pas la récidive.
  • Complexe : focale, > 15 min ou récidive en 24 h. Elle demande un bilan plus large (EEG, imagerie selon le cas).
  • PL si signes méningés. On l'envisage fortement si l'enfant a < 12 mois ou si sa vaccination est incomplète.

Algorithme de l'état de mal convulsif (adulte)

Oui

Non

Oui

Non

Non

Oui : EME réfractaire

Crise ≥ 5 min ou crises répétées
ABC, O₂, monitorage, 2 voies IV
Glycémie : thiamine 100 mg IV + D50 % si basse

Accès IV ?

Lorazépam 0,1 mg/kg IV
max 4 mg/dose, 2 mg/min
(ou diazépam 0,15-0,2 mg/kg, max 10 mg)

Midazolam 10 mg IM si > 40 kg
(5 mg si 13-40 kg) ou 0,2 mg/kg IN

Crise persiste
après 5 min ?

2e dose de benzodiazépine
+ préparer le 2e agent

Chercher la cause
2e agent si pas de cause
réversible ou risque de récidive

2e agent (10 min) :
lévétiracétam 60 mg/kg max 4,5 g
OU fosphénytoïne 20 mg EP/kg max 1,5 g
OU valproate 40 mg/kg max 3 g

Crise persiste
10-20 min ?

Surveillance de l'éveil
EEG si pas de retour
à l'état de base en 15-20 min

Intubation, soins intensifs
Midazolam ou propofol en perfusion
EEG continu

Persistance : kétamine,
pentobarbital, autre 2e agent

Suivi et congé

  • Congé possible après une première crise si le patient est revenu à l'état de base, que l'examen neurologique est normal, la TDM normale et la cause traitée. Prévoir un EEG, une IRM et un suivi en neurologie (clinique de première crise).
  • Patient épileptique connu : vérifier l'observance et les niveaux ; chercher un déclencheur (privation de sommeil, alcool, infection, interaction médicamenteuse).
  • Enseignement :
  • Conduite, baignade et travail en hauteur.
  • Conduite à tenir par l'entourage : position latérale, ne rien mettre dans la bouche, 911 si la crise dure > 5 min.
  • Prescrire du midazolam intranasal ou buccal de secours si les crises se prolongent.

Pièges et perles

  • Un patient qui ne se réveille pas fait un EME non convulsif jusqu'à preuve du contraire : il faut un EEG.
  • Paralysie de Todd : un déficit focal postcritique doit régresser en 24–48 h. Sinon, chercher un AVC ou une lésion.
  • Une CK élevée, une acidose lactique transitoire et une prolactine élevée (dans les 20 min) appuient une crise tonico-clonique ; elles ne l'excluent pas si elles sont normales.
  • Le lévétiracétam peut causer irritabilité et dépression ; la phénytoïne a une cinétique non linéaire (petite hausse de dose, grande hausse de niveau).
  • Pour les doses pédiatriques (TREKK, CHU Sainte-Justine) : lorazépam 0,1 mg/kg (max 4 mg) ; midazolam IM 0,2 mg/kg (max 10 mg). Le phénobarbital est préféré avant 6 mois.

Références