Dr H. Hospitaliste

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Affections anorectales

Gastro-entérologie et hépatologieFiche révisée · oct. 2026

💊 Doses / traitement

En bref : Une douleur aiguë sans saignement important, avec masse bleutée, oriente vers une hémorroïde externe thrombosée. Une douleur lancinante à la défécation avec saignement rouge clair évoque une fissure. Une douleur continue, de la fièvre et une masse fluctuante signent un abcès : il faut le drainer. Les hémorroïdes internes saignent sans faire mal. La base de presque tout le traitement : fibres, eau et bains de siège. Un saignement rectal chez une personne de plus de 40 ans ou avec des signes d'alarme demande une évaluation complète du côlon (coloscopie).

🩺 Au chevet

🚩 Signaux d'alarme

  • Gangrène de Fournier : douleur périnéale disproportionnée, crépitants, nécrose, sepsis (diabétique, immunosupprimé) → urgence chirurgicale.
  • Abcès : douleur continue, fièvre, masse fluctuante ; chez le neutropénique, parfois sans fluctuation ni pus.
  • Douleur importante attribuée à des hémorroïdes internes (normalement indolores) : chercher une autre cause.
  • Saignement rectal à > 40 ans, anémie ferriprive, changement du transit, perte de poids. ✅ À faire maintenant

  • Inspection en écartant doucement les fesses (fissure postérieure) ; anuscopie si l'examen externe n'explique pas la plainte.

  • Neutropénique : pas de toucher rectal ni de manipulation.
  • Patient anticoagulé qui saigne : hémorroïdes = diagnostic d'exclusion ; chercher une source plus haute si saignement important ou anémie.
  • Proctite : prélèvements TAAN (ITSS). 💊 Premières ordonnances

  • Fibres : apport de 25–35 g/j (supplément de psyllium selon l'étiquette, augmenté graduellement), boire davantage d'eau, bains de siège tièdes ; PEG 3350 17 g die si constipation.

  • Corticostéroïde topique (p. ex. hydrocortisone) sur une courte durée seulement.
  • Fissure : diltiazem 2 % (préparation magistrale) ou nitroglycérine 0,4 % (pas avec un inhibiteur de la PDE5), cure de plusieurs semaines.
  • Abcès : incision et drainage ; antibiotique seulement si cellulite, signes systémiques d'infection ou immunosuppression (ASCRS 2022).
  • Gangrène de Fournier : pipéracilline-tazobactam 4 g IV q6h + vancomycine IV (selon nomogramme) + chirurgie (CHLM 2023). 📞 Appeler / référer si

  • Chirurgie d'urgence : Fournier ; examen sous anesthésie si douleur empêchant l'examen ou abcès profond.

  • Hémorroïde externe thrombosée < 72 h : excision.
  • Coloscopie si drapeaux rouges ; chirurgie si hémorroïdes III–IV, fissure chronique réfractaire, fistule, prolapsus.

🔗 Ressources et raisonnement

📞 Consulter Quand consulter — Chirurgie générale · Urgente : consultation intrahospitalière · semi-urgente : intrahospitalière ou externe · élective : en externe

Diagnostic différentiel de la douleur anorectale

Entité Indices Conduite
Hémorroïde externe thrombosée Douleur aiguë, masse bleutée et tendue sous la ligne pectinée < 72 h : excision sous anesthésie locale ; > 72 h : traitement conservateur
Fissure anale Douleur intense pendant et après la selle ; sang rouge sur le papier ; fissure postérieure médiane (~90 %) Fibres + diltiazem ou nitroglycérine topique
Abcès périanal ou ischiorectal Douleur continue, fièvre, masse fluctuante et érythémateuse Incision et drainage ; rechercher une fistule
Fistule anale Écoulement chronique, orifice cutané Chirurgie (fistulotomie ou séton) ; penser à la maladie de Crohn
Sinus pilonidal Sillon interfessier, abcès récidivants Drainage, puis chirurgie définitive
Prolapsus rectal Masse avec plis concentriques, femme âgée Réduction, chirurgie
Néoplasie Masse indurée, saignement, changement du transit Biopsie, coloscopie
Proctite Ténesme, écoulement ; ITSS (gonorrhée, chlamydia, LGV, HSV), MII, radiothérapie Prélèvements TAAN, traitement selon la cause
Proctalgie fugace Douleur brève et intense, examen normal Réassurance, bains chauds

⚠️ Gangrène de Fournier : douleur périnéale disproportionnée, crépitants, nécrose, sepsis. Le terrain typique est un patient diabétique ou immunosupprimé. C'est une urgence chirurgicale : débridement et antibiotiques à large spectre — pipéracilline-tazobactam 4 g IV q6h + vancomycine IV (selon nomogramme) ; si allergie : méropénem 1 g IV q8h + vancomycine ; 10–14 jours ; relais PO selon culture : amoxicilline-clavulanate 875 mg PO bid (CHLM 2023).

⚠️ Chez le patient neutropénique, éviter le toucher rectal et la manipulation. Un abcès peut se présenter sans fluctuation ni pus.

Hémorroïdes

Grade (internes) Description Traitement
I Saignement, pas de prolapsus Mesures conservatrices
II Prolapsus qui se réduit spontanément Conservateur ; ligature élastique
III Prolapsus réduit manuellement Ligature élastique chez certains ; hémorroïdectomie plus efficace
IV Prolapsus irréductible Hémorroïdectomie

La ligature élastique est généralement contre-indiquée chez le patient anticoagulé (risque de saignement ; ASCRS 2018).

Mesures conservatrices

  • Fibres 25–35 g/j et apport hydrique accru. Les suppléments de fibres diminuent le saignement d'environ 50 % ; l'effet n'est pas immédiat.
  • Éviter l'effort de défécation et la position assise prolongée sur la toilette (téléphone).
  • Bains de siège à l'eau tiède, quelques minutes, plusieurs fois par jour et après la selle (soulagement temporaire de la douleur).
Classe Exemples et doses Remarques
Fibres (PO) Psyllium, méthylcellulose, dextrine de blé (dose selon l'étiquette) Avec un grand verre d'eau ; augmenter graduellement
Laxatif osmotique (PO) PEG 3350 17 g die si constipation Préférable au docusate, peu efficace
Corticostéroïde topique Hydrocortisone (crème ou suppositoire) Courte durée : l'usage prolongé expose à la sensibilisation et à l'amincissement cutané ; pas si infection
Anesthésique local Pramoxine, dibucaïne (selon l'étiquette) Court terme ; allergie ou sensibilisation possibles
Astringent ou protecteur Hamamélis (lingettes), oxyde de zinc Bien tolérés
Vasoconstricteur Phényléphrine (selon l'étiquette) Soulagement symptomatique
  • Les produits topiques en vente libre sont nombreux, mais peu ont été étudiés pour leur efficacité ou leur innocuité à long terme (AAFP 2018).
  • Hémorroïde externe thrombosée :
  • Dans les 2–3 premiers jours : l'excision chirurgicale du thrombus (chez des patients sélectionnés) donne un soulagement plus rapide.
  • Au-delà : bains de siège, analgésie, fibres. Nitroglycérine 0,4 % onguent ou nifédipine topique pour la douleur.
  • Patient hospitalisé anticoagulé qui saigne : les hémorroïdes sont un diagnostic d'exclusion. Rechercher une source plus haute si le saignement est important ou s'accompagne d'anémie ; voir la fiche « Hémorragies digestives ».

Fissure anale

  • Fissure aiguë (≤ 6 semaines) : fibres et bains de siège guérissent environ la moitié des fissures aiguës ; environ 40 % évoluent vers la chronicité.
  • Topiques (fissure chronique ou échec), cure de plusieurs semaines :
  • Diltiazem 2 % (préparation magistrale) : aussi efficace que la nitroglycérine, avec moins d'effets indésirables ; on le préfère souvent.
  • Nitroglycérine onguent (p. ex. 0,4 %) : guérit environ la moitié des fissures chroniques ; céphalées chez ≥ 30 % (moins avec les faibles concentrations). Contre-indiquée avec les inhibiteurs de la PDE5.
  • Toxine botulinique : aussi efficace que les topiques ; incontinence transitoire chez ~5 %.
  • Sphinctérotomie latérale interne : plus efficace que le traitement médical (guérison ≥ 88 %) ; risque d'incontinence (surtout transitoire) ; à éviter en cas de MII, de chirurgie anale antérieure ou d'atteinte sphinctérienne.
  • Fissure atypique (latérale, multiple, indolore) : penser à Crohn, VIH, syphilis, TB, hémopathie maligne ou cancer.

Abcès et fistule

  • Incision et drainage rapides. Le drainage est le traitement ; il ne faut pas attendre la fluctuation.
  • Antibiotiques en complément seulement si l'abcès se complique de cellulite, de signes systémiques d'infection ou survient chez un patient immunosupprimé (ASCRS 2022). Choix et durée selon le guide local.
  • Une fistule apparaît chez environ 30–70 % des patients après un abcès. Abcès récidivant ou fistule complexe : chercher une maladie de Crohn.

Prurit anal

Primaire Secondaire
Hygiène (excessive ou insuffisante), humidité, irritants (savons, lingettes parfumées), alimentation (café, épices), facteurs psychogènes Hémorroïdes, fissure, fistule ; dermatoses (contact, psoriasis, lichen scléreux) ; infections (candida, strep, oxyures, ITSS) ; diabète, IRC, carence en fer ; néoplasies (Paget extramammaire, carcinome épidermoïde)
  • Traitement : nettoyage à l'eau sans savon, séchage doux, barrière (oxyde de zinc), arrêt des irritants. Corticoïde faible ≤ 2 semaines.
  • Biopsie si le prurit persiste malgré le traitement.

Quand référer ou investiguer

  • Coloscopie (évaluation complète du côlon) si : saignement rectal à > 40 ans (sauf évaluation normale dans les 10 dernières années), anémie ferriprive, changement du transit, perte de poids, antécédents familiaux de cancer colorectal.
  • Anuscopie pour toute plainte anorectale qui n'est pas expliquée par l'examen externe. Examen sous anesthésie si la douleur empêche l'examen ou si un abcès profond est suspecté.
  • Chirurgie : hémorroïdes de grade III–IV ou réfractaires, fissure chronique réfractaire, fistule, prolapsus rectal, sinus pilonidal récidivant.

Pièges et perles

  • Douleur importante + hémorroïdes internes : chercher une autre cause, car les hémorroïdes internes sont indolores (sauf si étranglées).
  • Une fissure postérieure typique ne se touche pas au toucher rectal en phase aiguë. Écarter doucement les fesses suffit à poser le diagnostic.
  • Prévenir la constipation sous opioïdes chez les patients hospitalisés (PEG, séné). C'est la meilleure prévention de ces affections.

Références