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ACLS – arrêt cardiaque et post-RCS

Réanimation et soins critiquesFiche révisée · oct. 2026

💊 Doses / traitement

En bref : La survie dépend d'une RCR de haute qualité et d'une défibrillation précoce. L'épinéphrine 1 mg q3–5 min se donne dès que possible dans les rythmes non choquables et après l'échec des premiers chocs dans les rythmes choquables. Il faut chercher les H et T pendant tout l'arrêt. Après le RCS : TAM ≥ 65, SpO2 90–98 %, normocapnie, contrôle de la température ≥ 36 h si le patient n'obéit pas, et pronostic multimodal ≥ 72 h après la normothermie.

🩺 Au chevet

🚩 Signaux d'alarme

  • FR < 6 ou > 30, FC < 40 ou > 140, TAS < 90, baisse de l'état de conscience : appeler l'équipe d'intervention rapide.
  • ETCO2 < 10 mm Hg : RCR inefficace. Hausse brusque et soutenue : RCS probable.
  • Bradycardie avec BAV Mobitz II ou 3e degré ; tachycardie instable. ✅ À faire maintenant

  • Vérifier le niveau de soins (NIM).

  • RCR 100–120/min, 5–6 cm, interruptions < 10 s, 30:2 ; changer de compresseur q2 min.
  • Moniteur-défibrillateur, accès IV (IO si échec), capnographie.
  • Chercher les H et T ; échographie ciblée sans interrompre les compressions.
  • Après RCS : ECG 12 dérivations, SpO2 90–98 %, PaCO2 35–45, TAM ≥ 65. 💊 Premières ordonnances

  • FV/TV sans pouls : choc biphasique 120–200 J, puis RCR 2 min.

  • Épinéphrine 1 mg IV/IO q3–5 min (dès que possible si non choquable).
  • Amiodarone 300 mg IV, puis 150 mg ; ou lidocaïne 1–1,5 mg/kg IV.
  • Bradycardie : atropine 1 mg IV q3–5 min (max 3 mg), puis entraînement, dopamine 5–20 µg/kg/min ou épinéphrine 2–10 µg/min.
  • TSV stable : adénosine 6 mg IV push, puis 12 mg.
  • Post-RCS : norépinéphrine 0,1–0,5 µg/kg/min si TAM < 65. 📞 Appeler / référer si

  • Code bleu d'emblée ; soins intensifs pour tout RCS.

  • Cardiologie : coronarographie urgente si sus-ST, choc cardiogénique ou arythmies récidivantes.
  • Mobitz II ou BAV 3e degré : entraînement électrosystolique.

🔗 Ressources et raisonnement

🧠 Raisonnement Curbsiders #531 — Mises à jour ACLS 2025

Prévenir l'arrêt à l'étage

Plus de la moitié des arrêts intrahospitaliers découlent d'une insuffisance respiratoire ou d'un choc hypovolémique. Ils sont précédés de signes annonciateurs : tachypnée, tachycardie, hypotension. On active l'équipe d'intervention rapide si l'un de ces critères est présent :

Paramètre Seuil d'appel
Fréquence respiratoire < 6 ou > 30/min, ou détresse respiratoire
Fréquence cardiaque < 40 ou > 140/min
TA systolique < 90 mm Hg, ou hypertension symptomatique
Neurologique Baisse inattendue de l'état de conscience, agitation inexpliquée, convulsion
Rénal Baisse importante de la diurèse
Autre Inquiétude de l'infirmière, du médecin ou de la famille

💡 Vérifier et documenter le niveau de soins (NIM) dès l'admission. C'est ce qui évite un code non souhaité.

RCR de haute qualité

  • Compressions à 100–120/min et 5–6 cm de profondeur, avec un relâchement complet.
  • Interruptions < 10 s. On change de compresseur q2 min.
  • Ratio 30:2 sans voie aérienne avancée. Avec une voie aérienne avancée : 1 ventilation q6 s (10/min) et des compressions continues.
  • Capnographie : un ETCO2 < 10 mm Hg signale une RCR inefficace (viser ≥ 20). Une hausse brusque et soutenue (souvent ≥ 40) évoque un RCS.
  • On ne retarde pas les compressions ni les chocs pour intuber. Le masque-ballon ou un supraglottique sont acceptables.
  • Voie IV en 1re intention, IO si échec ou délai.

Algorithme de l'arrêt cardiaque

Oui : FV / TV sans pouls

Oui

Oui

Non : AESP / asystolie

Non

Oui

Non

Non

Non

Oui

Arrêt cardiaque
Appel code bleu, RCR 30:2, O2
Moniteur-défibrillateur

Rythme choquable ?

Choc 120-200 J biphasique
RCR 2 min immédiatement
Accès IV (IO si échec)

Rythme choquable ?

Choc
RCR 2 min
Épinéphrine 1 mg q3-5 min
Envisager voie aérienne avancée + ETCO2

Rythme choquable ?

Choc
RCR 2 min
Amiodarone 300 mg puis 150 mg
ou lidocaïne 1-1,5 mg/kg
Traiter H et T

Épinéphrine 1 mg dès que possible
puis q3-5 min
RCR 2 min

Rythme choquable ?

RCR 2 min
Traiter H et T
Voie aérienne avancée + ETCO2

Signes de RCS ?
pouls, TA, hausse brusque ETCO2

Soins post-arrêt

Doses pendant l'arrêt

Intervention Dose et modalités
Défibrillation Biphasique : 120–200 J selon le fabricant, maximum si inconnu ; chocs suivants égaux ou plus élevés. Monophasique : 360 J. Un seul choc, puis RCR immédiate
Épinéphrine 1 mg IV/IO q3–5 min, soit un cycle sur deux. Pas de dose élevée
Amiodarone (FV/TV réfractaire) 300 mg IV bolus, puis 150 mg
Lidocaïne (alternative) 1–1,5 mg/kg IV, puis 0,5–0,75 mg/kg (max 3 mg/kg)
Sulfate de magnésium 1–2 g IV : torsades de pointes seulement
Calcium, bicarbonate Pas de routine. Seulement si hyperkaliémie, intoxication (bicarbonate pour les tricycliques) ou acidose sévère connue

⚠️ Mis à jour (AHA, 2025) : la vasopressine n'ajoute rien à l'épinéphrine et les corticostéroïdes ont un bénéfice incertain. La défibrillation séquentielle double et le changement de vecteur restent d'utilité non établie après ≥ 3 chocs (classe 2b). On ne fait pas de stimulation (pacing) pendant un arrêt établi.

Causes réversibles (H et T)

H T
Hypovolémie Pneumothorax sous tension (tension)
Hypoxie Tamponnade cardiaque
Ion hydrogène (acidose) Toxiques
Hypo- ou hyperkaliémie Thrombose pulmonaire (EP)
Hypothermie Thrombose coronarienne (SCA)

💡 Dans l'AESP, un QRS étroit et rapide oriente vers une cause mécanique ou non cardiaque (hypovolémie, tamponnade, pneumothorax, EP). Un QRS large et lent oriente vers une cause métabolique ou cardiaque (hyperkaliémie, toxique, ischémie). L'échographie ciblée peut aider si elle n'interrompt pas les compressions.

Reconnaître les rythmes clés

Rythme Critères ECG Conduite
FV Ondulations chaotiques, aucun QRS identifiable Défibriller
TV monomorphe QRS ≥ 0,12 s identiques, 120–250/min, dissociation AV, battements de fusion Sans pouls : défibriller. Instable : cardioversion synchronisée
TV polymorphe / torsades QRS variables ; torsades = fuseaux autour de la ligne de base, QT long Choc non synchronisé ; magnésium et correction du K si QT long
AESP Activité électrique organisée sans pouls Épinéphrine, H et T
Asystolie Ligne plate (vérifier les dérivations et le gain) Épinéphrine, H et T
BAV 1er degré PR > 0,20 s fixe Bénin ; revoir les bloqueurs du nœud AV
BAV 2e degré Mobitz I Allongement progressif du PR, puis onde P bloquée Souvent bénin (nodal)
BAV 2e degré Mobitz II PR fixe, P bloquées, QRS souvent large Infranodal : préparer l'entraînement électrosystolique
BAV 3e degré P et QRS dissociés ; échappement 20–40/min Entraînement électrosystolique ; l'atropine est souvent inefficace

Bradycardie et tachycardie avec pouls

Bradycardie symptomatique ou instable

  • Atropine 1 mg IV q3–5 min, max 3 mg. Pas chez le greffé cardiaque : passer directement à l'entraînement ou aux catécholamines.
  • Si l'atropine est inefficace :
  • entraînement électrosystolique transcutané ;
  • ou dopamine 5–20 µg/kg/min ;
  • ou épinéphrine 2–10 µg/min.
  • Entraînement transveineux si la bradycardie persiste. Rechercher la cause : ischémie inférieure, hyperkaliémie, bêtabloquant, BCC, digoxine.

Tachycardie avec pouls

Situation Traitement
Instable (hypotension, altération de l'état de conscience, choc, douleur ischémique, IC aiguë) Cardioversion synchronisée (sédation si possible)
QRS étroit régulier (TSV) stable Manœuvres vagales, puis adénosine 6 mg IV push rapide avec rinçage, puis 12 mg
QRS large régulier monomorphe stable Adénosine possible ; amiodarone 150 mg IV en 10 min ou procaïnamide (≤ 50 mg/min, max 17 mg/kg) ; avis en cardiologie
QRS large irrégulier ou polymorphe Pas d'adénosine. Instable : choc non synchronisé
FA / flutter instables Cardioversion synchronisée ≥ 200 J d'emblée

⚠️ Mis à jour (AHA, 2025) : pour la FA, on donne un premier choc synchronisé d'au moins 200 J. Les anciennes doses de 120–200 J sont abandonnées. Les BCC (vérapamil, diltiazem) sont nuisibles dans une tachycardie à QRS large.

Soins post-arrêt (RCS)

Oui

Non

Non

Oui

RCS : retour de circulation spontanée

Voies aériennes et ventilation
SpO2 90-98 %, PaCO2 35-45
ETCO2 continu, éviter l'hyperventilation

Hémodynamie : TAM ≥ 65
NS ou LR 1-2 L
Norépinéphrine si besoin

ECG 12 dérivations

Sus-ST ou choc cardiogénique,
arythmies récidivantes,
ischémie active ?

Coronarographie urgente
(même si comateux)

Obéit aux commandes ?

Contrôle ciblé de la température
32-37,5 °C pendant ≥ 36 h
Prévenir la fièvre
TDM cérébrale, EEG

Soins intensifs
Rechercher et traiter la cause

Pronostic multimodal
≥ 72 h après normothermie
et arrêt de la sédation

Cible Valeur
Oxygénation FiO2 100 % jusqu'à une mesure fiable, puis SpO2 90–98 % (PaO2 60–105). Éviter l'hypoxémie
Ventilation PaCO2 35–45 mm Hg. Débuter à environ 10/min
Hémodynamie TAM ≥ 65 mm Hg. Bolus NS ou LR 1–2 L. Norépinéphrine 0,1–0,5 µg/kg/min (environ 7–35 µg/min chez 70 kg) ; épinéphrine en alternative
Température Stratégie protocolisée 32–37,5 °C pendant ≥ 36 h si le patient n'obéit pas aux commandes ; réchauffer ≤ 0,5 °C/h. Pas de soluté froid préhospitalier
Glycémie Éviter l'hypoglycémie (< 3,9) et l'hyperglycémie (> 10 mmol/L)
Convulsions EEG rapide si le patient n'obéit pas. Traiter les crises cliniques et non convulsives. Pas de prophylaxie
  • Coronarographie urgente en cas de sus-ST, même chez le patient comateux. On l'envisage aussi en cas de choc cardiogénique, d'arythmies ventriculaires récidivantes ou d'ischémie active. Sans ces éléments, la stratégie différée n'est pas inférieure. Coronarographie avant le congé si l'origine cardiaque est probable.
  • Pronostic :
  • Multimodal : examen neurologique, TDM ou IRM, EEG, PESS, NSE.
  • Effectué ≥ 72 h après la normothermie et l'arrêt des sédatifs.
  • Jamais sur un seul critère : les myoclonies seules ne suffisent pas.

⚠️ Mis à jour (AHA, 2025) : la cible de SpO2 passe de « ≥ 94 % » (2015) et « 92–98 % » (2020) à 90–98 %. La cible de TAS > 90 est retirée au profit de la TAM ≥ 65. La plage de température s'élargit à 32–37,5 °C pendant au moins 36 h. L'ancienne cible fixe de 32–36 °C pendant 24 h est abandonnée.

Évolution des recommandations

Élément 2015 2020 2025
Atropine (bradycardie) 0,5 mg 1 mg (max 3 mg) Inchangé
Dopamine (bradycardie) 2–20 µg/kg/min 5–20 µg/kg/min Inchangé
Ventilation en arrêt respiratoire 1 q5–6 s 1 q6 s Inchangé
Accès vasculaire IV = IO IV préféré IV 1re intention, IO si échec
Antiarythmique Amiodarone Amiodarone ou lidocaïne Inchangé (classe 2b)
Épinéphrine dans les rythmes choquables q3–5 min Idem Après l'échec des premiers chocs
Chaîne de survie 5 maillons 6 maillons (ajout du rétablissement) Inchangé

Pièges et perles

  • Grossesse :
  • Déplacement manuel de l'utérus vers la gauche ; accès IV au-dessus du diaphragme.
  • Césarienne de réanimation si aucun RCS après environ 4–5 min.
  • Hyperkaliémie :
  • Gluconate de calcium 10 % 30 mL ou chlorure de calcium 10 % 10 mL IV.
  • Insuline-glucose, bicarbonate et salbutamol.
  • EP massive présumée : on peut envisager une thrombolyse pendant la RCR, puis poursuivre la RCR 60–90 min.
  • Intoxication aux opioïdes : naloxone si le patient a un pouls et respire mal. En arrêt, la RCR prime.
  • Arrêt de la réanimation :
  • Décision multimodale.
  • Chez le patient intubé, un ETCO2 ≤ 10 mm Hg après 20 min de soins avancés est un élément défavorable.
  • On n'utilise jamais un seuil d'ETCO2 chez le patient non intubé.
  • Transplanté cardiaque : l'atropine est inefficace (cœur dénervé). Utiliser l'entraînement ou l'épinéphrine.
  • Après un choc, on reprend la RCR immédiatement sans vérifier le pouls. La vérification du rythme se fait dans 2 min.

Références