En bref : ACD = cétose (BHB ≥ 3 mmol/L) + acidose (pH < 7,3 ou HCO₃ < 18) chez un diabétique, même normoglycémique (iSGLT2, grossesse, jeûne). Ordre de priorité : liquides → potassium → insuline IV à débit fixe 0,1 U/kg/h (sans bolus). Quand la glycémie descend sous 14, on ajoute du dextrose sans baisser l'insuline : c'est l'insuline qui ferme le trou anionique. Ne jamais débuter l'insuline si K < 3,3–3,5. Toujours chercher le déclencheur.
🩺 Au chevet
🚩 Signaux d'alarme
- pH < 7,00, HCO₃ < 10, BHB > 6, stupeur ou coma : forme grave, soins intensifs
- K < 3,3–3,5 : ne pas débuter l'insuline
- Céphalée ou baisse de l'état de conscience en cours de traitement : œdème cérébral
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Glycémie normale sous iSGLT2 n'exclut pas l'ACD ✅ À faire maintenant
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Signes vitaux, état volémique et de conscience, diurèse, peser avant l'insuline
- Glycémie, électrolytes, trou anionique, gaz veineux, BHB sérique, lactate, osmolalité, Mg, PO₄
- ECG, troponine ; chercher le déclencheur : FSC, lipase, β-hCG, urine, hémocultures, RX pulmonaire
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Glycémie capillaire q1h ; électrolytes, BHB, gaz q2–4 h 💊 Premières ordonnances
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NaCl 0,9 % 1 L en 30–60 min, puis 500 mL/h × 4 h, 250 mL/h × 4 h (bolus de 250 mL si âgé, IC, IRC)
- KCl : 40 mEq/L si K 3,3–4,0 ; 20 mEq/L si 4,0–5,5 ; aucun si > 5,5
- Insuline régulière IV 0,1 U/kg/h, débit fixe, sans bolus
- Glycémie < 14 : D10 % à 80 mL/h sans baisser l'insuline (viser 10–14)
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Insuline basale SC 1–2 h avant d'arrêter la perfusion 📞 Appeler / référer si
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Forme grave ou pH < 7,0 : soins intensifs (bicarbonate seulement si pH < 7,0 ou choc)
- Osmolalité qui baisse de ≥ 3 mmol/kg/h ou atteinte neurologique : patron, soins intensifs
- Pompe à insuline : endocrinologie
🔗 Ressources et raisonnement
Diagnostic
| Critère | Diabète Canada (2018) et protocole local | Consensus ADA/EASD/JBDS (2024) |
|---|---|---|
| Glycémie | > 11 mmol/L ou diabète connu | ≥ 11,1 mmol/L ou diabète connu (peu importe la glycémie) |
| Cétones | BHB > 3 mmol/L ou cétonurie ≥ 2+ | BHB ≥ 3,0 mmol/L (préféré) ou cétonurie ≥ 2+ |
| Acidose | pH < 7,3 et/ou HCO₃ < 15 | pH < 7,3 et/ou HCO₃ < 18 |
⚠️ Mis à jour (consensus ADA/EASD/JBDS/AACE/DTS, 2024) : le BHB sérique ou capillaire remplace le trou anionique comme critère principal. Le diabète connu suffit comme critère glycémique : cela inclut l'ACD euglycémique sous iSGLT2.
Sévérité
| Légère | Modérée | Grave | |
|---|---|---|---|
| pH | 7,25–7,30 | 7,00–7,24 | < 7,00 |
| HCO₃ (mmol/L) | 15–18 | 10–14 | < 10 |
| BHB (mmol/L) | 3–6 | 3–6 | > 6 |
| État mental | Alerte | Alerte ou somnolent | Stupeur, coma |
| Lieu de soins | Étage | Unité intermédiaire | Soins intensifs |
ACD ou état hyperosmolaire ?
- ÉHH : glycémie ≥ 33,3, osmolalité > 300 (efficace) ou > 320 (totale), BHB < 3, pH ≥ 7,30 (voir la fiche État hyperosmolaire hyperglycémique).
- Environ un tiers des cas sont mixtes : on suit le protocole d'ACD.
Déclencheurs
- Infection, omission ou arrêt de l'insuline (pompe défectueuse, coût), diabète inaugural.
- Infarctus, AVC, pancréatite, cholécystite, ischémie mésentérique, trauma, chirurgie.
- Médicaments : iSGLT2, corticoïdes, antipsychotiques atypiques, inhibiteurs de point de contrôle immunitaire (diabète auto-immun).
- Alcool, cocaïne, cannabis (hyperémèse), grossesse, troubles alimentaires.
Bilan initial
| Examen | Pourquoi |
|---|---|
| Glycémie, électrolytes, urée, créatinine, trou anionique | Diagnostic, suivi |
| Gaz veineux, BHB sérique, lactate | Acidose, cétose |
| Osmolalité, Na corrigé | Forme mixte, choix du soluté |
| Mg, phosphate, Ca | Déficits fréquents |
| FSC, lipase, bilan hépatique, HbA1c, β-hCG | Déclencheur ; la leucocytose est fréquente sans infection |
| ECG, troponine | Kaliémie, ischémie silencieuse |
| Analyse et culture d'urine, hémocultures si fièvre ou hypotension, RX pulmonaire | Infection |
- Na corrigé = Na + 2,4 × [(glucose − 5,6) / 5,6].
- Trou anionique = Na − (Cl + HCO₃) ; normal environ 10–12.
Prise en charge
1. Liquides
- NaCl 0,9 % 1 L en 30–60 min (1–2 L/h si choc), puis 500 mL/h × 4 h, 250 mL/h × 4 h, puis 125 mL/h selon l'état volémique. Le Lactate Ringer est une alternative acceptable (moins d'acidose hyperchlorémique).
- Remplacer environ 50 % du déficit en 8–12 h et le reste en 24–48 h.
- Personne âgée, IC ou IRC : bolus de 250 mL et réévaluations fréquentes.
- Na corrigé élevé ou normal et osmolalité qui baisse lentement (< 3 mmol/kg/h) : passer au NaCl 0,45 % (+ KCl). Na corrigé bas ou osmolalité qui baisse vite (≥ 3/h) : garder le NaCl 0,9 %.
- Si Na > 150 après les bolus : NaCl 0,45 %.
2. Potassium
| Kaliémie (mmol/L) | KCl dans le soluté (protocole local) |
|---|---|
| > 5,5 | 0 ; contrôle q2h |
| 4,0–5,5 | 20 mEq/L |
| 3,3–4,0 | 40 mEq/L |
| < 3,3 | Retarder l'insuline ; NaCl + 40 mEq/L de KCl et KCl 20 mEq/100 mL × 2 en 2 h ; moniteur cardiaque |
- Vérifier d'abord la diurèse (> 0,5 mL/kg/h) et l'absence d'insuffisance rénale grave.
- Viser K 4–5 mmol/L. Maximum environ 20 mEq/L à 500 mL/h en périphérie.
⚠️ Mis à jour (consensus 2024) : le seuil pour retarder l'insuline monte à K < 3,5 mmol/L (Diabète Canada : < 3,3), et le KCl débute dès que K < 5,0.
3. Insuline
- Insuline régulière IV 0,1 U/kg/h (Novolin Toronto ou Humulin R, 25 U/250 mL NaCl 0,9 % = 0,1 U/mL). Pas de bolus de routine.
- Ne pas arrêter ni descendre sous un débit minimal avant la fermeture du trou anionique (protocole local : débit minimal 1,5 U/h, soit 15 mL/h).
- Si la glycémie ne baisse pas d'environ 3–4 mmol/L/h : vérifier la perfusion et l'accès, puis augmenter le débit.
- Pompe à insuline : la suspendre pendant le protocole IV ; consulter l'endocrinologie pour la reprise.
- Pour réduire les volumes après quelques heures : concentrer (50 U/250 mL) et diviser le débit par 2.
⚠️ Mis à jour (consensus 2024) : dans l'ACD légère ou modérée non compliquée, un analogue rapide SC 0,1 U/kg q1h ou 0,2 U/kg q2h est une alternative à la perfusion IV, avec surveillance infirmière rapprochée. Le consensus propose aussi de réduire l'insuline à 0,05 U/kg/h une fois le dextrose ajouté ; la pratique locale garde plutôt l'insuline fixe et ajuste le dextrose.
4. Dextrose
- Quand la glycémie est < 14 mmol/L (protocole local : ≤ 16), ajouter du D10 % à 80 mL/h dans une autre voie (ou passer au D5 %-NaCl 0,45 %). Viser 10–14 mmol/L jusqu'à la résolution.
| Glycémie capillaire q1h | Ajustement du D10 % (protocole local) |
|---|---|
| > 18 | Diminuer de 25 mL/h et aviser le médecin |
| 14,1–18 | Diminuer de 10 mL/h |
| 10,1–14 | Même débit |
| 6,1–10 | Augmenter de 25 mL/h |
| 4,0–6,0 | Augmenter de 50 mL/h et aviser |
| < 4 | Augmenter de 80 mL/h, suspendre l'insuline, glycémie q15 min ; reprendre l'insuline à débit réduit (environ 0,07 U/kg/h) quand glycémie ≥ 4 |
- Aviser le médecin si le D10 % dépasse 150 mL/h.
💡 « Recette » de Dr Palanchuk (notes de Dr H.) : insuline R fixe à environ 0,1 U/kg/h ; quand la glycémie < 14, D10 % à 80 mL/h, puis < 10 : +20 mL/h ; 10,1–14 : même débit ; ≥ 14,1 : −20 mL/h, sans débit maximal de D10. On nourrit l'insuline au lieu de la réduire.
5. Bicarbonate et phosphate
- Bicarbonate seulement si pH < 7,0 ou choc : NaHCO₃ 50 mmol (1 ampoule) dans 250 mL D5 % en 1 h, répéter q1–2 h jusqu'à pH ≥ 7,0. Pas si K < 3,5.
- Phosphate : pas de routine. Le remplacer si < 0,32–0,5 mmol/L ou si faiblesse musculaire, atteinte cardiaque ou respiratoire (phosphate de K 15–30 mmol IV ; voir la fiche Réplétion électrolytique).
Surveillance
- Glycémie capillaire q1h.
- Électrolytes, trou anionique, BHB (ou cétonurie), urée, créatinine q2–4 h ; gaz veineux selon l'évolution.
- Osmolalité q2h au début, puis q4–6 h ; aviser si elle baisse de ≥ 3 mmol/kg/h (œdème cérébral).
- Signes vitaux q1h × 4, puis q2h × 3 ; état de conscience ; bilan entrées-sorties strict 24 h ; peser avant l'insuline.
Algorithme
Résolution et transition
- Critères : BHB < 0,6 mmol/L et pH ≥ 7,3 ou HCO₃ ≥ 18 (trou anionique fermé).
- Le patient doit pouvoir manger.
- Insuline basale SC 1–2 h avant l'arrêt de la perfusion (chevauchement indispensable).
- Dose : reprendre les doses habituelles, ou 0,5–0,8 U/kg/j chez le patient naïf (0,3–0,6 si âgé, frêle ou IRC) : environ 50 % basale et 50 % prandiale.
- Reprendre la pompe à insuline avec l'endocrinologie avant le congé.
Suivi et congé
- iSGLT2 : cesser ; ne reprendre qu'après résolution, alimentation normale et réévaluation (souvent pas de reprise après une ACD).
- Enseignement : jours de maladie (ne jamais arrêter l'insuline basale, mesurer les cétones, hydratation), technique d'injection, signes d'alerte.
- Accès à l'insuline et au matériel (lecteur de cétones) ; suivi rapproché en clinique de diabète.
Pièges et perles
- Le K initial est souvent normal ou élevé malgré un déficit total important : il chute sous insuline.
- La cétonurie mesure l'acétoacétate et non le BHB : elle peut augmenter paradoxalement pendant la guérison. Suivre le BHB sérique.
- Une glycémie normale n'exclut pas l'ACD : sous iSGLT2, doser le BHB devant tout patient nauséeux, tachypnéique ou en acidose.
- Une acidose hyperchlorémique (trou normal) après de grands volumes de NaCl 0,9 % n'est pas une ACD persistante : se fier au BHB.
- Œdème cérébral (surtout jeune adulte) : céphalée, baisse de l'état de conscience en cours de traitement. Mannitol ou salin hypertonique ; éviter une baisse rapide de l'osmolalité.
Références
- Hyperglycemic crises in adults : the 2024 consensus report (Cleveland Clinic Journal of Medicine, 2025)
- Highlights — Chapter 15 : Hyperglycemic emergencies in adults (Association des pharmaciens du Canada / Diabète Canada)
- Notes personnelles de Dr H. (Apple Notes) : protocole fusionné ACD-ÉHH (protocole local, non officiel), « recette » de Dr Palanchuk, protocoles UpToDate 2017, tableau DKA vs HONK.