Dr H. Hospitaliste

Fiches › Endocrinologie

Acidocétose diabétique

EndocrinologieFiche révisée · oct. 2026

💊 Doses / traitement

En bref : ACD = cétose (BHB ≥ 3 mmol/L) + acidose (pH < 7,3 ou HCO₃ < 18) chez un diabétique, même normoglycémique (iSGLT2, grossesse, jeûne). Ordre de priorité : liquides → potassium → insuline IV à débit fixe 0,1 U/kg/h (sans bolus). Quand la glycémie descend sous 14, on ajoute du dextrose sans baisser l'insuline : c'est l'insuline qui ferme le trou anionique. Ne jamais débuter l'insuline si K < 3,3–3,5. Toujours chercher le déclencheur.

🩺 Au chevet

🚩 Signaux d'alarme

  • pH < 7,00, HCO₃ < 10, BHB > 6, stupeur ou coma : forme grave, soins intensifs
  • K < 3,3–3,5 : ne pas débuter l'insuline
  • Céphalée ou baisse de l'état de conscience en cours de traitement : œdème cérébral
  • Glycémie normale sous iSGLT2 n'exclut pas l'ACD ✅ À faire maintenant

  • Signes vitaux, état volémique et de conscience, diurèse, peser avant l'insuline

  • Glycémie, électrolytes, trou anionique, gaz veineux, BHB sérique, lactate, osmolalité, Mg, PO₄
  • ECG, troponine ; chercher le déclencheur : FSC, lipase, β-hCG, urine, hémocultures, RX pulmonaire
  • Glycémie capillaire q1h ; électrolytes, BHB, gaz q2–4 h 💊 Premières ordonnances

  • NaCl 0,9 % 1 L en 30–60 min, puis 500 mL/h × 4 h, 250 mL/h × 4 h (bolus de 250 mL si âgé, IC, IRC)

  • KCl : 40 mEq/L si K 3,3–4,0 ; 20 mEq/L si 4,0–5,5 ; aucun si > 5,5
  • Insuline régulière IV 0,1 U/kg/h, débit fixe, sans bolus
  • Glycémie < 14 : D10 % à 80 mL/h sans baisser l'insuline (viser 10–14)
  • Insuline basale SC 1–2 h avant d'arrêter la perfusion 📞 Appeler / référer si

  • Forme grave ou pH < 7,0 : soins intensifs (bicarbonate seulement si pH < 7,0 ou choc)

  • Osmolalité qui baisse de ≥ 3 mmol/kg/h ou atteinte neurologique : patron, soins intensifs
  • Pompe à insuline : endocrinologie

🔗 Ressources et raisonnement

Diagnostic

Critère Diabète Canada (2018) et protocole local Consensus ADA/EASD/JBDS (2024)
Glycémie > 11 mmol/L ou diabète connu ≥ 11,1 mmol/L ou diabète connu (peu importe la glycémie)
Cétones BHB > 3 mmol/L ou cétonurie ≥ 2+ BHB ≥ 3,0 mmol/L (préféré) ou cétonurie ≥ 2+
Acidose pH < 7,3 et/ou HCO₃ < 15 pH < 7,3 et/ou HCO₃ < 18

⚠️ Mis à jour (consensus ADA/EASD/JBDS/AACE/DTS, 2024) : le BHB sérique ou capillaire remplace le trou anionique comme critère principal. Le diabète connu suffit comme critère glycémique : cela inclut l'ACD euglycémique sous iSGLT2.

Sévérité

Légère Modérée Grave
pH 7,25–7,30 7,00–7,24 < 7,00
HCO₃ (mmol/L) 15–18 10–14 < 10
BHB (mmol/L) 3–6 3–6 > 6
État mental Alerte Alerte ou somnolent Stupeur, coma
Lieu de soins Étage Unité intermédiaire Soins intensifs

ACD ou état hyperosmolaire ?

  • ÉHH : glycémie ≥ 33,3, osmolalité > 300 (efficace) ou > 320 (totale), BHB < 3, pH ≥ 7,30 (voir la fiche État hyperosmolaire hyperglycémique).
  • Environ un tiers des cas sont mixtes : on suit le protocole d'ACD.

Déclencheurs

  • Infection, omission ou arrêt de l'insuline (pompe défectueuse, coût), diabète inaugural.
  • Infarctus, AVC, pancréatite, cholécystite, ischémie mésentérique, trauma, chirurgie.
  • Médicaments : iSGLT2, corticoïdes, antipsychotiques atypiques, inhibiteurs de point de contrôle immunitaire (diabète auto-immun).
  • Alcool, cocaïne, cannabis (hyperémèse), grossesse, troubles alimentaires.

Bilan initial

Examen Pourquoi
Glycémie, électrolytes, urée, créatinine, trou anionique Diagnostic, suivi
Gaz veineux, BHB sérique, lactate Acidose, cétose
Osmolalité, Na corrigé Forme mixte, choix du soluté
Mg, phosphate, Ca Déficits fréquents
FSC, lipase, bilan hépatique, HbA1c, β-hCG Déclencheur ; la leucocytose est fréquente sans infection
ECG, troponine Kaliémie, ischémie silencieuse
Analyse et culture d'urine, hémocultures si fièvre ou hypotension, RX pulmonaire Infection
  • Na corrigé = Na + 2,4 × [(glucose − 5,6) / 5,6].
  • Trou anionique = Na − (Cl + HCO₃) ; normal environ 10–12.

Prise en charge

1. Liquides

  • NaCl 0,9 % 1 L en 30–60 min (1–2 L/h si choc), puis 500 mL/h × 4 h, 250 mL/h × 4 h, puis 125 mL/h selon l'état volémique. Le Lactate Ringer est une alternative acceptable (moins d'acidose hyperchlorémique).
  • Remplacer environ 50 % du déficit en 8–12 h et le reste en 24–48 h.
  • Personne âgée, IC ou IRC : bolus de 250 mL et réévaluations fréquentes.
  • Na corrigé élevé ou normal et osmolalité qui baisse lentement (< 3 mmol/kg/h) : passer au NaCl 0,45 % (+ KCl). Na corrigé bas ou osmolalité qui baisse vite (≥ 3/h) : garder le NaCl 0,9 %.
  • Si Na > 150 après les bolus : NaCl 0,45 %.

2. Potassium

Kaliémie (mmol/L) KCl dans le soluté (protocole local)
> 5,5 0 ; contrôle q2h
4,0–5,5 20 mEq/L
3,3–4,0 40 mEq/L
< 3,3 Retarder l'insuline ; NaCl + 40 mEq/L de KCl et KCl 20 mEq/100 mL × 2 en 2 h ; moniteur cardiaque
  • Vérifier d'abord la diurèse (> 0,5 mL/kg/h) et l'absence d'insuffisance rénale grave.
  • Viser K 4–5 mmol/L. Maximum environ 20 mEq/L à 500 mL/h en périphérie.

⚠️ Mis à jour (consensus 2024) : le seuil pour retarder l'insuline monte à K < 3,5 mmol/L (Diabète Canada : < 3,3), et le KCl débute dès que K < 5,0.

3. Insuline

  • Insuline régulière IV 0,1 U/kg/h (Novolin Toronto ou Humulin R, 25 U/250 mL NaCl 0,9 % = 0,1 U/mL). Pas de bolus de routine.
  • Ne pas arrêter ni descendre sous un débit minimal avant la fermeture du trou anionique (protocole local : débit minimal 1,5 U/h, soit 15 mL/h).
  • Si la glycémie ne baisse pas d'environ 3–4 mmol/L/h : vérifier la perfusion et l'accès, puis augmenter le débit.
  • Pompe à insuline : la suspendre pendant le protocole IV ; consulter l'endocrinologie pour la reprise.
  • Pour réduire les volumes après quelques heures : concentrer (50 U/250 mL) et diviser le débit par 2.

⚠️ Mis à jour (consensus 2024) : dans l'ACD légère ou modérée non compliquée, un analogue rapide SC 0,1 U/kg q1h ou 0,2 U/kg q2h est une alternative à la perfusion IV, avec surveillance infirmière rapprochée. Le consensus propose aussi de réduire l'insuline à 0,05 U/kg/h une fois le dextrose ajouté ; la pratique locale garde plutôt l'insuline fixe et ajuste le dextrose.

4. Dextrose

  • Quand la glycémie est < 14 mmol/L (protocole local : ≤ 16), ajouter du D10 % à 80 mL/h dans une autre voie (ou passer au D5 %-NaCl 0,45 %). Viser 10–14 mmol/L jusqu'à la résolution.
Glycémie capillaire q1h Ajustement du D10 % (protocole local)
> 18 Diminuer de 25 mL/h et aviser le médecin
14,1–18 Diminuer de 10 mL/h
10,1–14 Même débit
6,1–10 Augmenter de 25 mL/h
4,0–6,0 Augmenter de 50 mL/h et aviser
< 4 Augmenter de 80 mL/h, suspendre l'insuline, glycémie q15 min ; reprendre l'insuline à débit réduit (environ 0,07 U/kg/h) quand glycémie ≥ 4
  • Aviser le médecin si le D10 % dépasse 150 mL/h.

💡 « Recette » de Dr Palanchuk (notes de Dr H.) : insuline R fixe à environ 0,1 U/kg/h ; quand la glycémie < 14, D10 % à 80 mL/h, puis < 10 : +20 mL/h ; 10,1–14 : même débit ; ≥ 14,1 : −20 mL/h, sans débit maximal de D10. On nourrit l'insuline au lieu de la réduire.

5. Bicarbonate et phosphate

  • Bicarbonate seulement si pH < 7,0 ou choc : NaHCO₃ 50 mmol (1 ampoule) dans 250 mL D5 % en 1 h, répéter q1–2 h jusqu'à pH ≥ 7,0. Pas si K < 3,5.
  • Phosphate : pas de routine. Le remplacer si < 0,32–0,5 mmol/L ou si faiblesse musculaire, atteinte cardiaque ou respiratoire (phosphate de K 15–30 mmol IV ; voir la fiche Réplétion électrolytique).

Surveillance

  • Glycémie capillaire q1h.
  • Électrolytes, trou anionique, BHB (ou cétonurie), urée, créatinine q2–4 h ; gaz veineux selon l'évolution.
  • Osmolalité q2h au début, puis q4–6 h ; aviser si elle baisse de ≥ 3 mmol/kg/h (œdème cérébral).
  • Signes vitaux q1h × 4, puis q2h × 3 ; état de conscience ; bilan entrées-sorties strict 24 h ; peser avant l'insuline.

Algorithme

< 3,3-3,5

3,5-5,0

> 5,0-5,5

Oui

Non

Diabète connu ou glucose ≥ 11
BHB ≥ 3 et pH < 7,3 ou HCO3 < 18

ACD : chercher le déclencheur
gaz, électrolytes, BHB q2-4h

NaCl 0,9 % 1 L en 30-60 min
puis 500 mL/h x 4 h, 250 mL/h x 4 h
prudence si IC, IRC, âgé

Kaliémie ?

NE PAS débuter l'insuline
KCl 10-20 mmol/h, moniteur
insuline quand K ≥ 3,5

KCl 20-40 mmol/L dans le soluté

Pas de KCl
K q2h

Insuline régulière IV
0,1 U/kg/h, débit fixe, sans bolus

Glucose < 14 mmol/L ?

Ajouter D10 % (ou D5 %)
garder l'insuline
viser glucose 10-14

Glucose q1h
baisse attendue 3-4 mmol/L/h

Résolution : BHB < 0,6
et pH ≥ 7,3 ou HCO3 ≥ 18
trou anionique fermé

Insuline SC basale 1-2 h
avant d'arrêter la perfusion

Résolution et transition

  • Critères : BHB < 0,6 mmol/L et pH ≥ 7,3 ou HCO₃ ≥ 18 (trou anionique fermé).
  • Le patient doit pouvoir manger.
  • Insuline basale SC 1–2 h avant l'arrêt de la perfusion (chevauchement indispensable).
  • Dose : reprendre les doses habituelles, ou 0,5–0,8 U/kg/j chez le patient naïf (0,3–0,6 si âgé, frêle ou IRC) : environ 50 % basale et 50 % prandiale.
  • Reprendre la pompe à insuline avec l'endocrinologie avant le congé.

Suivi et congé

  • iSGLT2 : cesser ; ne reprendre qu'après résolution, alimentation normale et réévaluation (souvent pas de reprise après une ACD).
  • Enseignement : jours de maladie (ne jamais arrêter l'insuline basale, mesurer les cétones, hydratation), technique d'injection, signes d'alerte.
  • Accès à l'insuline et au matériel (lecteur de cétones) ; suivi rapproché en clinique de diabète.

Pièges et perles

  • Le K initial est souvent normal ou élevé malgré un déficit total important : il chute sous insuline.
  • La cétonurie mesure l'acétoacétate et non le BHB : elle peut augmenter paradoxalement pendant la guérison. Suivre le BHB sérique.
  • Une glycémie normale n'exclut pas l'ACD : sous iSGLT2, doser le BHB devant tout patient nauséeux, tachypnéique ou en acidose.
  • Une acidose hyperchlorémique (trou normal) après de grands volumes de NaCl 0,9 % n'est pas une ACD persistante : se fier au BHB.
  • Œdème cérébral (surtout jeune adulte) : céphalée, baisse de l'état de conscience en cours de traitement. Mannitol ou salin hypertonique ; éviter une baisse rapide de l'osmolalité.

Références